Sainte Carine (ou Karine, Karen) : histoire, martyre et iconographie dans l’art sacré

Le 7 novembre, le calendrier liturgique fait mémoire de sainte Carine, connue aussi sous les formes Karine ou Karen. Derrière ce prénom devenu très courant en France dans les années 1970 se cache une figure de l’Antiquité chrétienne dont le récit se déroule à Ancyre, l’actuelle Ankara, au milieu du IVe siècle. Son histoire, celle d’un martyre familial, appartient à une catégorie d’images que l’art sacré a longuement travaillée : la représentation du témoin qui meurt pour sa foi. Nous vous proposons de suivre ce fil, depuis les sources hagiographiques byzantines jusqu’aux conventions iconographiques qui permettent, aujourd’hui encore, de reconnaître une sainte martyre sur une fresque, une icône ou un vitrail. L’enquête est autant historique qu’artistique, car l’image, ici, n’illustre pas seulement un récit : elle le construit.

Qui était sainte Carine ? Une famille de martyrs à Ancyre

Les sources qui nous parlent de Carine sont des passions, c’est-à-dire des récits de martyre transmis par la tradition grecque et repris ensuite dans les synaxaires orientaux. Selon cette tradition, Carine était l’épouse d’un notable d’Ancyre nommé Mélasippe (ou Mélassippe) ; le couple avait un fils, Antoine, âgé d’une douzaine d’années au moment des faits. Le récit situe leur arrestation sous le règne de l’empereur Julien, surnommé par la postérité chrétienne « l’Apostat », qui régna de 361 à 363 et tenta de restaurer les cultes traditionnels gréco-romains dans l’Empire. Sommés de sacrifier aux dieux, les époux auraient refusé et subi des supplices publics ; leur fils, contraint d’assister à leur agonie, aurait à son tour confessé sa foi avant d’être décapité. La tradition ajoute qu’une quarantaine de spectateurs, bouleversés, se seraient déclarés chrétiens et auraient péri avec eux.

Ancyre, une capitale provinciale au cœur de l’Anatolie

Comprendre ce récit suppose de situer Ancyre. Métropole de la Galatie, la ville était au IVe siècle un carrefour routier majeur entre Constantinople et la Syrie, dotée d’un temple d’Auguste et de Rome dont les murs portent encore le célèbre testament impérial gravé. La communauté chrétienne y était ancienne et nombreuse : c’est à Ancyre que se tint, vers 314, un concile régional important sur la réconciliation des chrétiens ayant faibli pendant les persécutions. La ville a donné à la mémoire chrétienne plusieurs figures : Clément d’Ancyre, mort vers 312 sous Dioclétien, ou encore le prêtre Basile, exécuté en 362, dont le récit de martyre est contemporain de celui de Carine. Cette densité explique pourquoi Ancyre occupe une place notable dans les recueils hagiographiques byzantins, et donc dans les cycles d’images qui en découlent.

Ce que l’historien peut dire, et ce qu’il ne peut pas dire

La prudence s’impose. Les passions de martyrs ne sont pas des procès-verbaux : elles ont été composées pour être lues à l’office, dans une langue et selon des schémas littéraires stables. Les historiens distinguent généralement un noyau possible — l’existence d’un culte local, la mémoire d’exécutions — et une amplification narrative ultérieure, où les supplices s’accumulent et les conversions se multiplient. Concernant Carine, aucune source contemporaine des faits ne la mentionne, et la réalité d’une persécution systématique sous Julien est aujourd’hui nuancée : l’empereur pratiqua surtout une politique de marginalisation administrative des chrétiens, ponctuée d’incidents violents locaux. Dire cela n’efface pas la sainte : cela déplace l’objet d’étude vers ce qui est effectivement observable, c’est-à-dire le culte, les textes liturgiques et, pour ce qui nous occupe ici, les images.

Repères chronologiques

Date Événement Incidence sur l’art sacré
Vers 314 Concile d’Ancyre Affirmation d’une métropole chrétienne en Anatolie centrale
361-363 Règne de Julien Cadre du récit de martyre de Carine, Mélasippe et Antoine
Vers 985 Ménologe de Basile II Fixation d’un modèle visuel du martyre, une miniature par notice
XIe-XIIIe s. Diffusion des icônes de calendrier Les saints mineurs entrent dans les cycles peints des églises
XVe-XVIe s. Manuels de peinture athonites Codification écrite des attributs et des couleurs
1969 Réforme du calendrier romain général Nombreux saints anciens renvoyés aux calendriers locaux

Carine, Karine, Karen : l’histoire d’un prénom et de ses confusions

Le prénom Carine vient du latin cara, « chère, aimée », avec le suffixe diminutif -ina ; il signifie donc approximativement « la bien-aimée ». La forme grecque du récit d’Ancyre est Karina. Les variantes Karine et Carinne relèvent de la même famille. Karen, en revanche, suit un tout autre chemin : il s’agit d’une forme danoise abrégée de Katherina, donc de Catherine, dont l’étymologie grecque renvoie plutôt à l’idée de pureté. Les calendriers français ont regroupé ces formes par commodité au 7 novembre, ce qui explique que Karen soit souvent fêtée avec Carine alors que la sainte de référence diffère. Cette superposition n’est pas anecdotique pour qui étudie les images : elle a conduit, dans certaines paroisses, à illustrer une « sainte Karen » avec les attributs de Catherine d’Alexandrie, la roue brisée et l’épée, alors que rien dans le récit d’Ancyre ne les justifie.

Quand le calendrier fabrique de l’iconographie

Le phénomène dépasse le cas de Carine. Lorsqu’un saint ancien ne possède pas d’attribut propre, les commanditaires et les artistes empruntent au voisin de calendrier, à l’homème le plus célèbre ou au type générique de sa catégorie. C’est ainsi que se sont constituées, au fil des siècles, des familles d’images où la ressemblance formelle l’emporte sur l’exactitude historique. Pour l’amateur d’art sacré, la leçon est utile : une inscription peinte, un cartouche, une légende brodée valent souvent plus que l’attribut lui-même pour identifier un personnage. Dans le monde byzantin, cette question est réglée par une convention stricte, l’inscription du nom à côté du nimbe, qui fait partie intégrante de l’icône et sans laquelle celle-ci n’est pas considérée comme achevée.

Fresque orthodoxe représentant des saints, exemple du canon iconographique byzantin
Le canon byzantin fixe la pose, le vêtement et l’inscription du nom : c’est elle, plus que l’attribut, qui identifie un saint. Photo : Sami Aksu / Pexels

L’iconographie du martyre : apprendre à lire l’image

Représenter un martyr pose un problème esthétique redoutable : comment montrer une mort violente sans que l’image se réduise à la violence ? L’art chrétien ancien a répondu par le déplacement. Plutôt que l’agonie, il montre la victoire ; plutôt que la blessure, il montre le signe qui la résume. La palme, empruntée au vocabulaire antique du triomphe athlétique et militaire, devient l’attribut générique de tous les témoins ; la couronne, remise par une main divine ou par des anges, dit la récompense. Ce système se met en place dès les mosaïques paléochrétiennes : à Ravenne, la procession de martyrs de Sant’Apollinare Nuovo, réalisée au VIe siècle, aligne des figures identiques portant leur couronne sur des mains voilées, geste de respect emprunté au cérémonial impérial. L’individu s’efface derrière la fonction, et c’est précisément ce qui rend ces images si difficiles à identifier sans inscription.

Attributs génériques et attributs particuliers

La distinction est fondamentale. Les attributs génériques signalent une catégorie : la palme et la couronne pour les martyrs, le livre pour les docteurs, la crosse pour les évêques. Les attributs particuliers, eux, renvoient à un épisode précis du récit, le plus souvent l’instrument du supplice : la roue de Catherine, la tour de Barbe, le gril de Laurent, les tenailles d’Apolline. Ce second système se développe surtout en Occident à partir du XIIe siècle, porté par la vogue des recueils comme la Légende dorée de Jacques de Voragine, compilée vers 1260. Sainte Carine, dont le récit n’a pas donné lieu à un instrument mémorable, reste dans le registre générique : elle est peinte en orante ou tenant la croix, vêtue du maphorion des femmes byzantines.

Signe Origine Signification Vigilance
Palme Triomphe antique Victoire du témoin sur la mort Ne désigne aucun saint en particulier
Couronne Cérémonial impérial Récompense céleste Peut aussi marquer une origine royale
Petite croix tenue à la main Art byzantin Confession de foi Attribut très largement partagé
Manteau rouge Symbolique du sang Martyre Le rouge sert aussi à la dignité sociale
Instrument du supplice Hagiographie latine Épisode précis du récit Rare avant le XIIe siècle
Inscription du nom Canon byzantin Identification certaine Le critère le plus fiable

Les couleurs, un langage à part entière

Dans la peinture d’icônes, la couleur ne décore pas : elle informe. Le fond d’or ne figure pas un décor doré mais une lumière incréée, un espace sans profondeur ni ombre portée où la scène échappe au temps. Le rouge cinabre, obtenu à partir du sulfure de mercure, sert aux vêtements des martyrs et aux inscriptions ; le bleu de lapis-lazuli, matière rare importée d’Afghanistan, se réserve aux figures majeures. Les manuels de peinture du mont Athos, dont le plus connu, l’Hermeneia compilée par Denys de Fourna au début du XVIIIe siècle, consignent ces prescriptions ainsi que la description physique attendue de chaque saint. On y lit des formules d’une précision déconcertante : tel saint sera « jeune, imberbe, aux cheveux bouclés », tel autre « vieillard à barbe pointue ». La liberté de l’artiste s’exerce alors dans l’exécution, non dans l’invention du sujet.

  • Fond d’or ou fond bleu : espace théologique, non naturaliste, qui abolit la profondeur.
  • Nimbe circulaire : sainteté reconnue ; le nimbe crucifère est réservé au Christ.
  • Maphorion : voile-manteau des femmes, souvent brun-rouge, très présent dans les figures féminines byzantines.
  • Geste de la main droite : bénédiction, présentation ou confession de foi selon la position des doigts.
  • Échelle des figures : la taille traduit l’importance hiérarchique, jamais la distance.

Ce que le discours propose à l’ouïe, la peinture le montre silencieusement par l’imitation.

Saint Basile de Césarée, homélie sur les quarante martyrs de Sébaste, IVe siècle

Le Ménologe de Basile II, matière première de l’image des martyrs

Si l’on cherche à voir à quoi ressemblait la représentation d’un martyre familial comme celui d’Ancyre, un manuscrit s’impose : le Ménologe de Basile II, conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane sous la cote Vat. gr. 1613. Copié et enluminé à Constantinople vers 985 pour l’empereur Basile II, ce recueil de notices de saints classées par jour du calendrier compte 430 miniatures, réalisées par huit peintres dont les noms figurent en marge — fait exceptionnel pour l’époque, qui en fait l’un des rares ateliers byzantins identifiés nommément. Chaque page associe un texte bref et une image en bandeau horizontal, occupant la moitié supérieure du feuillet. Le procédé crée une grammaire visuelle homogène : paysage rocheux stylisé, architecture schématique, groupe de personnages ramassé au centre, bourreau de profil, saint de face.

Mosaïque byzantine à fond d’or figurant des personnages sacrés
Le fond d’or n’est pas un décor : il figure une lumière incréée, hors du temps et de l’espace. Photo : Feyza Nur / Pexels

Une image qui pense la famille

Plusieurs notices du Ménologe traitent précisément de martyres collectifs impliquant des parents et des enfants. La composition y suit une logique constante : les figures sont serrées, souvent alignées par taille décroissante, et l’enfant occupe le premier plan ou se tient contre sa mère. Ce dispositif ne cherche pas l’émotion au sens moderne ; il traduit une idée théologique, celle de la transmission de la foi à l’intérieur de la maisonnée. Le peintre byzantin n’isole jamais le supplice comme spectacle : il le cadre dans une composition symétrique où le geste du bourreau, souvent suspendu, n’aboutit pas. On voit l’épée levée, rarement l’épée qui frappe. Cette retenue distingue nettement l’art byzantin de certaines séries occidentales de la Contre-Réforme, où le réalisme anatomique du supplice devient au contraire un instrument d’édification.

Le saviez-vous ?

Le Ménologe de Basile II a été numérisé intégralement et mis en ligne par la Bibliothèque apostolique vaticane. On peut y feuilleter les 430 miniatures feuillet après feuillet, agrandir les détails et comparer la main des huit peintres, dont les signatures apparaissent en marge inférieure. C’est l’une des manières les plus directes d’observer, sans se déplacer, comment l’art byzantin a stabilisé la représentation du martyre au tournant de l’an mil.

Du ménologe à la fresque : la circulation des modèles

Les manuscrits de ce type n’ont pas seulement servi à la lecture liturgique : ils ont fonctionné comme des répertoires de formes. À partir du XIe siècle, les cycles de calendrier peints sur les murs des églises byzantines et post-byzantines — en Cappadoce, en Serbie, en Roumanie, dans les Météores — reprennent la même organisation par jour, avec les mêmes schémas de composition. Un peintre travaillant en Moldénie au XVIe siècle et un enlumineur constantinopolitain de l’an mil produisent ainsi des images étonnamment proches, non par copie directe mais par transmission d’un fonds commun via des carnets de modèles. Ce mode de fonctionnement explique la stabilité extraordinaire de l’iconographie orientale sur près d’un millénaire, là où l’Occident a connu des ruptures stylistiques bien plus marquées. Il explique aussi pourquoi les saints dits mineurs, comme Carine, ont pu conserver une place dans les programmes peints alors même que leur culte s’affaiblissait.

Et en Occident ?

Le martyre familial y prend d’autres formes. La figure la plus diffusée est celle de sainte Félicité et de ses sept fils, souvent représentée en groupe compact, ou celle de la mère des Maccabées, empruntée à l’Ancien Testament et volontiers convoquée par les prédicateurs comme modèle. Dans la statuaire gothique, ces sujets restent rares : les portails privilégient les grandes figures du calendrier romain. C’est la peinture d’autel du XVe siècle, puis la gravure imprimée, qui vont donner à ces récits une nouvelle visibilité. Un point mérite d’être souligné : dans la France du XIXe siècle, la vogue néo-gothique et la production industrielle de statues en plâtre polychrome ou en fonte ont largement rediffusé des figures de saintes martyres standardisées, souvent sans attribut identifiable, ce qui complique aujourd’hui le travail d’inventaire dans les églises rurales.

Miniature du Ménologe de Basile II montrant le martyre d’une famille chrétienne
Le Ménologe de Basile II (vers 985) a fixé pour des siècles la mise en image du martyre familial. Miniature du Menologe de Basile II (vers 985), Bibliotheque apostolique vaticane / Wikimedia Commons — domaine public

Reconnaître, inventorier, conserver

Face à une statue ou à un tableau non identifié dans une église, la méthode importe. On observe d’abord la matière et la technique, qui donnent une fourchette de datation : bois polychrome, pierre calcaire, plâtre moulé, fonte de fer, chacun renvoie à des périodes et à des circuits de production distincts. On cherche ensuite une inscription, un cartouche, une marque de fabrique au revers ou sous le socle — les grandes maisons statuaires du XIXe siècle, notamment à Vaucouleurs ou à Angers, signaient leur production. On consulte enfin les archives paroissiales et les registres de dons, qui mentionnent fréquemment l’achat et le nom du saint représenté. Ce n’est qu’ensuite que l’attribut, s’il existe, vient confirmer ou infirmer l’hypothèse.

Les bons réflexes en édifice protégé

Beaucoup d’églises françaises sont classées ou inscrites au titre des Monuments historiques, et leur mobilier peut l’être indépendamment de l’édifice. Dans ce cas, toute intervention — nettoyage, refixage de polychromie, déplacement d’une statue, remplacement d’un vitrail — est soumise à autorisation. L’interlocuteur de référence est la direction régionale des affaires culturelles, la DRAC, via sa conservation régionale des monuments historiques ; en secteur protégé ou aux abords d’un monument, l’architecte des Bâtiments de France, l’ABF, est consulté. Les travaux sur objets classés doivent être confiés à un restaurateur habilité, et non à un artisan généraliste, même de bonne volonté. Côté financement, la Fondation du patrimoine, les souscriptions publiques et les aides des collectivités complètent fréquemment les subventions de l’État. Cet article a une vocation informative : il ne remplace pas l’avis d’un conservateur, d’un restaurateur d’œuvres d’art ou d’un architecte du patrimoine, seuls qualifiés pour se prononcer sur un cas précis.

Pour aller plus loin dans la lecture des saints martyrs

Le cas de sainte Carine s’éclaire par comparaison. D’autres figures du même registre, mieux documentées, permettent de mesurer ce qui relève du type et ce qui relève de l’individu. Nous vous invitons à poursuivre avec le dossier consacré à sainte Barbe et à son iconographie, exemple parfait d’un attribut architectural devenu emblème, puis avec celui de sainte Julie, martyre en Corse, dont la représentation a nourri une dévotion insulaire très vivante. Du côté des martyrs orientaux, l’article sur saint Benjamin et son martyre en Perse montre comment un récit lointain s’est fixé en images, tandis que celui sur saint Maurice et la légion thébaine illustre le passage du martyre collectif à la figure militaire héroïsée.

Questions fréquentes sur sainte Carine

Quand fête-t-on sainte Carine ?

La fête est fixée au 7 novembre dans les calendriers français, où elle est célébrée avec Mélasippe et Antoine. Les formes Karine et Karen y sont associées, même si Karen dérive historiquement de Catherine. Le calendrier romain général, réformé en 1969, ne retient plus cette mémoire au niveau universel : elle relève désormais des calendriers locaux et des synaxaires orientaux, où elle est bien présente.

Existe-t-il des représentations anciennes de sainte Carine ?

Aucune œuvre majeure et incontestablement identifiée ne lui est connue en Occident. Dans le monde byzantin et slave, elle apparaît dans les cycles de calendrier peints à la date du 7 novembre, en groupe avec son époux et son fils, selon le schéma générique du martyre familial. Ces figures sont identifiables par l’inscription grecque ou slavonne portée près du nimbe, jamais par un attribut spécifique.

Quelle différence entre une icône et un tableau religieux ?

L’icône obéit à un canon : perspective inversée, absence d’ombre portée, fond non naturaliste, inscription obligatoire du nom, technique traditionnelle à la détrempe à l’œuf sur bois enduit de levékas. Le tableau religieux occidental, lui, relève de l’histoire de la peinture : il intègre la perspective linéaire, le clair-obscur et la recherche d’expression individuelle. Ce sont deux régimes d’image distincts, avec des finalités liturgiques différentes.

Comment reconnaître une sainte martyre sur un vitrail ?

Cherchez d’abord le phylactère ou la banderole portant le nom, très fréquents dans les verrières du XIXe siècle. Observez ensuite la palme, tenue verticalement près du corps, et la couronne. Si un objet inhabituel apparaît — tour, roue, gril, tenailles, pince — il s’agit vraisemblablement de l’instrument du supplice, qui identifie la sainte de manière presque certaine. En l’absence de tout indice, l’inventaire diocesain ou la base Palissy du ministère de la Culture constituent les meilleurs points de départ.

Sainte Carine est-elle la patronne de quelque chose ?

Aucun patronage professionnel ou thématique stable ne lui est attaché, contrairement à Barbe pour les mineurs et les artificiers ou à Luc pour les peintres. Son culte reste avant tout lié au prénom et à la date, ce qui explique la rareté de ses représentations autonomes.

Ce que l’image nous apprend, en définitive

L’histoire de sainte Carine tient en quelques lignes, et l’essentiel de ce que nous en savons relève de la tradition plus que de l’archive. C’est précisément ce qui rend son cas intéressant pour l’amateur d’art sacré : faute d’attribut, faute d’œuvre célèbre, il oblige à revenir aux mécanismes mêmes de l’image religieuse — le type, le canon, l’inscription, la circulation des modèles. Regarder une fresque de calendrier byzantine ou une statue de plâtre du XIXe siècle avec cette grille de lecture change complètement l’expérience de la visite. On cesse de chercher une ressemblance pour lire un système de signes, patiemment élaboré sur près de dix-sept siècles, dont chaque élément a un sens et une histoire. C’est, au fond, la plus belle leçon que nous laissent ces saints dont on ne sait presque rien.

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