Le 15 juin 2025, place Saint-Pierre, Léon XIV recevait des milliers d’athlètes venus du monde entier pour le Jubilé du Sport. Quelques mois plus tôt, un ancien entraîneur de l’Olympique Lyonnais confiait sur le plateau du Jour du Seigneur une conviction plus discrète : celle d’un homme de football qui vit sa foi catholique sans en faire un étendard. Rémi Garde, natif de L’Arbresle, dans le Rhône, a passé l’essentiel de sa carrière entre les pelouses lyonnaises et les vestiaires anglais, avant de raconter comment son éducation chrétienne a nourri sa manière de diriger des hommes. Son témoignage, loin d’être un cas isolé, s’inscrit dans une tradition plus large où le sport et la spiritualité se croisent, entre valeurs partagées, figures de sainteté et patrimoine religieux. C’est ce dialogue entre ballon rond et vie intérieure que cet article se propose d’explorer, en partant de Lyon, ville où se dresse justement l’une des basiliques les plus emblématiques de France. Entre biographie sportive, iconographie des saints protecteurs et patrimoine architectural classé, le parcours de Rémi Garde offre un fil conducteur inattendu pour redécouvrir la place, discrète mais bien réelle, que la foi occupe encore dans certains vestiaires professionnels.
Rémi Garde, une vie de football entre Lyon, Strasbourg et Arsenal
Né le 3 avril 1966 à L’Arbresle, Rémi Garde grandit dans une famille de la région lyonnaise avant d’intégrer les rangs de l’Olympique Lyonnais, où il évolue comme milieu de terrain de 1987 à 1993. Il y dispute près de cent quarante-six rencontres, avant de rejoindre le Racing Club de Strasbourg, avec lequel il atteint la finale de la Coupe de France en 1995. Sa carrière prend ensuite un tournant international lorsqu’il s’engage avec Arsenal, en Angleterre, où il devient l’un des premiers joueurs étrangers à porter le brassard de capitaine. Il y remporte le championnat et la Coupe d’Angleterre en 1998, avant qu’une blessure au genou ne mette un terme prématuré à sa carrière de joueur, en 1999. Six sélections en équipe de France et une présence dans le groupe tricolore à l’Euro 1992 complètent ce parcours de footballeur discret mais respecté, plus connu pour sa rigueur que pour l’éclat médiatique.
Reconverti entraîneur, Rémi Garde reprend les rênes de l’Olympique Lyonnais entre 2011 et 2014, où il décroche une Coupe de France et un Trophée des Champions en 2012. Il poursuit ensuite sa carrière outre-Manche, à Aston Villa, puis outre-Atlantique, au Montréal Impact en Major League Soccer. C’est cette trajectoire, faite de responsabilités et d’exposition publique, qui donne un relief particulier à son témoignage de foi : celui d’un homme habitué à devoir incarner, devant des joueurs comme devant des caméras, des valeurs qu’il dit puiser dans son éducation religieuse.
| Période | Événement |
|---|---|
| 3 avril 1966 | Naissance à L’Arbresle (Rhône) |
| 1987-1993 | Milieu de terrain à l’Olympique Lyonnais |
| 1993-1996 | Joueur au Racing Club de Strasbourg, finale de Coupe de France 1995 |
| 1996-1999 | Capitaine à Arsenal FC, champion d’Angleterre et vainqueur de la FA Cup en 1998 |
| 2011-2014 | Entraîneur de l’Olympique Lyonnais, Coupe de France et Trophée des Champions 2012 |
| 2015-2016 | Entraîneur d’Aston Villa |
| 2017-2019 | Entraîneur du Montréal Impact (MLS) |
Une foi transmise par l’enfance et l’éducation
Invité du Jour du Seigneur, l’émission religieuse de France Télévisions, Rémi Garde a accepté de revenir sur les racines de sa foi catholique aux côtés de Mgr Sylvain Bataille, évêque de Saint-Étienne, ville voisine de Lyon dont la cathédrale gothique demeure l’un des joyaux de l’art sacré régional. L’ancien entraîneur y confie que ses convictions religieuses lui viennent avant tout de son éducation familiale et de son enfance, plus que d’une conversion tardive ou d’un cheminement spectaculaire. C’est une foi de tradition, transmise à bas bruit, qui continue selon lui de l’accompagner dans les moments difficiles de sa vie professionnelle, faite d’exigences, de pression médiatique et de décisions parfois impopulaires.
Ce type de témoignage n’est pas isolé sur le plateau de l’émission : d’autres personnalités publiques, comme l’ancien vice-président du Conseil d’État Jean-Marc Sauvé dans Esprits Libres, ont accepté de mettre en mots une spiritualité souvent restée discrète. Le format Parole inattendue, qui a par exemple donné la parole à Valentin de Carbonnières autour de la Transfiguration dans l’art sacré, participe de la même démarche : donner à voir des trajectoires de foi incarnées, loin des clichés, et souvent connectées, plus qu’on ne l’imagine, à l’histoire de l’art et du patrimoine religieux.
Le Jour du Seigneur, doyenne de la télévision religieuse française
Le cadre dans lequel s’exprime Rémi Garde n’est pas anodin. Lancé en 1949 par le père dominicain Raymond Pichard, qui obtient alors une heure et demie d’antenne hebdomadaire sur la RTF, Le Jour du Seigneur est aujourd’hui, à l’exception du journal télévisé, le plus ancien programme encore diffusé de la télévision française. Produite par le Comité français de radio-télévision, l’émission a traversé les mutations du paysage audiovisuel, de la RTF à TF1, puis à Antenne 2 et enfin à France 2, sans jamais interrompre sa mission initiale : retransmettre la messe dominicale et donner la parole à des chrétiens de tous horizons. Ce format, pensé à l’origine pour contrer une déchristianisation déjà perçue à la sortie de la guerre, s’est progressivement enrichi de portraits, de reportages et de témoignages comme celui de l’ancien entraîneur lyonnais, élargissant son public au-delà des seuls pratiquants réguliers.

Le sport comme chemin spirituel : respect, pardon et humilité
Dans cet entretien, Rémi Garde insiste sur les valeurs qu’il a toujours voulu transmettre à ses joueurs : le respect de l’adversaire, l’humilité dans la victoire, la solidarité dans l’effort collectif. Il évoque aussi, avec une certaine pudeur, l’épisode où il avait publiquement présenté ses excuses au joueur Thiago Motta après des propos insultants tenus sous le coup de la tension d’un match. Pour lui, reconnaître une erreur et demander pardon relève d’un réflexe naturel, ancré dans son éducation chrétienne plus que dans un calcul de communication. Cette manière d’articuler exigence sportive et exigence morale rejoint une tradition ancienne, dans laquelle l’Église a toujours vu, avec prudence, une école possible de vertus.
- Le respect de l’adversaire, envisagé comme une forme de charité concrète.
- L’humilité face à la victoire comme face à la défaite.
- Le sens du sacrifice individuel au service d’un objectif collectif.
- La capacité à reconnaître une faute et à demander pardon publiquement.
Rémi Garde n’est pas le seul footballeur français à avoir choisi, ces dernières années, de rendre sa foi catholique plus visible. L’attaquant international Olivier Giroud a lui aussi évoqué publiquement sa fierté d’être croyant, expliquant vouloir en parler ouvertement plutôt que de la garder pour lui. Ces prises de parole, encore rares dans un milieu professionnel où la discrétion reste la norme, témoignent d’une évolution progressive du rapport entre sport de haut niveau et expression religieuse en France, sans pour autant relever d’un phénomène massif ni organisé.
Des saints et des sportifs : quand l’Église regarde vers les stades
Cette proximité entre spiritualité et compétition a pris une dimension nouvelle le 7 septembre 2025, lorsque le pape Léon XIV a canonisé Pier Giorgio Frassati, jeune Turinois mort en 1925 à seulement vingt-quatre ans. Alpiniste, skieur, cycliste et nageur passionné, Frassati avait fait sien un mot d’ordre resté célèbre, « Verso l’alto », « vers les hauteurs », qui résume sa conviction que l’effort physique pouvait devenir un chemin d’élévation spirituelle. Sa popularité auprès des jeunes catholiques sportifs, déjà beato depuis 1990, en a fait une figure de référence pour de nombreux clubs et mouvements de jeunesse, bien avant que Rome ne consacre officiellement ce lien entre foi et compétition.
Quelques mois avant cette canonisation, le 15 juin 2025, le Vatican organisait le premier Jubilé du Sport de son histoire, réunissant des milliers d’athlètes amateurs et professionnels autour du pape Léon XIV. Dans son homélie, celui-ci invitait les athlètes présents à ne pas séparer performance physique et vie intérieure :
« Le sport peut nous aider à rencontrer Dieu Trinité. » — Léon XIV, homélie du Jubilé du Sport, 15 juin 2025
Le témoignage de Rémi Garde, à son échelle, participe de cette même intuition : celle d’un homme pour qui le terrain n’a jamais été complètement étranger à la prière.
| Figure | Lien avec le sport | Reconnaissance / iconographie |
|---|---|---|
| Pier Giorgio Frassati | Alpinisme, ski, cyclisme, natation | Canonisé le 7 septembre 2025 ; représenté en tenue de montagne, bâton d’alpiniste à la main |
| Saint Sébastien | Patron traditionnel des archers et des athlètes | Iconographie du martyre percé de flèches, très présente dans la peinture de la Renaissance |
| Jeannie Longo | Cyclisme de haut niveau, records du monde | Figure contemporaine, portrait publié sur Art Religieux |
| Rémi Garde | Football, joueur puis entraîneur professionnel | Témoignage de foi au Jour du Seigneur, sans démarche de canonisation |
Saint Sébastien reste, dans cette galerie de figures, le patron traditionnel le plus ancien des sportifs et des archers. Les peintres de la Renaissance, d’Andrea Mantegna au Pérugin, en ont fait l’un des sujets les plus représentés de l’art occidental, le montrant attaché à un arbre ou une colonne, le corps percé de flèches mais le visage étrangement serein. Cette sérénité dans l’épreuve, lue par les théologiens comme une victoire spirituelle sur la souffrance physique, explique pourquoi tant de confréries sportives médiévales et de compagnies d’archers ont choisi ce martyr comme protecteur, bien avant que Pier Giorgio Frassati ne vienne, au vingtième siècle, incarner une sainteté sportive plus joyeuse et plus proche du quotidien des jeunes catholiques.

Lyon, cité mariale : la basilique de Notre-Dame de Fourvière au-dessus des terrains
Impossible d’évoquer le rapport entre Lyon et la foi catholique sans mentionner la basilique de Notre-Dame de Fourvière, qui domine la ville depuis sa colline depuis la fin du dix-neuvième siècle. Édifiée à partir de 1872 sur les plans de l’architecte Pierre Bossan, puis achevée sous la supervision de Louis Sainte-Marie Perrin, la basilique adopte un style néo-byzantin résolument singulier dans le paysage religieux français. Ses quatre tours d’angle, hautes de quarante-huit mètres, portent les noms des vertus cardinales, Force, Justice, Prudence et Tempérance, tandis qu’une statue dorée de la Vierge, œuvre du sculpteur Joseph-Hugues Fabisch installée en 1852 sur la tour du clocher voisin, veille sur l’ensemble du site.

L’intérieur de l’édifice, consacré le 8 décembre 1896 puis érigé en basilique mineure l’année suivante, déploie un riche programme de mosaïques consacrées à l’histoire de la Vierge Marie, tandis qu’une statue de l’archange saint Michel, sculptée par Paul-Émile Millefaut, couronne l’abside extérieure. Bâtie en pierre blanche de Hauteville-Lompnes et en pierre du Midi, avec des colonnes de marbre bleu dans la nef, la basilique a été classée monument historique le 25 mars 2014 et s’inscrit, avec le Vieux Lyon, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998. Chaque année, près de deux millions de visiteurs gravissent la colline de Fourvière, dont la silhouette néo-byzantine domine l’ensemble de l’agglomération lyonnaise, ville où Rémi Garde a construit l’essentiel de sa carrière de footballeur et d’entraîneur.
L’attachement des Lyonnais à la colline de Fourvière ne date pas du dix-neuvième siècle. Il remonte au 8 septembre 1643, lorsque les échevins de la ville, le prévôt des marchands et les notables font le vœu, en pleine menace d’épidémie de peste, de rendre chaque année hommage à la Vierge si le fléau s’arrête. L’épidémie reculant, la promesse est tenue, donnant naissance à une procession annuelle qui se perpétue encore aujourd’hui le 8 septembre. C’est ce même attachement marial qui, le 8 décembre 1852, jour retenu pour l’inauguration de la statue dorée de Fabisch sur le clocher voisin de la basilique, donne naissance à la Fête des Lumières : un violent orage ayant menacé de gâcher la cérémonie, les Lyonnais garnissent spontanément leurs fenêtres de lumignons pour célébrer malgré tout l’événement, fixant une tradition populaire devenue depuis l’un des rendez-vous culturels les plus courus de France. Le site accueille en outre, au pied de la basilique, le musée d’Art religieux de Fourvière, qui conserve ornements liturgiques, orfèvrerie et souvenirs de ces dévotions successives.
S’agissant d’un édifice classé, toute intervention sur la basilique de Fourvière, comme sur n’importe quel monument historique, doit recevoir l’accord préalable de l’Architecte des Bâtiments de France et s’inscrire dans le cadre fixé par la Direction régionale des affaires culturelles. Des dispositifs comme la Fondation du patrimoine peuvent par ailleurs accompagner le financement de travaux de restauration sur ce type de patrimoine cultuel protégé. Cet article reste de nature informative et ne saurait se substituer à l’avis d’un architecte du patrimoine ou d’un conservateur d’art qualifié pour toute question technique relative à un édifice classé.
Foire aux questions
Rémi Garde est-il pratiquant ?
Dans son témoignage au Jour du Seigneur, Rémi Garde se présente comme catholique de tradition familiale, sans revendiquer de pratique militante. Il explique que sa foi, héritée de l’enfance, l’accompagne surtout dans sa manière de diriger des équipes et de traverser les épreuves de la vie publique.
Pourquoi Pier Giorgio Frassati est-il associé au sport ?
Frassati pratiquait l’alpinisme, le ski, le cyclisme et la natation avec passion, y voyant un moyen d’élévation autant physique que spirituelle. Sa canonisation, le 7 septembre 2025, a renforcé sa popularité auprès des mouvements de jeunesse catholique liés au sport.
Qu’est-ce que le Jubilé du Sport ?
Organisé le 15 juin 2025 à Rome dans le cadre de l’Année sainte, le Jubilé du Sport a réuni des milliers d’athlètes autour du pape Léon XIV, invité à ne pas séparer performance sportive et vie spirituelle.
La basilique de Fourvière se visite-t-elle librement ?
Oui, la basilique est ouverte au public gratuitement, en dehors des offices. Sa visite permet notamment de découvrir ses mosaïques et son point de vue panoramique sur l’agglomération lyonnaise.
D’où vient la Fête des Lumières de Lyon ?
Elle trouve son origine dans l’inauguration, le 8 décembre 1852, de la statue dorée de la Vierge sur le clocher voisin de Fourvière, lorsque les Lyonnais illuminèrent spontanément leurs fenêtres malgré un violent orage, fixant depuis cette tradition populaire annuelle.
Du terrain de l’Olympique Lyonnais aux mosaïques de Fourvière, l’itinéraire de Rémi Garde rappelle que la foi catholique continue d’irriguer, souvent discrètement, des univers que l’on croirait éloignés du sacré. Entre témoignages contemporains et figures canonisées, entre stades et basiliques classées, cette proximité invite à regarder d’un œil neuf le patrimoine religieux qui, à Lyon comme ailleurs, continue de dialoguer avec la vie de tous les jours. Elle rappelle aussi qu’un même geste, celui de lever les yeux vers une colline ou de se recueillir avant un match, peut relever à la fois d’une histoire personnelle et d’une mémoire collective plus ancienne, celle que racontent les pierres des basiliques autant que les archives sportives.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.

