Peu de lieux géographiques concentrent autant de couches de sens que le mont Moriah. C’est ici, selon la Bible hébraïque, qu’Abraham s’apprêta à sacrifier son fils. C’est ici que Salomon fit construire le premier Temple. C’est depuis ce même rocher que, selon la tradition islamique, le Prophète s’éleva lors du voyage nocturne. Un site de quelques hectares, au cœur de Jérusalem, que les textes sacrés des trois monothéismes désignent comme un point de contact entre le terrestre et le divin. Pour étudier ces textes dans le détail, les lecteurs peuvent consulter israbible.com, qui propose une lecture croisée des récits bibliques et de leur géographie.
Le récit de la Genèse et sa lecture dans les trois traditions
La première mention explicite du mont Moriah dans la Bible se trouve en Genèse 22. Dieu demande à Abraham de se rendre « au pays de Moriah » pour y offrir son fils en holocauste. Abraham obéit, et au dernier moment un ange l’arrête : un bélier, pris dans un buisson, est sacrifié à sa place. L’épisode est connu sous le nom d’Aqeda (ligature) en hébreu.
Le judaïsme identifie ce site avec la colline de Jérusalem où Salomon bâtit son Temple, une identification explicitement formulée en 2 Chroniques 3,1. La tradition rabbinique y voit également le lieu où fut créé Adam et où repose la pierre fondatrice du monde.
Le christianisme reprend le récit de l’Aqeda comme préfiguration du sacrifice du Christ, mais n’attache pas de valeur cultuelle particulière au lieu physique après la destruction du Temple en 70 apr. J.-C.
Le Coran (sourate 37) relate le même épisode sans nommer l’enfant ; la majorité des commentateurs musulmans l’identifient à Ismaïl et situent la scène près de La Mecque. L’islam associe en revanche al-Haram al-Sharif, le mont du Temple (esplanade des Mosquées), au voyage nocturne du Prophète : l’Isra est évoqué en sourate 17, tandis que l’ascension (Mi’raj) est détaillée dans les hadiths.
Du Temple au Dôme du Rocher : ce que l’archéologie permet de dire
Les fouilles archéologiques autour de l’esplanade des Mosquées sont limitées par les contraintes politiques et religieuses du site, ce qui rend toute conclusion définitive difficile. Les données disponibles permettent cependant d’établir plusieurs points.
Jérusalem et ses rois sont mentionnés dans des sources assyriennes (prisme de Sennachérib) et babyloniennes (Chronique babylonienne), mais le Temple lui-même n’est connu que par les textes bibliques ; aucun vestige du Premier Temple n’a été identifié avec certitude. Les destructions successives (babylonienne en 586, romaine en 70 apr. J.-C.) ont effacé une grande partie des structures en surface.
Le mur occidental, le plus célèbre des vestiges du complexe du Second Temple construit par Hérode le Grand au 1er siècle av. J.-C. (les murs sud et est ainsi que l’arc de Robinson sont également hérodiens), témoigne de l’ampleur de la plateforme artificielle aménagée à l’époque. Le grand rocher visible à l’intérieur du Dôme du Rocher (construit en 691 apr. J.-C.) est généralement identifié comme l’emplacement du Saint des Saints, la chambre intérieure du Temple, bien que cette identification ne fasse pas l’unanimité parmi les archéologues. Pour situer le mont Moriah dans la géographie biblique et préparer une visite, cette fiche croise le récit de la Genèse, l’archéologie et les informations pratiques.
Un lieu qui résiste aux certitudes
Le mont Moriah illustre la difficulté propre aux sites saints : les couches de signification s’y superposent à un point tel que les questions historiques, théologiques et politiques ne peuvent plus être séparées. Ce que les textes disent de ce lieu, ce que l’archéologie y trouve, et ce que les traditions y projettent constituent trois lectures qui se croisent sans jamais complètement coïncider. C’est peut-être ce qui en fait, depuis des millénaires, un point de convergence aussi durable.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.

