Statue équestre de Jeanne d'Arc par Emmanuel Frémiet, place des Pyramides à Paris

Qui est Jeanne d’Arc, dite « La Pucelle » ? Histoire et iconographie

Peu de figures de l’histoire de France ont autant nourri les ateliers d’artistes que Jeanne d’Arc, dite « la Pucelle ». Bergère lorraine devenue chef de guerre, condamnée comme hérétique puis réhabilitée, canonisée en 1920, elle traverse la peinture, la sculpture, le vitrail et l’imagerie populaire depuis près de six siècles. Pourtant, aucun portrait exécuté de son vivant ne nous est parvenu : tout ce que nous croyons voir d’elle est une reconstruction. Cette absence originelle explique la richesse — et parfois les contresens — de son iconographie.

Nous vous proposons ici un parcours en deux temps. D’abord l’histoire : qui était réellement cette jeune femme née vers 1412 à Domrémy, comment s’est déroulé son procès, pourquoi l’Église l’a-t-elle finalement inscrite au calendrier des saints. Ensuite l’art : quels attributs les artistes lui ont donnés, comment le XIXe siècle a fabriqué l’image que nous avons encore en tête, et quel patrimoine cultuel — églises, statues, verrières — la commémore aujourd’hui sur le territoire français.

Jeanne d’Arc : dix-neuf ans de vie, six siècles de postérité

Jeanne naît vers 1412 à Domrémy, village de la vallée de la Meuse alors situé aux confins du duché de Bar et du royaume de France. Son père, Jacques d’Arc, est un laboureur aisé, doyen du village ; sa mère, Isabelle Romée, lui transmet une piété ordinaire faite de prières, de pèlerinages de proximité et de dévotion aux saints locaux. La guerre de Cent Ans travaille la région depuis des décennies : les compagnies armées passent, rançonnent, brûlent. C’est dans ce climat que Jeanne, vers treize ans, déclare entendre des voix qu’elle identifie à saint Michel archange, sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Marguerite d’Antioche. Ces trois figures, largement diffusées par la statuaire et les Légendes dorées du temps, reviendront constamment dans son iconographie ultérieure.

En février 1429, après un premier refus du capitaine Robert de Baudricourt, elle obtient une escorte et rejoint Chinon, où le dauphin Charles tient sa cour. L’entrevue passe à la postérité sous le nom de « signe donné au roi ». Examinée par les clercs de Poitiers, jugée digne de confiance, elle reçoit une armure, un étendard et une place dans l’armée qui marche sur Orléans. Le siège est levé le 8 mai 1429 ; la victoire de Patay suit le 18 juin ; le sacre de Charles VII est célébré dans la cathédrale de Reims le 17 juillet. En quelques mois, une paysanne illettrée est devenue un personnage politique européen.

La suite est plus rude. L’assaut manqué contre Paris, en septembre 1429, entame son crédit militaire. Le 23 mai 1430, elle est capturée devant Compiègne par les troupes bourguignonnes de Jean de Luxembourg, qui la vendent aux Anglais. Transférée à Rouen, elle y est jugée par un tribunal d’Église présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. Le 30 mai 1431, elle est brûlée place du Vieux-Marché ; ses cendres sont jetées dans la Seine pour empêcher tout culte des reliques. Elle a dix-neuf ans environ. Cette précaution des juges aura un effet inattendu : privée de reliques corporelles, la dévotion johannique se reportera massivement sur l’image.

Repères chronologiques

Date Événement Écho dans l’art
vers 1412 Naissance à Domrémy Thème de « Jeanne écoutant les voix » (Rude, Chapu, Bastien-Lepage)
Février 1429 Départ de Vaucouleurs, entrevue de Chinon Scène de la reconnaissance du dauphin, très prisée au XIXe siècle
8 mai 1429 Levée du siège d’Orléans Jeanne en armure à l’étendard, motif dominant de la statuaire
17 juillet 1429 Sacre de Charles VII à Reims Tableau d’Ingres, 1854, musée du Louvre
23 mai 1430 Capture devant Compiègne Peintures de bataille et de chute, romantisme européen
30 mai 1431 Bûcher de Rouen Iconographie du martyre, croix tendue, regard vers le ciel
7 juillet 1456 Sentence de nullité du procès Légitime la représentation dévote de Jeanne
1909 Béatification par Pie X Multiplication des statues d’église en plâtre polychrome
16 mai 1920 Canonisation par Benoît XV Entrée officielle dans l’art liturgique et le vitrail
Jeanne d'Arc en armure dorée au sacre de Charles VII, détail du tableau d'Ingres conservé au Louvre
Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII, Ingres, 1854 (détail). Photo : Sailko / Wikimedia Commons — licence CC BY 3.0

Pourquoi l’appelle-t-on « la Pucelle » ?

Le surnom n’a rien d’une invention poétique tardive : Jeanne se désigne elle-même ainsi, et signe « Jehanne la Pucelle ». En moyen français, le mot désigne une jeune fille vierge, mais il porte aussi une charge juridique et politique. La virginité atténue le soupçon de sorcellerie — les traditions du temps associent le commerce démoniaque à la corruption du corps — et elle place la jeune femme dans une lignée de figures bibliques et hagiographiques familières au public médiéval. Le titre fonctionne donc comme un argument. Il sera d’ailleurs vérifié par deux examens de matrones, à Poitiers puis à Rouen, dont les procès-verbaux nous sont partiellement parvenus.

Pour l’histoire de l’art, ce mot est capital. Il impose une représentation ambiguë, où le corps féminin est à la fois affirmé et dissimulé sous le harnois. Les artistes vont osciller pendant des siècles entre deux pôles : la guerrière cuirassée, dont l’armure efface les formes, et la jeune fille en robe, dont la douceur souligne l’étrangeté du destin. Cette tension explique que le même personnage puisse apparaître en amazone triomphante sur une place publique et en orante recueillie dans une chapelle latérale, sans que personne n’y voie de contradiction.

1431-1456 : du procès de condamnation au procès en nullité

Le procès de Rouen est un procès d’inquisition mené dans des conditions que les juristes jugent aujourd’hui gravement irrégulières : accusée privée de conseil, détention dans une prison civile gardée par des soldats anglais, juges partie prenante au conflit. Soixante-dix articles d’accusation sont réduits à douze, dont le port de l’habit d’homme et la prétention à une communication directe avec le ciel sans passer par l’autorité ecclésiale. Après une abjuration arrachée au cimetière Saint-Ouen, Jeanne reprend l’habit masculin : elle est déclarée relapse et livrée au bras séculier. La procédure a été soigneusement enregistrée, ce qui en fait, paradoxalement, l’une des sources les mieux documentées du XVe siècle.

Un quart de siècle plus tard, la reconquête française achévée, la question devient politique : un roi sacré grâce à une hérétique reste un roi fragile. Sur requête d’Isabelle Romée et avec l’autorisation du pape Calixte III, un procès en nullité s’ouvre en 1455. Cent quinze témoins sont entendus à Domrémy, Orléans, Paris et Rouen. Le 7 juillet 1456, la sentence déclare le premier jugement nul et non avenu, et réhabilite Jeanne et sa famille. Cette décision ouvre la voie à une représentation licite de la Pucelle dans les églises, même si l’Église attendra encore plus de quatre siècles avant de lui reconnaître la sainteté.

Le paradoxe iconographique : une héroïne sans portrait

Il n’existe aucun portrait de Jeanne d’Arc réalisé d’après nature. Le seul document contemporain est un croquis à la plume tracé en marge du registre du Parlement de Paris par le greffier Clément de Fauquembergue, le 10 mai 1429, au moment où lui parvient la nouvelle de la levée du siège d’Orléans. Le greffier n’a jamais vu Jeanne. Il la dessine de profil, en robe, cheveux longs, tenant une épée et un étendard : une image mentale, pas un portrait. Ce dessin de quelques centimètres est pourtant le point zéro de toute l’iconographie johannique, et il contient déjà les deux attributs qui ne la quitteront plus.

Le vide se remplit ensuite par strates. Un tableau du XVIe siècle, dit « portrait des échevins » parce qu’il appartenait à l’hôtel de ville d’Orléans, montre une Jeanne en robe rouge, chapeau à plumes, main sur l’épée. Copié puis gravé, notamment par Noël Le Mire au XVIIIe siècle, il engendre une descendance abondante que les historiens ont surnommée les « Jeannes empanachées ». Le costume est anachronique, la coiffure impossible pour une combattante du XVe siècle, mais l’image circule et s’impose. Pendant près de trois siècles, l’Europe se représente la Pucelle sous les traits d’une dame de cour armée.

Les attributs de Jeanne d’Arc dans l’art sacré

Comme toute figure sainte, Jeanne finit par se reconnaître à un lexique d’objets. Ce vocabulaire se fixe surtout entre 1870 et 1930, au moment où la commande publique et la commande d’Église se rejoignent. Un fidèle entrant dans une église française de cette période identifie la statue en quelques secondes, sans lire le cartouche, grâce à trois ou quatre signes combinés. Le tableau ci-dessous récapitule ces attributs et leur lecture habituelle. Il faut le manier avec prudence : la signification d’un objet dépend toujours du contexte de l’œuvre, et certains ateliers ont brouillé les codes en mélangeant les registres militaire et dévot.

Attribut Origine historique Lecture symbolique courante
Étendard blanc fleurdelisé Bannière portée à Orléans, ornée du Christ bénissant et de deux anges Mission reçue d’en haut ; préférence de Jeanne pour la bannière sur l’épée
Armure blanche Harnois offert après Chinon Pureté, chevalerie chrétienne, effacement du corps féminin
Épée Lame trouvée, selon la tradition, derrière l’autel de Sainte-Catherine-de-Fierbois Justice, combat spirituel ; parfois abaissée pour signifier la douceur
Cheveux courts « en écuelle » Coupe attestée par les témoignages du procès Renoncement, marque de l’habit d’homme reproché aux juges
Bras de mouton et croix de bois Scène du bûcher rapportée par les témoins Martyre, foi maintenue jusqu’à la fin
Trois saints en arrière-plan Voix de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite Caution céleste de la mission ; motif fréquent dans le vitrail

Trois familles de scènes se partagent ensuite l’essentiel de la production :

  • Jeanne à Domrémy : la jeune fille au jardin, surprise par les voix. C’est la scène la plus intérieure, celle que privilégient les sculpteurs du Second Empire et les peintres naturalistes.
  • Jeanne en armes : à pied à Orléans, à cheval sur les places publiques. C’est la scène civique, souvent commandée par des municipalités plutôt que par des paroisses.
  • Jeanne au bûcher : le martyre, traité tantôt comme une passion chrétienne, tantôt comme une accusation politique contre les juges.

Le XIXe siècle, âge d’or de l’image johannique

C’est au XIXe siècle que Jeanne d’Arc devient un sujet majeur des Salons et de la commande publique. Plusieurs causes se conjuguent : la redécouverte érudite des minutes du procès, publiées par Jules Quicherat entre 1841 et 1849, fournit enfin une base documentaire sérieuse ; le romantisme cherche des héroïnes ; et surtout, la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Moselle transforment la Lorraine en terre-symbole. Jeanne devient alors une figure disputée entre la République, qui voit en elle la fille du peuple trahie par les clercs, et les milieux catholiques, qui y lisent une sainte guidée par le ciel. Cette rivalité explique la profusion des œuvres, mais aussi leurs divergences de ton.

Quelques jalons permettent de s’orienter. François Rude sculpte en 1852 une Jeanne d’Arc écoutant ses voix conservée au Louvre, où la jeune fille est saisie dans un mouvement de surprise plus que d’extase. Henri Chapu présente en 1870 une Jeanne d’Arc à Domrémy, agenouillée, mains jointes, aujourd’hui au musée d’Orsay : le succès est tel que l’œuvre sera diffusée en réductions dans des milliers d’intérieurs. Ingres, lui, choisit le sacre : sa Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII, achevée en 1854 et entrée au Louvre, la place debout près de l’autel, en armure dorée, la main sur l’étendard, dans une frontalité quasi liturgique qui doit autant à l’icône qu’au tableau d’histoire.

« Elle porta cette bannière et préféra la bannière à l’épée, afin d’éviter de tuer quiconque. » Ce témoignage recueilli lors du procès en nullité a durablement orienté les artistes vers l’étendard plutôt que vers l’arme.

Deux œuvres achèvent de fixer l’image populaire. En 1874, Emmanuel Frémiet installe place des Pyramides, à Paris, une statue équestre en bronze doré dont la silhouette — cheval au pas, étendard levé à la verticale, visage juvénile — sera reprise dans toute la France et jusqu’aux États-Unis ; insatisfait, le sculpteur en fournira une seconde version en 1899. En 1879, Jules Bastien-Lepage expose une Jeanne d’Arc aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New York : la sainte y est une paysanne pieds nus dans un verger, le regard vide, tandis que les trois saints apparaissent, presque transparents, entre les branches. Enfin, de 1886 à 1890, Jules-Eugène Lenepveu peint pour la nef du Panthéon un cycle de quatre grands panneaux qui résume la vie de l’héroïne dans un lieu, il faut le noter, désacralisé.

Le XXe siècle prolonge l’histoire sur un mode plus intérieur. Odilon Redon, Maurice Denis et Georges Rouault abordent le sujet en le débarrassant de l’appareil militaire ; le cinéma, avec Carl Theodor Dreyer en 1928, impose un visage en gros plan qui doit beaucoup à la peinture religieuse. Si vous vous intéressez à la façon dont les messagers célestes sont figurés dans ces scènes de voix, notre article sur la représentation des anges dans l’art chrétien complète utilement cette lecture.

1920 : la canonisation et l’entrée de Jeanne dans l’art d’église

Jeanne d’Arc est béatifiée par Pie X en 1909, puis canonisée par Benoît XV le 16 mai 1920, dans la basilique Saint-Pierre de Rome. La date n’est pas neutre : la France sort de la Première Guerre mondiale, et la cérémonie scelle une réconciliation partielle entre le Saint-Siège et la République, dont les relations diplomatiques seront rétablies l’année suivante. La loi du 10 juillet 1920 institue par ailleurs une fête nationale de Jeanne d’Arc, fixée au deuxième dimanche de mai, tandis que le calendrier liturgique retient le 30 mai, jour de sa mort. En 1922, Pie XI la proclame patronne secondaire de la France.

Les conséquences artistiques sont immédiates et massives. Une sainte canonisée peut recevoir un autel, une chapelle, une statue de culte, un vitrail. Dans les années 1920 et 1930, presque chaque paroisse française se dote d’une Jeanne d’Arc, souvent en plâtre polychrome ou en fonte peinte, produite en série par les ateliers de « l’art Saint-Sulpice ». Cette statuaire industrielle est longtemps restée méprisée ; elle fait aujourd’hui l’objet d’un regard patrimonial plus attentif, car elle documente une piété populaire et des techniques de fabrication en voie de disparition. Beaucoup de ces œuvres portent d’ailleurs la trace de souscriptions paroissiales liées aux monuments aux morts.

Le saviez-vous ?

Les cendres de Jeanne d’Arc ayant été jetées dans la Seine, aucune relique corporelle authentique n’existe. Les « reliques » conservées à Chinon jusqu’au début du XXe siècle ont été analysées en 2006-2007 par une équipe menée par le médecin légiste Philippe Charlier : il s’agissait d’un fragment de momie égyptienne et de restes animaux. C’est précisément cette absence de reliques qui a fait de l’image — statue, vitrail, gravure — le support principal du culte johannique.

Projets de vitraux illustrant la vie de Jeanne d'Arc destinés à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans
Projets de verrières consacrées à la vie de Jeanne d’Arc pour la cathédrale d’Orléans. Photo : Henri Dochy / Wikimedia Commons — domaine public

Le vitrail, médium privilégié de la légende johannique

Aucune technique ne convenait mieux à Jeanne d’Arc que le vitrail. Le récit de sa vie se prête au découpage en scènes successives, la lumière traversante convient aux apparitions, et le renouveau de l’art du verre au XIXe siècle offrait aux ateliers un sujet neuf, non contraint par une tradition médiévale. La cathédrale Sainte-Croix d’Orléans en donne l’exemple le plus complet : les verrières de la nef déroulent l’épopée de la Pucelle en une séquence narrative conçue à la fin du XIXe siècle, dans une ville qui lui doit sa délivrance et lui consacre chaque 8 mai des fêtes ininterrompues depuis 1430.

À Rouen, la mémoire prend une forme très différente. L’église Sainte-Jeanne-d’Arc, construite sur la place du Vieux-Marché à l’endroit même du bûcher, a été édifiée d’après les plans de l’architecte Louis Arretche et inaugurée en 1979. Sa toiture ondulée, souvent lue comme une flamme ou comme une coque de bateau renversée, abrite un ensemble exceptionnel de treize verrières Renaissance provenant de l’ancienne église Saint-Vincent, détruite par les bombardements de 1944 ; plusieurs sont attribuées à la famille Le Prince, de Beauvais. Le bâtiment est donc un double mémorial : religieux pour la sainte, civil pour la ville, et il illustre une pratique devenue courante après-guerre, celle du remploi de verrières anciennes dans une architecture résolument contemporaine.

Façade de la basilique du Bois-Chenu à Domrémy-la-Pucelle, sanctuaire dédié à Jeanne d'Arc
La basilique du Bois-Chenu, à Domrémy-la-Pucelle, élevée sur le lieu supposé des voix. Photo : GO69 / Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 4.0

Une géographie du patrimoine johannique

Suivre Jeanne d’Arc sur le territoire français revient à parcourir un réseau de sites très divers, du logis paysan à la basilique néo-romane. Voici les principales étapes, avec ce qu’il faut y regarder :

  • Domrémy-la-Pucelle (Vosges) : la maison natale, classée au titre des monuments historiques dès 1840 sur la première liste dressée par Prosper Mérimée, et labellisée « Maisons des Illustres ». À deux kilomètres, la basilique du Bois-Chenu, construite à partir des années 1880 sur le lieu supposé des voix, offre un décor peint et mosaïqué très représentatif de l’art religieux de la Troisième République.
  • Orléans (Loiret) : la cathédrale Sainte-Croix et ses verrières johanniques, la maison de Jeanne d’Arc reconstituée après 1944, et les fêtes du 8 mai, l’une des plus anciennes commémorations civiques d’Europe.
  • Reims (Marne) : la cathédrale du sacre, où une statue équestre de Paul Dubois, installée en 1896 sur le parvis, dialogue avec la façade gothique.
  • Rouen (Seine-Maritime) : la tour Jeanne-d’Arc, vestige du château de Philippe Auguste, la place du Vieux-Marché et l’église Sainte-Jeanne-d’Arc.
  • Paris : la statue de Frémiet place des Pyramides, le cycle de Lenepveu au Panthéon, et de nombreuses chapelles latérales dotées d’une Jeanne d’Arc après 1920.
  • Chinon et Compiègne : le château où elle rencontre le dauphin, la ville où elle est capturée, tous deux jalonnés de monuments commémoratifs du XIXe siècle.

Cette dispersion explique que Jeanne d’Arc soit, avec la Vierge, l’une des figures les plus représentées dans les églises françaises. Le phénomène rappelle celui de sainte Geneviève, patronne de Paris, autre sainte nationale dont l’image a été mobilisée par le pouvoir politique. Pour situer la fête du 30 mai dans l’année liturgique, vous pouvez consulter notre panorama du calendrier chrétien et de son art sacré.

Conserver et restaurer le patrimoine johannique : les bons réflexes

Une part importante de ce patrimoine est protégée, classée ou inscrite au titre des monuments historiques, et se situe fréquemment dans un périmètre délimité des abords. Toute intervention — nettoyage d’une statue, dépose d’un vitrail, réfection d’un enduit, installation d’un éclairage — suppose donc des autorisations préalables. L’interlocuteur de première ligne est l’architecte des Bâtiments de France (ABF), rattaché à l’unité départementale de l’architecture et du patrimoine ; la conservation régionale des monuments historiques, au sein de la DRAC, instruit les dossiers portant sur les édifices et objets protégés. Pour le financement, la Fondation du patrimoine, les souscriptions publiques et les aides des collectivités complètent souvent les subventions de l’État.

Quelques principes méritent d’être rappelés. On ne repeint pas une statue polychrome ancienne : on la fait examiner par un restaurateur du patrimoine, qui établira un constat d’état avant tout geste. On ne nettoie pas un vitrail à l’eau ni avec un produit ménager, la grisaille étant une couche picturale fragile susceptible de disparaître irréversiblement. On documente enfin l’état antérieur par la photographie, ce qui facilite l’instruction du dossier et la recherche future. Cet article est informatif : il ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié — conservateur, restaurateur d’œuvres d’art ou architecte du patrimoine — dont l’intervention est indispensable dès qu’un bien protégé est en jeu.

Questions fréquentes sur Jeanne d’Arc

À quoi ressemblait vraiment Jeanne d’Arc ?

Nous l’ignorons. Aucun portrait d’après nature n’existe et les témoignages du procès en nullité, recueillis vingt-cinq ans après sa mort, restent avares de détails physiques. Ils s’accordent sur une jeune femme robuste, de taille moyenne, aux cheveux noirs coupés court. Toutes les images que nous connaissons sont des interprétations postérieures.

Jeanne d’Arc est-elle une sainte reconnue par l’Église catholique ?

Oui. Béatifiée en 1909 par Pie X, elle a été canonisée le 16 mai 1920 par Benoît XV, puis proclamée patronne secondaire de la France en 1922. Sa fête liturgique est fixée au 30 mai. Elle n’est pas honorée comme martyre au sens strict, mais comme vierge.

Pourquoi porte-t-elle un habit d’homme dans presque toutes les œuvres ?

Parce que ce point fut au cœur de sa condamnation. Jeanne justifiait le port du harnois et des chausses par la nécessité militaire et par la protection qu’il lui offrait en prison. Les artistes, surtout après la réhabilitation, ont retourné le grief en signe d’héroïsme : l’armure devient l’équivalent visuel de la pureté.

Où voir les œuvres majeures qui la représentent ?

Le musée du Louvre conserve le tableau d’Ingres et la sculpture de Rude, le musée d’Orsay la Jeanne d’Arc à Domrémy de Chapu, le Metropolitan Museum of Art la toile de Bastien-Lepage. Le Panthéon abrite le cycle de Lenepveu, la place des Pyramides la statue de Frémiet, et le centre Jeanne-d’Arc d’Orléans documente l’ensemble de l’iconographie.

Existe-t-il des représentations de Jeanne d’Arc hors de France ?

Beaucoup. Des répliques de la statue de Frémiet ont été installées à Philadelphie, La Nouvelle-Orléans, Portland ou Melbourne, et de nombreuses paroisses d’Amérique du Nord possèdent une Jeanne d’Arc, souvent importée de France dans l’entre-deux-guerres. On la trouve aussi en vitrail dans plusieurs églises britanniques, signe que la figure a débordé le seul cadre national.

Une image toujours en mouvement

Jeanne d’Arc offre un cas d’école à qui s’intéresse à l’art sacré : une sainte sans reliques, sans portrait et sans modèle médiéval, dont l’image a été entièrement construite par les siècles suivants. Chaque époque l’a redessinée selon ses besoins — dame empanachée au XVIe siècle, héroïne nationale au XIXe, sainte de paroisse après 1920, icône cinématographique au XXe. Observer une statue de Jeanne dans une église, c’est donc lire deux histoires superposées : celle d’une jeune femme du XVe siècle, et celle du moment où l’œuvre a été commandée. Le même exercice vaut pour d’autres figures dont la légende a devancé la documentation, comme sainte Barbe et son iconographie à la tour. C’est aussi ce qui rend ce patrimoine si vivant : il continue de se transformer sous nos yeux.

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