Sainte Nina, que les calendriers appellent aussi Ninon ou Christiana, occupe dans l’histoire de l’art sacré une place que peu de figures féminines partagent : celle d’une évangélisatrice dont le nom est resté attaché à un objet, et dont cet objet est devenu l’emblème visuel de toute une nation chrétienne. Cet objet, c’est la croix de vigne, deux sarments liés aux bras légèrement tombants que l’on retrouve aujourd’hui sur les coupoles, les manuscrits, les émaux et les drapeaux de la Géorgie. Comprendre sainte Nina, c’est donc entrer dans un domaine encore peu fréquenté par le public francophone : l’art chrétien du Caucase, ses églises à plan centré, ses fresques, son orfèvrerie repoussée et son émail cloisonné. Nous vous proposons de suivre cette piste, du récit hagiographique aux monuments qui en portent encore la trace.
Qui était sainte Nina ? Une Cappadocienne au royaume d’Ibérie
Selon la tradition géorgienne, Nina serait née en Cappadoce, dans l’actuelle Turquie centrale, à la toute fin du IIIe siècle. Les récits tardifs lui donnent une parenté prestigieuse, la rattachant à la famille de saint Georges, et la font arriver vers 320 dans le royaume d’Ibérie — le Karthli, c’est-à-dire la Géorgie orientale, dont la capitale était alors Mtskheta. La plus ancienne mention conservée est pourtant beaucoup plus sobre : dans son Histoire ecclésiastique rédigée au tout début du Ve siècle, Rufin d’Aquilée parle simplement d’une « captive » dont la piété et les guérisons auraient conduit la reine puis le roi à embrasser la foi chrétienne. Le nom de Nino n’apparaît que dans les compilations géorgiennes postérieures, en particulier la Vie de sainte Nino insérée dans la grande chronique nationale, le Karthlis Tskhovreba.
Cet écart entre une notice latine laconique et une hagiographie géorgienne foisonnante n’a rien d’exceptionnel : il est la règle pour les saints fondateurs de l’Antiquité tardive. Pour l’historien de l’art, il est même fécond, car c’est précisément dans l’épaisseur du récit tardif que naissent les attributs figurés. La croix de vigne, la conversion de la reine Nana, la guérison du roi Mirian III aveuglé par une ténèbre soudaine lors d’une chasse au mont Thoti, la découverte de la tunique du Christ : autant d’épisodes qui n’ont pas la même valeur documentaire, mais qui ont fourni à l’iconographie ses scènes canoniques. Ce que l’on peut retenir avec prudence, c’est que l’Ibérie caucasienne adopte le christianisme comme religion du royaume dans le deuxième quart du IVe siècle, ce qui en fait l’une des premières monarchies chrétiennes du monde, presque contemporaine de l’Arménie voisine.
La croix de vigne : quand un objet devient un emblème national
La jvari vazisa, la croix de vigne, est sans doute l’objet le plus reconnaissable de tout l’art sacré géorgien. La tradition raconte que la Vierge Marie apparut à Nina et lui remit une croix tressée de sarments, en lui demandant d’aller prêcher l’Évangile au pays du Nord ; la sainte l’aurait ensuite liée avec ses propres cheveux. Sa forme est immédiatement identifiable : les deux bras horizontaux ne sont pas rigides mais s’inclinent légèrement vers le bas, comme des rameaux qui ploient. Cette silhouette souple, très éloignée de la croix latine équilibrée, est devenue le symbole officiel de l’Église orthodoxe apostolique géorgienne. On la trouve gravée sur les plaques d’autel, repoussée dans l’argent des reliquaires, peinte au sommet des icônes et dressée sur les toits.
Le destin matériel de la relique résume à lui seul l’histoire mouvementée du Caucase. Selon la tradition, elle fut d’abord vénérée à Mtskheta, puis mise à l’abri en Arménie, dans la région du Taron, pour échapper aux pillages, avant de revenir en Géorgie et de connaître encore plusieurs déplacements. Depuis le début du XIXe siècle, elle est conservée à la cathédrale Sioni de Tbilissi, enfermée dans un reliquaire d’argent qui la protège et la donne à voir en même temps. Ce dispositif est typique de l’art reliquaire chrétien : l’écrin ne cache pas, il met en scène. Le métal précieux, souvent gravé de scènes de la vie de la sainte, transforme un fragile assemblage végétal en objet liturgique monumental, visible depuis la nef.
Il faut souligner un point que l’on néglige souvent : le choix de la vigne n’est pas anodin dans un pays qui revendique l’une des plus anciennes viticultures du monde. Les fouilles menées en Géorgie ont mis au jour des témoignages de vinification remontant au Néolithique, et la méthode traditionnelle des jarres enterrées, les qvevri, est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2013. En donnant à la croix la forme d’un cep, la tradition superpose donc deux couches de sens : le symbole eucharistique du vin, très présent dans l’iconographie chrétienne sous la forme de la vigne mystique, et une identité agricole locale immédiatement lisible par tous. C’est un cas d’école d’inculturation visuelle.
Repères chronologiques
| Période | Événement | Trace dans l’art sacré |
|---|---|---|
| Vers 296 (tradition) | Naissance de Nina en Cappadoce | Scènes d’enfance rares, surtout tardives |
| Vers 320-330 | Arrivée en Ibérie, conversion du roi Mirian III et de la reine Nana | Cycle narratif peint et gravé, très diffusé |
| Deuxième quart du IVe siècle | Le christianisme devient la religion du royaume | Premières églises de bois à Mtskheta |
| 325 | Concile de Nicée, contemporain de la mission | Contexte doctrinal des premières images |
| VIe-VIIe siècle | Construction de l’église de Jvari à Mtskheta | Naissance du plan tétraconque « type Jvari » |
| 1010-1029 | Reconstruction de la cathédrale Svetitskhoveli | Chef-d’œuvre de l’âge d’or géorgien |
| IXe puis XVIIe siècle | Basilique et monastère de Bodbé, autour du tombeau | Programme de fresques et décor peint |
| 1994 | Inscription des monuments de Mtskheta au patrimoine mondial | Cadre international de conservation |
Mtskheta et Svetitskhoveli : la cathédrale née d’une tunique

Mtskheta, ancienne capitale du royaume, est le cœur géographique du récit. La tradition veut qu’un juif de la ville, Elias, ait rapporté de Jérusalem la tunique du Christ, et que sa sœur Sidonia, en la serrant contre elle, soit morte d’émotion sans qu’on puisse lui retirer le vêtement des mains ; elle aurait été ensevelie avec lui, et un cèdre aurait poussé sur sa tombe. C’est ce lieu que Nina aurait désigné pour y élever la première église. Le nom même de la cathédrale conserve la mémoire de la légende : Sveti tskhoveli signifie « la colonne vivifiante », en référence à l’un des fûts taillés dans ce cèdre, qui, selon le récit, se serait élevé de lui-même et aurait répandu une myrrhe guérisseuse.
L’édifice que l’on visite aujourd’hui n’est plus l’église de bois des origines. Il s’agit d’une vaste cathédrale de pierre reconstruite au début du XIe siècle, dont la tradition attribue la maîtrise d’œuvre à l’architecte Arsoukisdzé. Le plan est celui d’une croix inscrite à coupole centrale, avec une nef allongée vers l’ouest qui lui donne son ampleur de basilique. À l’extérieur, la pierre de taille dorée est animée d’arcatures aveugles, de rosaces sculptées et de croix en relief ; à l’intérieur, des campagnes de peinture successives, du Moyen Âge à l’époque moderne, ont laissé un ensemble composite où se lisent des Jugements derniers, des cycles christologiques et des portraits de souverains. Un ciborium maçonné, élevé à l’époque moderne, marque au sol l’emplacement supposé de la colonne.
Pour le visiteur venu de France, l’expérience est dépaysante à double titre. D’une part, l’architecture caucasienne travaille la pierre en volumes pleins, sans les grandes verrières qui structurent nos cathédrales gothiques : la lumière entre par des fenêtres étroites et sculpte l’espace au lieu de le colorer. D’autre part, la cathédrale n’est pas seulement un monument, elle demeure un lieu de culte intensément fréquenté, où la vénération des icônes, les cierges de cire brune et les chants polyphoniques à trois voix créent une ambiance sonore et visuelle très différente de celle d’une visite patrimoniale ordinaire. Cette polyphonie liturgique géorgienne est d’ailleurs elle aussi reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel.
Jvari : l’église de la Croix, matrice d’un type architectural

Sur la colline qui domine le confluent de l’Aragvi et de la Koura se dresse un petit édifice qui a eu une postérité immense : Jvari, dont le nom signifie tout simplement « la croix » en géorgien. La tradition y situe la croix de bois que Nina aurait fait dresser après la conversion du royaume, sur un ancien lieu de culte préchrétien. L’église actuelle, construite à la charnière des VIe et VIIe siècles, répond à un parti architectural remarquable : un tétraconque, c’est-à-dire quatre absides rayonnant autour d’un espace central couvert d’une coupole sur trompes, avec de petites niches d’angle qui assurent la transition. Ce schéma, d’une clarté géométrique presque abstraite, a été si souvent copié que les historiens de l’art parlent désormais d’églises « de type Jvari ».
Le décor sculpté des façades mérite qu’on s’y arrête. Au-dessus des portes, des bas-reliefs présentent des scènes d’exaltation de la croix portée par des anges, ainsi que des figures de donateurs identifiées par des inscriptions en assomtavrouli, la plus ancienne écriture majuscule géorgienne. Ces panneaux comptent parmi les plus anciens témoignages de sculpture chrétienne du Caucase et montrent un style où la frontalité, les proportions ramassées et le trait gravé priment sur le modélé. À l’intérieur, l’espace est nu, presque austère, et c’est justement cette nudité qui produit l’effet recherché : le regard converge vers le socle central, où la croix était plantée. L’architecture ne décore pas un objet, elle le monumentalise.
Bodbé : le tombeau, le monastère et les fresques de Kakhétie

C’est à l’autre extrémité du pays, en Kakhétie, que se clôt l’itinéraire. Selon la tradition, Nina se retira dans cette région après sa mission et y mourut ; le roi Mirian aurait alors fait construire une église sur sa tombe. Le complexe monastique de Bodbé, proche de la petite ville de Sighnaghi, remonte dans son état le plus ancien au IXe siècle et a été profondément remanié au XVIIe. C’est aujourd’hui un monastère de moniales et l’un des principaux lieux de pèlerinage du pays. L’église est une basilique à trois nefs, placée sous le vocable de saint Georges, dont les murs conservent des ensembles peints où se côtoient des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, des saints locaux et les Treize Pères syriens, ces moines venus au VIe siècle achever l’évangélisation de la Géorgie.
Le site illustre bien une caractéristique de l’art sacré géorgien : la superposition des campagnes de décor. Peu de monuments y présentent un programme homogène d’une seule époque. Invasions, séismes, restaurations pieuses du XIXe siècle puis interruption du culte à la période soviétique ont produit des palimpsestes où des repeints tardifs recouvrent des couches médiévales. Le travail des restaurateurs consiste alors à arbitrer : faut-il dégager la couche ancienne, au risque de détruire un témoignage plus récent mais historiquement significatif ? Ce débat, familier aux conservateurs européens, se pose ici avec une acuité particulière, car les monuments sont à la fois des documents historiques et des lieux de culte vivants dont les fidèles attendent qu’ils restent lisibles et priants.
La tradition géorgienne résume la mission de Nina en une image : une croix faite de deux sarments de vigne, liée par les cheveux de la sainte, portée depuis la Cappadoce jusqu’aux rives de la Koura. Tout l’art sacré du pays tient dans ce geste simple d’un objet végétal devenu signe.
Reconnaître sainte Nina : l’iconographie et ses attributs

Comment identifier sainte Nina sur une icône, une fresque ou une plaque d’émail ? L’attribut principal est évidemment la croix de vigne, qu’elle tient de la main droite, bras souples et inclinés, souvent presque aussi haute qu’elle. Elle porte généralement le maphorion, ce voile ample qui couvre la tête et les épaules, dans des tons de pourpre, de brun rouge ou de bordeaux qui rappellent le vin. Le visage est jeune, allongé, aux traits fins, conformément au canon byzantin adapté par les ateliers géorgiens. Un livre d’Évangile fermé dans la main gauche souligne son rôle d’annonciatrice. Enfin, l’inscription qui l’accompagne, souvent en caractères géorgiens, la qualifie d’égale-aux-apôtres, un titre honorifique réservé dans l’orthodoxie aux évangélisateurs de peuples entiers.
Les scènes narratives, elles, se concentrent sur trois moments. Le songe, où la Vierge remet la croix à la jeune femme agenouillée : composition verticale, apparition dans un segment de ciel, gestes de réception mains ouvertes. La conversion royale, où Mirian et Nana sont figurés en costume de cour, couronne en tête, inclinés devant la sainte : le peintre y déploie tout son savoir-faire d’orfèvre du détail, brocarts, fibules, coiffes. Enfin l’érection de la colonne à Svetitskhoveli, où le fût lumineux occupe l’axe de l’image tandis que des anges le soutiennent. Ces trois scènes forment un cycle bref, facile à déployer sur un triptyque ou une frise, et c’est probablement ce qui a assuré sa longue diffusion.
Les techniques employées méritent une mention particulière. La Géorgie médiévale a développé un émail cloisonné d’une extrême finesse, le minankari, dont les plaques servaient à orner les reliures, les croix processionnelles et les revers d’icônes. Elle a également porté très haut l’orfèvrerie repoussée, technique dans laquelle une feuille d’argent ou d’argent doré est travaillée par l’arrière pour faire saillir les figures : nombre d’icônes anciennes ne sont pas peintes mais martelées. Ces œuvres sont aujourd’hui pour l’essentiel conservées dans les collections du Musée national géorgien à Tbilissi, qui abrite le trésor médiéval du pays. Si vous vous intéressez à la manière dont les saintes sont figurées dans l’art d’Église, vous pouvez comparer avec le cas de sainte Barbe et de sa tour, ou avec celui de sainte Geneviève et de son cierge : même logique de l’attribut identifiant.
Attributs et significations
| Élément figuré | Description | Signification |
|---|---|---|
| Croix de vigne | Deux sarments liés, bras inclinés vers le bas | Mission apostolique ; enracinement local de la foi |
| Cheveux noués autour de la croix | Détail parfois visible sur les émaux et l’orfèvrerie | Don de soi ; lien personnel à la relique |
| Maphorion pourpre ou bordeaux | Voile couvrant tête et épaules | Dignité des saintes femmes ; écho du vin |
| Livre d’Évangile fermé | Tenu de la main gauche | Annonce de la Parole |
| Roi Mirian et reine Nana | Couple couronné, incliné ou agenouillé | Conversion du royaume d’Ibérie |
| Colonne lumineuse | Fût doré soutenu par des anges | Fondation de Svetitskhoveli |
| Mention « égale-aux-apôtres » | Inscription en géorgien ou en grec | Rang liturgique de l’évangélisatrice |
Le saviez-vous ?
Le mot géorgien jvari signifie « croix ». On le retrouve dans le nom de l’église de Jvari à Mtskheta, mais aussi dans l’expression jvari vazisa, « la croix de vigne ». Le même mot désigne donc à la fois l’objet porté par sainte Nina et le monument qui abritait la croix dressée après la conversion : la langue elle-même relie l’attribut iconographique et l’architecture.
Nina, Ninon, Nino, Christiana : une sainte à plusieurs noms
La multiplicité des formes de son nom déroute souvent. En géorgien, la sainte s’appelle Nino. Le russe et le français ont retenu Nina, dont Ninon est le diminutif familier, popularisé en France bien au-delà de toute référence religieuse. Les Arméniens la nomment Nouné. Quant à Christiana, ou Christiane, c’est une traduction du souvenir latin : les sources occidentales, qui ne connaissaient pas son nom propre, désignaient la missionnaire comme « la chrétienne », et cette épithète s’est figée en prénom. Les calendriers féminins français, en plaçant Nina, Ninon et Christiane à des dates parfois différentes, ont achevé de brouiller les pistes. Le pendant masculin, saint Christian, relève d’une tout autre tradition.
Côté liturgique, l’Église orthodoxe géorgienne célèbre la Nino-oba le 14 janvier ; comme elle suit le calendrier julien, cette date correspond au 27 janvier du calendrier grégorien que nous utilisons. Les synaxaires byzantins la commémorent également en janvier, et l’Église catholique la mentionne dans son martyrologe. Pour l’amateur d’art, ces dates ne sont pas anecdotiques : ce sont elles qui déterminent la sortie des icônes de fête, ces panneaux placés sur un lutrin au centre de l’église le jour de la commémoration, et souvent ornés d’une riza, cette chemise de métal ajourée qui ne laisse apparaître que le visage et les mains.
Patrimoine et conservation : un héritage fragile
Les monuments historiques de Mtskheta sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994. Ils ont connu une alerte sérieuse lorsqu’ils ont été placés sur la liste du patrimoine mondial en péril, en raison notamment de l’état des maçonneries, de l’érosion des reliefs sculptés de Jvari exposés aux vents du plateau et de restaurations jugées insuffisamment documentées. Un vaste programme de mise en conformité des méthodes a permis leur retrait de cette liste quelques années plus tard. Cet épisode rappelle une vérité générale du patrimoine cultuel : la principale menace n’est pas toujours la ruine, elle est parfois la restauration mal conduite, qui efface les traces anciennes en croyant les sauver.
Les enjeux techniques sont concrets. Sur les fresques, les repeints à l’huile appliqués au XIXe siècle empêchent le support de respirer et provoquent des soulèvements. Sur les façades, les joints au ciment, longtemps considérés comme un progrès, piègent l’humidité dans une pierre calcaire qui se délite. Sur les objets d’orfèvrerie, la manipulation liturgique répétée use les reliefs repoussés. Les réponses contemporaines reposent sur des principes partagés par la profession : réversibilité des interventions, compatibilité des matériaux, documentation systématique avant, pendant et après. Ce sont exactement les critères qu’appliquent les restaurateurs européens, dans un cadre éthique formalisé depuis la charte de Venise de 1964.
Si le sujet vous concerne directement en France — vous êtes membre d’une paroisse, d’une association de sauvegarde, ou propriétaire d’un édifice ancien — les bons réflexes sont connus. Pour un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques, ou situé dans un périmètre protégé, tout projet de travaux doit être soumis à l’avis de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) et faire l’objet d’une autorisation spécifique ; la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et sa conservation régionale des monuments historiques instruisent le dossier et peuvent orienter vers des professionnels qualifiés. Côté financement, la Fondation du patrimoine soutient de nombreux chantiers d’églises rurales par le mécénat populaire. Le présent article est purement informatif : il ne remplace en aucun cas l’avis d’un conservateur, d’un restaurateur d’œuvres d’art ou d’un architecte du patrimoine, seuls compétents pour un diagnostic.
Où voir sainte Nina et son héritage aujourd’hui
- Cathédrale Sioni, Tbilissi — la croix de vigne y est conservée dans son reliquaire d’argent, sur le côté nord de l’iconostase.
- Cathédrale Svetitskhoveli, Mtskheta — le lieu de la colonne vivifiante, avec son ciborium peint et ses fresques de plusieurs époques.
- Église de Jvari, Mtskheta — le tétraconque du VIe-VIIe siècle et ses bas-reliefs d’exaltation de la croix.
- Monastère de Bodbé, Kakhétie — le tombeau, la basilique Saint-Georges et sa source de pèlerinage en contrebas.
- Musée national géorgien, Tbilissi — le trésor médiéval : émaux cloisonnés, icônes d’argent repoussé, croix processionnelles.
- En France — les paroisses orthodoxes géorgiennes, notamment en région parisienne, exposent des icônes contemporaines de la sainte lors de sa fête.
Un mot pratique pour ceux qui envisagent le déplacement : dans les églises orthodoxes en activité, la photographie est souvent tolérée mais sans flash, et parfois interdite dans le sanctuaire ; une tenue couvrante est attendue et les femmes se voient généralement proposer un foulard à l’entrée. Ce ne sont pas des formalités touristiques mais les règles d’un lieu de prière, et les respecter fait partie de la lecture attentive d’un monument. Pour situer cette époque dans l’histoire doctrinale de l’Église, la lecture de notre article sur le concile de Nicée, réuni en 325, éclaire utilement le contexte dans lequel s’inscrit la conversion de l’Ibérie.
Questions fréquentes
Sainte Nina et sainte Nino sont-elles la même personne ?
Oui. Nino est la forme géorgienne, Nina la forme russe et française, Ninon un diminutif. Christiana ou Christiane renvoie à la désignation latine « la chrétienne » employée par les sources occidentales qui ignoraient son nom. Il s’agit d’une seule et même figure, l’évangélisatrice du royaume d’Ibérie au IVe siècle.
Pourquoi la croix de sainte Nina a-t-elle les bras tombés ?
Parce que la tradition la dit formée de sarments de vigne liés ensemble : le bois vert ploie naturellement. Cette forme, devenue conventionnelle, distingue immédiatement l’emblème géorgien de la croix latine ou de la croix orthodoxe à triple traverse. Elle est aujourd’hui le symbole de l’Église orthodoxe apostolique géorgienne.
Quand fête-t-on sainte Nina ?
La Géorgie célèbre la Nino-oba le 14 janvier de son calendrier liturgique, ce qui correspond au 27 janvier grégorien. Les calendriers occidentaux placent Nina et Ninon en janvier également, mais les usages varient selon les éditions ; mieux vaut vérifier le calendrier de sa propre communauté.
La tunique du Christ se trouve-t-elle vraiment à Mtskheta ?
Il s’agit d’une tradition, non d’un fait établi. Plusieurs sanctuaires européens et orientaux revendiquent la possession de la tunique ou d’un de ses fragments. L’intérêt historique de la légende de Mtskheta tient moins à son exactitude qu’à son rôle fondateur : elle explique le nom, l’emplacement et le décor de la cathédrale.
Peut-on rapprocher son iconographie de celle de la Vierge ?
En partie. Le maphorion pourpre et la posture frontale l’apparentent visuellement aux saintes femmes du répertoire byzantin, dont la Vierge Marie est le modèle. Mais la croix de vigne tenue à pleine main est un attribut exclusif, qui interdit toute confusion.
Une sainte, un objet, une nation
L’histoire de sainte Nina montre avec une netteté rare comment un récit religieux produit des formes. Une croix de sarments devient un emblème graphique ; un lieu de sépulture devient un monastère ; une colline devient l’église de la Croix, matrice d’un type architectural copié pendant des siècles ; un nom devient plusieurs prénoms. Pour l’amateur d’art sacré, la Géorgie offre ainsi un terrain d’observation privilégié, où la chaîne qui relie la légende à la pierre reste entièrement lisible. Que l’on aborde ces œuvres avec une conviction religieuse ou avec la seule curiosité de l’historien, elles méritent le même regard attentif : celui qui cherche à comprendre ce que les formes veulent dire, et pourquoi elles ont traversé mille sept cents ans.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.
