Le Panthéon de Paris, ancienne église Sainte-Geneviève

Sainte Geneviève (Gina, Ginette) : histoire, culte et iconographie dans l’art sacré

Peu de figures chrétiennes ont autant marqué le paysage artistique parisien que sainte Geneviève. Patronne de Paris, honorée le 3 janvier, elle a donné son nom à une montagne, à une abbaye, à une bibliothèque et à des prénoms encore portés aujourd’hui — Geneviève, mais aussi Gina et Ginette, deux diminutifs qui en dérivent directement. Pour l’amateur d’art sacré, elle représente un cas d’école : une sainte du Ve siècle dont nous ne possédons aucun portrait contemporain, mais dont l’image s’est construite, siècle après siècle, autour de quelques attributs d’une efficacité redoutable. Le cierge, le démon, l’ange, le troupeau : voilà le vocabulaire visuel qui permet de la reconnaître d’un coup d’œil sur un vitrail, une enluminure ou une toile monumentale. Nous vous proposons de suivre ce chemin, de la Nanterre mérovingienne aux peintures murales du Panthéon.

Façade néoclassique du Panthéon de Paris, ancienne église Sainte-Geneviève
Le Panthéon, à Paris, fut d’abord conçu par Soufflot comme une église dédiée à sainte Geneviève. Photo : Apti Newim / Pexels

Sainte Geneviève, une figure historique aux confins de deux mondes

Geneviève naît vers 420 à Nemetodurum, l’actuelle Nanterre, dans une Gaule qui n’est plus tout à fait romaine et pas encore franque. Sa Vita, rédigée peu après sa mort, reste notre source principale : un texte hagiographique, c’est-à-dire un récit édifiant qui mêle données historiques et amplifications spirituelles. Les historiens y distinguent aujourd’hui un noyau vraisemblable — une femme de la petite aristocratie gallo-romaine, consacrée à Dieu, dotée d’une autorité morale considérable sur la cité — et des couches légendaires ajoutées plus tard. Cette distinction n’a rien d’anecdotique pour qui étudie l’art : chaque épisode de la Vita, historique ou non, a nourri un motif iconographique précis, et c’est bien souvent la version légendaire qui a produit les images les plus fortes.

Nanterre, Germain d’Auxerre et la vocation

Le premier épisode fondateur se déroule en 429. Germain d’Auxerre et Loup de Troyes traversent Nanterre en route vers la Bretagne insulaire, où ils vont combattre l’hérésie pélagienne. Selon la Vita, Germain remarque dans la foule une fillette d’une dizaine d’années, l’appelle, prédit à ses parents une destinée spirituelle exceptionnelle et lui remet une médaille de cuivre marquée d’une croix, qu’elle portera au cou toute sa vie. La scène est un cadeau pour les peintres : elle offre un contraste de générations, un geste de désignation et un objet concret. On la retrouve sur de nombreux vitraux du XIXe siècle, notamment dans les églises de la banlieue ouest de Paris, et dans les cycles peints des chapelles paroissiales. Geneviève reçoit ensuite le voile des vierges consacrées des mains de l’évêque de Paris, vers l’âge de quinze ans.

Le siège de 451 et l’épisode d’Attila

L’épisode le plus célèbre reste celui d’Attila. En 451, l’armée hunnique déferle sur la Gaule ; la panique gagne Paris, et les habitants se préparent à fuir vers le sud. Geneviève, selon le récit, les en dissuade, organise des veilles de prière avec les femmes de la cité et annonce que la ville sera épargnée. De fait, Attila bifurque vers Orléans puis vers les champs Catalauniques. La tradition en a fait un miracle ; l’histoire y voit une décision stratégique du chef hun. Dans les deux cas, l’image s’impose : une femme seule tenant tête à la terreur collective. Elle a inspiré au XIXe siècle une abondante production patriotique, particulièrement après la défaite de 1870 et le siège de Paris, où l’analogie parut évidente aux commanditaires comme aux artistes.

Clovis, Clotilde et les fondations parisiennes

Geneviève traverse ensuite la période franque. Elle est associée à la conversion de Clovis, aux côtés de la reine sainte Clotilde, et joue un rôle décisif dans le culte rendu au premier évêque de Paris : c’est à son initiative qu’une basilique est élevée sur le tombeau de saint Denis, à l’emplacement de la future abbaye royale. Elle meurt à Paris le 3 janvier, autour de l’an 502 — la date de 512 est également avancée par une partie de l’érudition. Clovis et Clotilde font bâtir sur la montagne qui domine la rive gauche une basilique dédiée aux saints Apôtres ; on y dépose le corps de Geneviève, et l’édifice prendra rapidement le nom d’église Sainte-Geneviève. Toute la topographie sacrée de la rive gauche découle de ce geste.

Repères chronologiques

Date Événement Écho dans l’art
vers 420 Naissance à Nemetodurum (Nanterre) Scènes d’enfance, bergère au troupeau
429 Rencontre avec Germain d’Auxerre La médaille de cuivre, motif récurrent des vitraux
451 Menace d’Attila sur Paris Geneviève haranguant les Parisiennes, peinture d’histoire
vers 465 Ravitaillement de Paris assiégé par les Francs Convoi fluvial, sujet de Puvis de Chavannes
3 janvier 502 (ou 512) Mort à Paris Dormition, gisants, scènes de funérailles
VIe-XIIe siècle Essor de l’abbaye Sainte-Geneviève Châsses d’orfèvrerie, sceaux, manuscrits
1764-1790 Chantier de Soufflot, nouvelle église Sainte-Geneviève Architecture néoclassique, coupole à lanterne
1793 Destruction de la châsse et des reliques Perte majeure pour l’orfèvrerie médiévale
1874-1898 Cycle peint du Panthéon Puvis de Chavannes, Laurens, Maillot

Lire une image de sainte Geneviève : le vocabulaire des attributs

L’iconographie chrétienne fonctionne comme une langue. Chaque saint reçoit un ou plusieurs attributs qui permettent de l’identifier sans inscription, ce qui était indispensable dans des églises fréquentées par des fidèles majoritairement illettrés. Pour Geneviève, le système s’est fixé progressivement entre le XIIIe et le XVe siècle, puis a connu des inflexions notables à l’époque moderne. Reconnaître ces signes change la façon dont on regarde une œuvre : ce qui semblait un détail décoratif devient le résumé d’un récit. C’est particulièrement vrai du cierge, attribut central, qui condense à lui seul un miracle, une théologie et une esthétique de la lumière.

Le cierge, l’ange et le démon

La Vita raconte qu’une nuit de tempête, alors que Geneviève se rendait à la basilique Saint-Denis avec ses compagnes, le vent éteignit les cierges. La sainte pria, et la flamme se ralluma d’elle-même. Une seconde version, plus tardive et bien plus spectaculaire, attribue l’extinction à un démon jaloux, tandis qu’un ange rallume la mèche. Les artistes médiévaux se sont emparés de cette variante avec gourmandise : elle permet d’introduire dans une composition statique une petite scène animée, souvent traitée avec humour. Sur les vitraux, le démon souffle en gonflant les joues, l’ange approche une torche, et Geneviève demeure imperturbable au centre. Le cierge devient ainsi le symbole d’une foi que rien n’éteint, et l’image se prête merveilleusement au vitrail, matériau de la lumière par excellence.

Vitrail coloré figurant une sainte, art du verre religieux
Le vitrail, matériau de la lumière, est le support idéal du miracle du cierge. Photo : Nany Casteleira / Pexels

Le troupeau, le livre et la médaille

Trois autres attributs complètent la panoplie. Le troupeau de moutons rattache Geneviève à son enfance nanterroise et la range parmi les saintes bergères, aux côtés de Solange ou de Germaine Cousin ; il autorise des compositions champêtres très prisées au XIXe siècle. Le livre ouvert renvoie à la vie de prière et à la lecture des psaumes, et rejoint la vaste famille des saintes lettrées. La médaille de cuivre suspendue au cou, enfin, est l’attribut le plus discret mais aussi le plus spécifique : elle renvoie à la rencontre avec Germain d’Auxerre et n’appartient qu’à elle. Les commanditaires du XVIIe siècle y ajouteront parfois des clés, allusion à la garde de la cité, ou une maquette de Paris tenue à bout de bras, sur le modèle des saints patrons de villes italiennes.

Symboles et significations

Attribut Origine du motif Signification Support privilégié
Cierge allumé Miracle de la tempête Foi inextinguible, lumière de la grâce Vitrail, peinture de chevalet
Démon souffleur Version tardive de la Vita Obstacle vaincu, tentation Vitrail, enluminure
Ange à la torche Même épisode Secours divin Retable, sculpture
Troupeau de brebis Enfance à Nanterre Humilité, vigilance pastorale Peinture de paysage, vitrail
Médaille au cou Rencontre de 429 Consécration précoce Statuaire, gravure
Livre ouvert Vie de prière Méditation des Écritures Sculpture, peinture
Maquette de la ville Patronage de Paris Protection de la cité Orfèvrerie, sculpture moderne
Pains et convoi fluvial Ravitaillement de Paris Charité organisée Peinture murale

Ce tableau ne doit pas être lu comme une grille rigide. Les artistes combinent librement, suppriment, réinterprètent. Une statue de Geneviève peut se limiter au cierge, une autre juxtaposer le troupeau et la maquette urbaine. C’est précisément cette souplesse qui rend l’iconographie passionnante à étudier : elle enregistre les préoccupations de chaque époque. Une Geneviève bergère du Second Empire ne dit pas la même chose qu’une Geneviève gardienne de remparts sculptée dans les années 1920.

Sainte Geneviève dans l’art médiéval

Le culte de Geneviève se développe d’abord dans un cadre monastique. L’abbaye Sainte-Geneviève, installée sur la montagne qui porte son nom, devient au XIIe siècle un foyer intellectuel de premier plan, lié aux débuts de l’université de Paris. Son scriptorium produit des manuscrits enluminés dont une partie a rejoint la bibliothèque Sainte-Geneviève, héritière directe des collections abbatiales. Les légendiers, ces recueils de vies de saints copiés et illustrés pour la lecture au réfectoire, offrent les plus anciennes représentations conservées de la sainte : lettrines habitées, petites vignettes marginales, parfois une pleine page pour la fête du 3 janvier.

Enluminures, sceaux et vitraux

Le sceau de l’abbaye constitue une source précieuse et souvent négligée. Il fixe une silhouette officielle, reproduite sur les actes pendant des siècles, et diffuse un modèle que les artistes locaux reprennent. Du côté du vitrail, les pertes sont considérables : les verrières médiévales parisiennes consacrées à Geneviève ont presque toutes disparu lors des remaniements du XVIIIe siècle puis des destructions révolutionnaires. Il faut donc chercher en région, dans les églises rurales d’Île-de-France, de Picardie ou de Champagne, où subsistent des panneaux du XVIe siècle. On y observe le costume caractéristique de la période : robe de jeune fille noble, coiffe simple, cierge tenu à hauteur de poitrine, démon réduit à une silhouette griffue dans l’angle inférieur.

Sculpture et statuaire

La sculpture offre un corpus plus résistant, la pierre ayant mieux traversé les siècles que le verre. Les statues de Geneviève se repèrent dans de nombreuses églises d’Île-de-France, souvent placées dans une chapelle latérale nord. Le type le plus fréquent la montre debout, légèrement hanchée, le cierge dans la main droite, la gauche protégeant la flamme d’un geste naturel qui donne à l’ensemble une grâce discrète. Le XVIIe siècle introduit un modèle plus théâtral, drapé ample et regard levé, conforme à l’esthétique de la Contre-Réforme. Le XIXe siècle, enfin, produit une statuaire de série en plâtre et en fonte, diffusée par catalogue dans toute la France : ces œuvres, longtemps méprisées, font aujourd’hui l’objet d’une réévaluation patrimoniale attentive.

« Jusqu’au XVIe siècle, Geneviève est représentée vêtue d’une robe de jeune fille noble, tenant à la main un cierge qu’un démon essaie d’éteindre. »

Cette formule, qui résume l’usage médiéval, mérite d’être nuancée pour la période suivante. À partir du XVIIe siècle, le démon disparaît progressivement des compositions savantes, jugé trop anecdotique ou trop populaire, tandis qu’il persiste dans l’imagerie de dévotion et les statues de village. Cette divergence entre art savant et art populaire constitue l’un des phénomènes les plus intéressants de l’histoire de l’iconographie chrétienne, et l’on peut faire des observations comparables sur sainte Barbe ou sur sainte Audrey, dont les attributs ont connu des simplifications semblables.

De la châsse au Panthéon : reliques, orfèvrerie et ruptures

L’histoire matérielle des reliques de Geneviève est un condensé d’histoire de France. Dès le haut Moyen Âge, son corps est conservé dans l’église abbatiale ; à partir du XIIIe siècle, il repose dans une châsse d’orfèvrerie somptueuse, portée en procession dans les rues de Paris lors des grandes calamités — épidémies, crues de la Seine, disettes. Ces processions, attestées par des dizaines de sources, constituaient de véritables spectacles urbains mobilisant les corporations, le clergé et le Parlement. La châsse elle-même, recouverte d’or et d’argent, incrustée de pierreries, comptait parmi les chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie parisienne. Elle fut refaite et enrichie à plusieurs reprises, chaque génération ajoutant sa contribution.

Orfèvrerie liturgique dorée dans le chœur d’une église catholique
L’orfèvrerie liturgique donne une idée du faste des châsses médiévales aujourd’hui disparues. Photo : David Eucaristía / Pexels

La rupture survient en 1793. Les matières précieuses de la châsse sont fondues, les pierres récupérées, et les restes de la sainte brûlés en place de Grève, leurs cendres jetées à la Seine. La perte est double : disparition d’un ensemble d’orfèvrerie d’une qualité exceptionnelle, et rupture d’une chaîne de dévotion vieille de treize siècles. Quelques fragments échappèrent à la destruction et furent rassemblés au XIXe siècle dans une nouvelle châsse néogothique, conservée à l’église Saint-Étienne-du-Mont, voisine immédiate du Panthéon. C’est là que se rend aujourd’hui la neuvaine du 3 janvier, dans un édifice qui conserve par ailleurs le seul jubé subsistant à Paris, chef-d’œuvre du premier XVIe siècle.

Le saviez-vous ?

Le Panthéon n’a pas été conçu comme un monument civique. Louis XV, guéri d’une maladie grave en 1744, avait fait vœu de rebâtir l’église Sainte-Geneviève. Le chantier fut confié à Jacques-Germain Soufflot, qui conçut un édifice néoclassique à plan en croix grecque et coupole, achevé en 1790 — au plus mauvais moment. Dès 1791, l’église est transformée en temple des grands hommes. Les fenêtres hautes sont murées pour obtenir une lumière solennelle, ce qui explique l’atmosphère sourde du monument actuel. Le bâtiment changera cinq fois d’affectation entre 1791 et 1885, oscillant entre église et panthéon civil au gré des régimes.

Puvis de Chavannes et la relecture du XIXe siècle

C’est paradoxalement dans un monument déchristianisé que sainte Geneviève a reçu ses images les plus célèbres. À partir de 1874, la Troisième République naissante lance au Panthéon — alors rendu au culte — un vaste programme de peintures murales consacré à l’histoire nationale et à ses figures fondatrices. Pierre Puvis de Chavannes y intervient en deux campagnes. La première, achevée en 1877, traite l’enfance de la sainte ; la seconde, menée entre 1893 et 1898, donne les deux compositions les plus connues : Sainte Geneviève ravitaillant Paris et Sainte Geneviève veillant sur Paris. Le peintre travaille à l’huile sur toile maroufflée, technique qui permet de peindre en atelier avant de coller la toile sur le mur, et qui a assuré la conservation de l’ensemble.

Une esthétique du silence

Puvis de Chavannes prend le contre-pied de la peinture d’histoire académique. Pas de mouvement, pas d’anecdote, pas de couleur éclatante : des tonalités sourdes de bleus et de gris, des figures immobiles, une composition d’une raideur assumée. Dans Sainte Geneviève veillant sur Paris, achevée en 1898, la sainte se tient sur une terrasse dominant la ville endormie, vêtue d’une longue robe sombre et d’un voile blanc que la nuit fait flotter à peine. La lune éclaire les toits. Rien ne se passe, et c’est précisément là que réside la puissance de l’œuvre. Le peintre venait de perdre son épouse, la princesse Marie Cantacuzène, qu’il avait épousée l’année précédente ; beaucoup ont lu dans cette veille nocturne une transposition du deuil. Le succès public fut immédiat et durable : reproduite en gravure, en carte postale, en manuel scolaire, l’image est devenue l’une des plus diffusées de la peinture française.

Nef gothique aux arcs et colonnes, vitraux en arrière-plan
L’architecture gothique parisienne forme le décor naturel du culte de la patronne de la ville. Photo : carlos / Pexels

Le contexte de 1870

On ne comprend pas la faveur dont jouit Geneviève au XIXe siècle sans la défaite de 1870 et le siège de Paris. L’analogie avec l’épisode d’Attila ou avec le ravitaillement de la cité assiégée par les Francs s’imposa d’elle-même aux contemporains, et fut abondamment exploitée par l’imagerie de dévotion comme par la commande publique. La sainte du Ve siècle devient une figure de résistance civique, susceptible d’être reçue aussi bien par les catholiques que par une partie des républicains. Cette plasticité symbolique explique qu’elle ait pu franchir sans dommage la crise de la laïcisation, là où d’autres figures du calendrier ont vu leur culte s’étioler. Elle est aujourd’hui encore patronne de la gendarmerie nationale.

Où voir sainte Geneviève aujourd’hui

Pour qui souhaite passer de la lecture à l’observation directe, Paris et sa région offrent un parcours cohérent, réalisable en une journée. Nous vous suggérons quelques étapes, en gardant à l’esprit que les horaires d’ouverture des églises varient et que certains ensembles ne sont visibles que lors de visites guidées.

  • Le Panthéon : le cycle peint de Puvis de Chavannes, mais aussi les compositions de Jean-Paul Laurens et de Théodore Maillot, qui traitent d’autres épisodes de la vie de la sainte.
  • Saint-Étienne-du-Mont : la châsse néogothique, la chapelle des reliques, le jubé Renaissance et un ensemble de vitraux du XVIe siècle dans le cloître des charniers.
  • La tour Clovis, dans l’enceinte du lycée Henri-IV : dernier vestige important de l’abbaye Sainte-Geneviève, accessible lors de certaines journées du patrimoine.
  • La bibliothèque Sainte-Geneviève : héritière des collections abbatiales, avec sa salle de lecture à charpente métallique de Labrouste, chef-d’œuvre du XIXe siècle.
  • La cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice de Nanterre et la crypte du lieu de naissance supposé, avec un mobilier contemporain remarquable.
  • Le pont de la Tournelle : la statue monumentale de Paul Landowski, érigée en 1928, où la sainte protège un enfant, tournée vers l’amont de la Seine.

Conserver et restaurer : les bons réflexes patrimoniaux

Une grande partie des œuvres évoquées ici se trouve dans des édifices classés ou inscrits au titre des monuments historiques, statut qui encadre strictement toute intervention. Une paroisse ou une commune propriétaire qui souhaite restaurer une statue, déposer un vitrail ou reprendre un enduit doit engager une procédure spécifique, et non un simple devis d’entreprise. Le réflexe premier consiste à saisir la conservation des antiquités et objets d’art du département, puis la direction régionale des affaires culturelles, qui instruit le dossier. Pour les travaux affectant l’aspect extérieur d’un édifice protégé ou situé dans ses abords, l’architecte des Bâtiments de France doit être consulté et rend un avis qui s’impose à l’autorisation d’urbanisme.

Côté financement, plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés : subventions de la DRAC, aides des collectivités, et surtout souscriptions portées par la Fondation du patrimoine, qui accompagne de nombreux chantiers d’art sacré en milieu rural. Le choix du praticien est déterminant : un restaurateur du patrimoine spécialisé dans le matériau concerné — peinture de chevalet, sculpture polychrome, vitrail, orfèvrerie — n’a pas la même formation qu’un artisan généraliste. Cet article est purement informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié : conservateur, restaurateur d’art ou architecte du patrimoine selon la nature du projet. Une intervention mal conduite sur un vitrail ancien ou une polychromie d’origine cause des dommages souvent irréversibles.

Questions fréquentes

Quand fête-t-on sainte Geneviève ?

La fête liturgique est fixée au 3 janvier, date traditionnelle de sa mort. À Paris, elle s’accompagne d’une neuvaine à Saint-Étienne-du-Mont, du 3 au 11 janvier, autour de la châsse. Les prénoms Gina et Ginette, diminutifs de Geneviève, sont fêtés le même jour dans la plupart des calendriers, de même que Genovèfa en Bretagne.

Comment reconnaître sainte Geneviève sur une œuvre ?

Cherchez d’abord le cierge tenu à la main, souvent protégé par la paume. Si un petit démon souffle vers la flamme ou si un ange approche une torche, l’identification est certaine. Le troupeau de brebis et la médaille au cou confirment la lecture. En cas de doute avec une autre sainte bergère, la présence d’une vue de Paris ou d’une allusion à la Seine tranche généralement.

Les reliques de sainte Geneviève existent-elles encore ?

Les restes principaux ont été brûlés en 1793. Seuls quelques fragments, dispersés antérieurement dans d’autres églises ou soustraits à la destruction, subsistent ; ils ont été rassemblés au XIXe siècle dans la châsse de Saint-Étienne-du-Mont, ainsi que dans la pierre tombale d’origine, conservée dans la même église.

Pourquoi le Panthéon porte-t-il ce nom s’il était une église ?

L’édifice de Soufflot était bien l’église Sainte-Geneviève. En 1791, l’Assemblée constituante décide d’en faire un lieu de sépulture pour les grands hommes de la Nation, sur le modèle du Panthéon romain. Le bâtiment oscillera entre les deux affectations jusqu’en 1885, où les funérailles de Victor Hugo fixent définitivement sa vocation civile.

Sainte Geneviève est-elle vénérée hors de France ?

Oui, principalement dans les Églises orthodoxes de tradition occidentale, qui la comptent parmi les saints antérieurs au schisme de 1054, ainsi que dans quelques paroisses anglicanes. Son culte reste toutefois massivement centré sur le bassin parisien, ce qui explique la concentration géographique des œuvres qui la représentent.

Une image qui continue de travailler

De la médaille de cuivre de Germain d’Auxerre à la statue de Landowski sur le pont de la Tournelle, l’iconographie de sainte Geneviève décrit une trajectoire de quinze siècles pendant lesquels chaque époque a projeté sur elle ses propres attentes. Bergère humble pour les uns, rempart de la cité pour les autres, veilleuse mélancolique chez Puvis de Chavannes, elle reste identifiable grâce à une flamme minéralement fragile que rien n’éteint. C’est peut-être la leçon la plus sûre que l’art sacré nous transmet ici : un attribut bien choisi survit aux régimes, aux destructions et aux changements de sensibilité. Si le sujet vous intéresse, vous pourrez prolonger la lecture avec les portraits de sainte Gladys et saint Cadoc ou de saint Mathurin de Larchant, autres exemples de saints locaux dont l’image a façonné un territoire.

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