Il existe des saints que l’art a longtemps hésité à représenter. Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719) fait partie de ceux-là : ni martyr spectaculaire, ni ermite au désert, ni évêque couvert d’or, mais un chanoine rémois qui a passé quarante ans de sa vie à ouvrir des écoles gratuites pour les enfants pauvres. Comment traduire cela en peinture, en pierre ou en verre ? La réponse mit près d’un siècle à se stabiliser, et elle raconte bien davantage qu’une simple histoire de sainteté. Elle raconte la manière dont une congrégation enseignante s’est construit une mémoire visuelle, puis un patrimoine bâti que l’on retrouve aujourd’hui de Reims à Rouen, de Rome à Manille.
Les héritiers de saint Jean-Baptiste de La Salle, ce sont d’abord les Frères des Écoles chrétiennes, ces laïcs consacrés qu’il rassembla à Reims à partir de 1680. Mais ce sont aussi, au sens artistique du terme, tous les portraits, statues, vitraux, chapelles et hôtels particuliers qui portent aujourd’hui son nom et son visage. Nous vous proposons de parcourir cet héritage double — spirituel et matériel — en gardant l’œil du curieux d’art sacré : quels attributs le désignent, quels ateliers l’ont fixé dans l’imaginaire, et quelles règles protègent désormais ces témoins du patrimoine cultuel français.
Du chanoine de Reims au fondateur des Frères des Écoles chrétiennes
Jean-Baptiste de La Salle naît à Reims le 30 avril 1651, dans une famille de magistrats aisés installée depuis 1609 dans un vaste hôtel Renaissance. Rien ne le destinait à l’enseignement populaire : chanoine de la cathédrale de Reims dès seize ans, docteur en théologie, héritier d’une belle fortune, il appartenait à ce clergé confortable que le Grand Siècle produisait en abondance. Sa rencontre, en 1679, avec Adrien Nyel, un maître d’école venu de Rouen, bascule sa trajectoire. Il commence par loger les maîtres, puis les prend à sa table, puis dans sa propre maison. Entre 1680 et 1685, il renonce à son canonicat, distribue ses biens lors de la famine de 1683-1684 et fonde un institut entièrement laïc, sans prêtres, voué à l’instruction chrétienne des « enfants des artisans et des pauvres ».
Cette décision est décisive pour l’iconographie. En choisissant un institut de frères non clercs, La Salle prive d’avance ses futurs portraitistes des attributs habituels du saint fondateur : pas de mitre, pas de crosse, pas de chasuble brodée. Ses héritiers devront inventer autre chose. La congrégation adopte un costume noir à rabat blanc et manteau, silhouette austère qui deviendra, elle aussi, un motif reconnaissable. Il meurt à Saint-Yon, près de Rouen, le 7 avril 1719, un Vendredi saint, laissant selon les décomptes traditionnels vingt-sept maisons, plus de deux cents frères et plusieurs milliers d’élèves. Sa béatification interviendra le 19 février 1888, sa canonisation le 24 mai 1900 sous Léon XIII, et Pie XII le proclamera patron de tous les éducateurs chrétiens le 15 mai 1950.
| Date | Événement | Conséquence pour l’art sacré |
|---|---|---|
| 30 avril 1651 | Naissance à Reims, hôtel de La Salle | Le bâtiment deviendra un lieu de mémoire classé |
| 1680-1685 | Fondation de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes | Adoption d’un costume laïc, sans insignes cléricaux |
| 7 avril 1719 | Mort à Saint-Yon, près de Rouen | Premier foyer de vénération et de reliques |
| 1733 | Biographie du chanoine Blain, illustrée d’un portrait gravé | Fixation du premier type iconographique |
| 19 février 1888 | Béatification par Léon XIII | Commandes de statues, dont le modèle d’Émilien Cabuchet |
| 24 mai 1900 | Canonisation | Diffusion massive d’images de dévotion et de vitraux |
| 15 mai 1950 | Proclamé patron des éducateurs chrétiens | Nouvelle vague de représentations scolaires |
L’hôtel de La Salle à Reims : une façade Renaissance devenue relique
Le premier héritage visible du saint n’est pas une image : c’est une maison. L’hôtel de La Salle, édifié à partir de 1545 pour le marchand Henri Choilly, comptait parmi les plus beaux logis civils de Reims. Sa façade sur cour applique avec une rigueur presque théorique le vocabulaire de la Renaissance française : pilastres doriques au rez-de-chaussée, pilastres ioniques à l’étage, superposition des ordres antiques héritée des traités italiens diffusés en France par Serlio. On y lit l’ambition d’une bourgeoisie champenoise enrichie qui veut parler la langue savante de l’Antiquité. La famille de La Salle acquiert la demeure en 1609 ; c’est là que naît Jean-Baptiste quarante-deux ans plus tard.
Le bâtiment est classé au titre des monuments historiques le 3 avril 1920, moins pour ses qualités architecturales — pourtant réelles — que pour sa valeur mémorielle. Ce glissement est intéressant : un hôtel particulier profane devient un lieu quasi sanctuaire par la seule présence d’un berceau. Une importante campagne de restauration engagée en 2014 a permis d’ouvrir, en mai 2015, un nouveau parcours muséographique consacré au fondateur et à l’histoire de l’Institut. La chapelle aménagée dans l’aile et le décor néo-Renaissance ajouté au XIXe siècle y racontent la manière dont chaque époque a projeté sur les murs sa propre idée du saint. Pour l’amateur d’art sacré, la visite offre un cas d’école : celui d’un patrimoine civil réinterprété par la dévotion.

Inventer un visage : la naissance d’une iconographie
Aucun portrait de Jean-Baptiste de La Salle n’a été peint de son vivant avec certitude, ce qui a placé ses premiers biographes devant un problème concret. Le type iconographique de référence apparaît dans les années 1730 : une effigie en buste, de trois quarts ou de profil, les mains jointes, le visage grave et un peu creusé, coiffé des cheveux longs de la fin du règne de Louis XIV. C’est cette image qui accompagne la volumineuse biographie publiée par le chanoine Jean-Baptiste Blain en 1733, sous forme de gravure. Rudimentaire par sa technique, elle se révèle d’une efficacité redoutable : reproduite à des milliers d’exemplaires, distribuée dans les communautés et les classes, elle devient le visage officiel du fondateur pendant plus d’un siècle. On mesure ici le rôle de l’estampe dans la fabrique des saints modernes, bien avant la photographie.
Lorsque les procès de béatification s’intensifient à Rome au XIXe siècle, une seconde couche iconographique se superpose à la première, d’inspiration italienne cette fois. Les mains jointes se font plus éloquentes, le regard se lève vers le ciel, la draperie du manteau gagne en ampleur baroque. Les ateliers romains, habitués à produire des effigies de fondateurs pour Saint-Pierre, appliquent au chanoine rémois la grammaire visuelle qu’ils employaient depuis un siècle et demi. Le résultat est un saint à deux visages : sobre et janséniste dans la tradition française, expansif et rhétorique dans la tradition italienne. Selon les églises et les époques, vous rencontrerez l’un ou l’autre.
« Vous devez considérer les enfants qui vous sont confiés comme les membres de Jésus-Christ. »
Jean-Baptiste de La Salle, Méditations pour le temps de la retraite
Cette phrase, souvent gravée au pied des statues, explique la spécificité de son iconographie. Le saint n’est presque jamais seul. Il est flanqué d’un ou deux enfants, parfois trois, qui ne sont pas des putti décoratifs mais des écoliers identifiables à leur vêtement modeste. L’un tient un livre ouvert, l’autre lève les yeux vers le maître. Le geste de la main droite — levée, index tendu ou paume ouverte — désigne alternativement le ciel et le texte. C’est la transposition plastique d’une pédagogie : l’instruction conduit à la foi, et réciproquement.
| Attribut | Description | Lecture symbolique |
|---|---|---|
| Le rabat blanc et le manteau noir | Costume des Frères des Écoles chrétiennes | Marque un institut laïc, distinct du clergé séculier |
| Les enfants | Un à trois écoliers en vêtements modestes | Les « enfants des artisans et des pauvres », destinataires de l’œuvre |
| Le livre ouvert | Tenu par le saint ou par un enfant | L’instruction comme chemin, l’Écriture comme fin |
| La main droite levée | Index tendu ou paume ouverte | Geste d’enseignement hérité des philosophes antiques |
| Les mains jointes | Type des portraits gravés du XVIIIe siècle | Insiste sur l’oraison plutôt que sur l’action |
| La croix simple | Petite croix pectorale ou tenue en main | Substitut sobre aux insignes épiscopaux absents |
La statuaire : Cabuchet, Saint-Sulpice et la série industrielle
La béatification de 1888 déclenche une vague de commandes. Le sculpteur bressan Émilien Cabuchet (1819-1902), déjà connu pour son saint Jean-Marie Vianney à Ars, fournit un modèle de statue qui sera diffusé en de très nombreux exemplaires. Le procédé mérite qu’on s’y arrête, car il caractérise tout l’art religieux de la fin du XIXe siècle : un modèle original en plâtre ou en terre, puis des réductions et des reproductions en plâtre peint, en fonte ou en pierre reconstituée, vendues sur catalogue par les grandes maisons de statuaire religieuse. Ce que l’on gagne en diffusion, on le perd évidemment en invention. Les inventaires du patrimoine, notamment ceux menés en Île-de-France, recensent aujourd’hui des dizaines de ces effigies dans les chapelles d’établissements scolaires.

Parmi les œuvres monumentales, la statue érigée dans la basilique Saint-Pierre de Rome, au titre des fondateurs d’ordres, marque la reconnaissance universelle de l’Institut. À Paris, l’église Saint-Sulpice conserve une effigie du saint, dans un quartier où les Frères furent longtemps implantés. Le monastère de Montserrat, en Catalogne, en possède une autre, le représentant entouré d’enfants. Vous repérerez facilement ces œuvres à un détail : contrairement aux fondateurs monastiques, dont le vêtement large et la capuche créent de grands plis décoratifs, La Salle porte un habit étroit et strict qui oblige le sculpteur à travailler le visage plutôt que la draperie. C’est une contrainte féconde, comparable à celle qu’imposa saint Bernard de Clairvaux à l’art cistercien lorsqu’il bannit l’ornement superflu des églises de son ordre.
Peintures, gravures et images de dévotion
Les collections publiques françaises conservent un nombre appréciable de tableaux représentant le fondateur, répertoriés dans la base Palissy du ministère de la Culture : on en trouve en Ardèche, en Maine-et-Loire, en Haute-Garonne et dans bien d’autres départements où les Frères tinrent des écoles. La plupart datent du XIXe siècle et dérivent, directement ou non, du portrait gravé de 1733. Quelques toiles se distinguent pourtant par une composition ambitieuse, où le saint apparaît en pied dans une salle de classe reconstituée, entouré de ses frères. Ce type de « tableau d’histoire religieuse », proche de la peinture de genre, cherche moins à émouvoir qu’à documenter une œuvre sociale.
Il faut y ajouter tout un continent d’objets modestes que les historiens de l’art ont longtemps négligé : images pieuses lithographiées distribuées en récompense scolaire, médailles, bannières de procession brodées par les congrégations féminines, vignettes de manuels. Ces supports ont diffusé le visage du saint bien plus efficacement que les grandes commandes. Ils constituent aujourd’hui une source précieuse pour comprendre la culture visuelle des écoles catholiques entre 1888 et 1960, et ils commencent à intéresser les musées d’arts et traditions populaires autant que les archives lasalliennes.
Les héritiers vivants : un réseau mondial et ses lieux
Trois siècles après la mort du fondateur, le réseau lasallien reste l’un des plus vastes ensembles éducatifs d’inspiration religieuse au monde, présent sur les cinq continents et animant plusieurs milliers d’établissements. La proportion de frères y a fortement diminué au profit d’équipes laïques, ce qui modifie le rapport au patrimoine : des chapelles conçues pour des communautés nombreuses accueillent désormais des assemblées réduites, et des bâtiments conçus au XIXe siècle doivent être adaptés. C’est un phénomène que connaissent aussi les héritiers de Don Bosco, autre grande figure de l’éducation catholique, ou les grandes congrégations enseignantes du XIXe siècle.

Les lieux de mémoire se répartissent en trois pôles. Reims, avec l’hôtel natal et son parcours muséal, incarne les origines. Rouen et Saint-Yon rappellent les dernières années et la mort ; la ville conserve un sanctuaire dédié au saint, longtemps but de pèlerinage régional. Rome, enfin, où la maison généralice de l’Institut abrite depuis le XXe siècle les reliques du fondateur, transférées de Normandie, ainsi qu’un ensemble d’archives et d’œuvres considérable. À ces trois pôles s’ajoutent des dizaines de chapelles d’établissements, souvent invisibles depuis la rue, qui recèlent des vitraux et des décors peints d’une qualité inégale mais parfois remarquable, notamment ceux produits par les ateliers de Reims, de Nancy et de Lyon dans les années 1900-1930.
Conserver ce patrimoine : les bons réflexes
Une part significative de ce patrimoine est protégée au titre des monuments historiques, classée ou inscrite, ou située dans un site patrimonial remarquable. Cela change tout pour qui envisage des travaux. Toute intervention sur un immeuble classé ou inscrit, y compris un ravalement, la réfection d’une couverture ou la dépose d’un vitrail, requiert une autorisation spécifique instruite par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Aux abords d’un monument protégé, c’est l’architecte des Bâtiments de France (ABF) qui rend un avis, lequel s’impose généralement au maire pour la délivrance de l’autorisation d’urbanisme. Mieux vaut prendre contact avec l’unité départementale de l’architecture et du patrimoine très en amont du projet plutôt qu’après le dépôt du dossier.
Pour les objets mobiliers — statues, tableaux, bannières, orfèvrerie — la règle est la même et le danger plus grand, car ces œuvres se déplacent, se prêtent, se rangent dans des greniers mal isolés. Un plâtre polychrome du XIXe siècle, souvent jugé sans valeur, se dégrade très vite sous l’effet des variations d’humidité. Avant tout nettoyage, résistez à la tentation du chiffon et du produit ménager : les repeints anciens et les glacis se perdent en quelques minutes. Faites appel à un restaurateur du patrimoine qualifié, et sollicitez un diagnostic préalable. Du côté du financement, la Fondation du patrimoine, les souscriptions publiques, les aides des collectivités et, pour les édifices protégés, les subventions de l’État permettent de monter des plans réalistes. Le modèle des grandes campagnes de restauration menées après le concile de Trente, dont saint Charles Borromée fut le théoricien, montre que la conservation est toujours aussi un acte pastoral.
Reconnaître une représentation de saint Jean-Baptiste de La Salle
Face à une statue ou à un tableau non légendé, quelques indices permettent d’écarter les confusions les plus fréquentes. La première concerne l’homényme : Jean le Baptiste, le Précurseur, se reconnaît immédiatement à sa peau de chameau, à sa croix de roseau et à l’agneau qui l’accompagne — rien de commun avec notre chanoine en habit noir. Si le doute subsiste, notre article consacré à Jean le Baptiste dans l’art sacré détaille cette iconographie. La seconde confusion vient des autres fondateurs enseignants du XVIIe siècle, souvent vêtus de noir eux aussi : ce sont les enfants et le livre qui tranchent.
- Le vêtement : soutane ou habit noir à rabat blanc, manteau sans capuche, aucune broderie liturgique.
- La compagnie : un à trois enfants, tenus par l’épaule ou serrés contre lui, jamais des anges.
- Le livre : ouvert, tenu bas, tourné vers l’enfant et non vers le spectateur.
- Le visage : maigre, aux pommettes marquées, front dégagé, cheveux mi-longs de la fin du XVIIe siècle.
- Le contexte : chapelle de collège, école privée, ou église paroissiale d’un quartier où les Frères ont enseigné.
Un dernier conseil de méthode : dans les vitraux, la légende peinte sur le bandeau inférieur reste la source la plus fiable, car les ateliers du XIXe siècle les inscrivaient presque systématiquement. Lorsqu’elle a disparu, l’examen du bandeau d’attache et de la signature de l’atelier, souvent glissée dans un angle, permet de dater l’œuvre à une décennie près. Les archives diocésaines et les inventaires en ligne du ministère de la Culture complètent utilement cette enquête de terrain.
Questions fréquentes
Quelle est la date de la fête de saint Jean-Baptiste de La Salle ?
Il est célébré le 7 avril, jour anniversaire de sa mort en 1719. La date ayant longtemps coïncidé avec la Semaine sainte, le calendrier romain l’avait autrefois déplacée au 15 mai ; c’est pourquoi certains établissements et certaines régions conservent encore cette seconde date, notamment pour les fêtes scolaires de fin d’année.
Pourquoi n’est-il jamais représenté en évêque ?
Parce qu’il ne l’a jamais été et qu’il a même renoncé à son canonicat de la cathédrale de Reims. Il refusa aussi que ses frères deviennent prêtres, afin que l’Institut reste entièrement tourné vers l’enseignement. Cette décision fondatrice explique la sobriété de son costume dans toutes les représentations.
Où voir les principales œuvres qui le représentent ?
À Reims, dans l’hôtel de La Salle et son parcours muséal ; à Rome, dans la basilique Saint-Pierre et à la maison généralice ; à Paris, notamment à Saint-Sulpice ; et dans de nombreuses chapelles d’établissements lasalliens en France. La base Palissy du ministère de la Culture recense en outre plusieurs dizaines de tableaux et statues protégés en région.
Ses reliques se trouvent-elles encore à Rouen ?
Non. Après sa mort à Saint-Yon en 1719, son corps y fut inhumé puis vénéré localement. Les reliques ont ensuite été transférées à la maison généralice des Frères des Écoles chrétiennes à Rome au XXe siècle. Rouen conserve néanmoins la mémoire du lieu et un sanctuaire qui lui est dédié.
Comment faire restaurer une statue du saint dans une chapelle ?
Commencez par vérifier si l’objet est protégé au titre des monuments historiques, ce que le service régional de la conservation vous indiquera. Sollicitez ensuite un diagnostic auprès d’un restaurateur du patrimoine qualifié et rapprochez-vous de la DRAC, puis d’organismes comme la Fondation du patrimoine pour le financement. Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié.
Un héritage qui dépasse l’image
L’iconographie de Jean-Baptiste de La Salle n’a jamais produit de chef-d’œuvre comparable aux grandes machines baroques consacrées à Ignace de Loyola ou à Thérèse d’Ávila. C’est peut-être sa fidélité la plus profonde : un saint de la classe et du quotidien ne pouvait guère susciter des extases de marbre. En revanche, cette iconographie modeste a pénétré des milliers de lieux ordinaires — préaux, chapelles de collège, couloirs d’internat — et a façonné le regard de générations d’élèves. Le véritable héritage artistique lasallien se mesure moins à la valeur des pièces qu’à leur densité territoriale et à la cohérence de leur programme.
Ce patrimoine entre aujourd’hui dans une phase critique. La réduction du nombre de frères, la vente ou la reconversion de certains bâtiments, la disparition progressive des mémoires orales font peser un risque réel sur des ensembles jamais inventoriés. Des campagnes de recensement menées par les archives lasalliennes et par des services patrimoniaux commencent à y remédier. Si vous fréquentez un établissement ancien, le premier service à rendre est simple : photographier, dater si possible, signaler. C’est souvent ainsi, par des regards attentifs, que le patrimoine cultuel du XIXe siècle échappe à l’oubli.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.

