Le pape occupe, dans l’imaginaire collectif, une place immédiatement reconnaissable : une silhouette blanche sur la loggia de la basilique Saint-Pierre, une foule immense sur la place dessinée par le Bernin, une bénédiction adressée à la ville et au monde. Derrière cette image se cache pourtant une fonction bien plus complexe qu’il n’y paraît. Comprendre le rôle du pape suppose de démêler plusieurs plans qui se superposent : un ministère spirituel que la tradition fait remonter à l’apôtre Pierre, une charge de gouvernement à la tête d’une institution qui rassemble plus d’un milliard de fidèles, une souveraineté temporelle sur le plus petit État du monde, et enfin un rôle de commanditaire qui a durablement façonné l’histoire de l’art occidental. Nous vous proposons de parcourir ces différentes dimensions, en accordant une attention particulière à ce que l’art sacré nous apprend de cette fonction singulière.
Le pape, évêque de Rome avant toute chose
Avant d’être le chef d’une Église universelle, le pape est l’évêque d’un diocèse précis : celui de Rome. Cette réalité, souvent oubliée, constitue la clé de voûte de tout l’édifice. Selon la tradition catholique, l’apôtre Pierre serait venu prêcher à Rome et y aurait subi le martyre sous Néron, vers 64 ou 67 de notre ère. Les évêques qui lui ont succédé à la tête de la communauté romaine auraient hérité de sa charge pastorale : c’est ce lien, que l’on appelle la succession apostolique, qui fonde l’autorité pontificale. Les fouilles menées sous la basilique Saint-Pierre à partir de 1939 ont mis au jour une nécropole antique et un édicule funéraire du IIe siècle, le trophée de Gaius, que la tradition identifie au lieu de sépulture de l’apôtre.
Cette dimension locale reste très vivace dans la pratique. Lors de sa prise de fonction, le nouveau pape prend possession de sa cathédrale, qui n’est pas Saint-Pierre mais la basilique Saint-Jean-de-Latran, désignée comme la « mère et tête de toutes les églises de la Ville et du monde ». L’inscription latine gravée sur sa façade, omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput, rappelle cette préséance. Le Latran abrite la cathedra, le siège épiscopal qui matérialise la fonction d’enseignement. Ce vocabulaire du siège traverse toute l’iconographie pontificale : le pape enseigne « depuis la chaire », ex cathedra, et les artistes ont multiplié les représentations du trône comme signe visible d’une autorité. Vous retrouverez ce motif des mosaïques médiévales jusqu’aux photographies contemporaines, avec une remarquable continuité formelle.
La liste des évêques de Rome constitue ainsi l’une des plus longues séries de dirigeants documentées de l’histoire occidentale. Si les premiers siècles restent mal éclairés par les sources, la série devient continue à partir de l’Antiquité tardive. Les historiens s’appuient notamment sur le Liber Pontificalis, compilation rédigée à partir du VIe siècle, qui recense les pontificats, les constructions d’églises et les donations d’objets liturgiques. Ce texte est une mine pour l’historien de l’art : il décrit des luminaires d’argent, des ciboires, des mosaïques absidales aujourd’hui disparues. Pour remonter aux origines de cette lignée, vous pouvez lire notre article consacré à la question Qui est le premier pape de l’histoire ?, qui détaille les sources disponibles.

Les titres du pape : ce que chaque formule recouvre
L’annuaire officiel du Saint-Siège, l’Annuario Pontificio, publie chaque année la liste des titres attachés à la fonction. Loin d’être une simple accumulation honorifique, cette énumération dessine une cartographie précise des responsabilités. Chaque formule correspond à un niveau d’exercice différent : diocésain, métropolitain, italien, universel, étatique. La présentation de cette liste a d’ailleurs connu des évolutions récentes, certains titres ayant été déplacés dans une rubrique historique puis remis en avant, ce qui montre que la manière de dire la fonction reste un sujet vivant. Le tableau ci-dessous en donne une lecture synthétique.
| Titre | Formulation latine | Ce qu’il désigne |
|---|---|---|
| Évêque de Rome | Episcopus Romanus | La charge pastorale du diocèse de Rome, fondement de tous les autres titres |
| Successeur du Prince des Apôtres | Successor principis apostolorum | La continuité revendiquée avec le ministère de l’apôtre Pierre |
| Vicaire de Jésus-Christ | Vicarius Iesu Christi | Le pape agit au nom du Christ auprès de son Église |
| Souverain Pontife de l’Église universelle | Summus Pontifex Ecclesiae universalis | L’autorité sur l’ensemble des catholiques, au-delà de Rome |
| Primat d’Italie | Primas Italiae | Une préséance historique sur les évêques de la péninsule |
| Archevêque métropolitain de la province romaine | Archiepiscopus metropolitanus provinciae Romanae | Le lien avec les diocèses dits suburbicaires, autour de Rome |
| Souverain de l’État de la Cité du Vatican | Princeps sui iuris Civitatis Vaticanae | La souveraineté temporelle issue des accords du Latran de 1929 |
| Serviteur des serviteurs de Dieu | Servus servorum Dei | Formule d’humilité popularisée par Grégoire le Grand au VIe siècle |
Ces titres ne sont pas de simples ornements diplomatiques. Ils structurent la manière dont l’art représente le pontife. Le Servus servorum Dei a inspiré les scènes de lavement des pieds ; le Summus Pontifex a produit les grandes compositions triomphales du baroque, où le pape apparaît porté sur la sedia gestatoria, entouré des flabelles de plumes d’autruche ; le souverain temporel a généré toute une héraldique, avec les clés croisées d’or et d’argent surmontées de la tiare ou, depuis 2005, de la mitre. Observer un portrait pontifical revient donc à lire une déclaration d’intention sur la façon dont un pape conçoit sa charge.
Les trois fonctions fondamentales : enseigner, sanctifier, gouverner
La théologie catholique résume traditionnellement le ministère épiscopal, et donc pontifical, en trois verbes : enseigner, sanctifier, gouverner. Cette triade, reprise par le concile Vatican II dans la constitution Lumen gentium promulguée en 1964, offre une grille de lecture commode. Elle permet de distinguer ce qui relève de la doctrine, ce qui relève de la liturgie et des sacrements, et ce qui relève de l’administration. Dans la pratique quotidienne d’un pontificat, ces trois registres s’entrelacent constamment : une encyclique peut annoncer une réforme, une canonisation peut porter un message politique, une nomination peut infléchir une orientation doctrinale.
Enseigner : le magistère et ses formes
La fonction d’enseignement s’exerce par une gamme de documents hiérarchisés. L’encyclique, lettre circulaire adressée à l’Église entière, en constitue la forme la plus solennelle après les constitutions apostoliques. Viennent ensuite les exhortations apostoliques, les lettres apostoliques, les motu proprio, les homélies et les discours. Chacun de ces genres possède un poids différent. La notion d’infaillibilité pontificale, définie par le concile Vatican I en 1870, est souvent mal comprise : elle ne concerne que les déclarations prononcées ex cathedra en matière de foi et de mœurs, et n’a été invoquée de manière incontestée qu’une seule fois depuis, pour la définition du dogme de l’Assomption en 1950.
- Constitution apostolique : texte de portée législative majeure, souvent lié à une réforme institutionnelle.
- Encyclique : enseignement doctrinal ou social adressé à l’Église universelle, parfois au-delà.
- Exhortation apostolique : synthèse pastorale, fréquemment publiée après un synode d’évêques.
- Motu proprio : décision prise « de sa propre initiative », souvent de nature juridique ou liturgique.
- Lettre apostolique : texte plus circonstanciel, lié à un anniversaire ou à une cause précise.
Sanctifier : liturgie, sacrements et canonisations
Le pape préside les grandes célébrations du calendrier romain et exerce une autorité particulière sur la liturgie latine. C’est à ce titre que les réformes liturgiques, du missel de Pie V en 1570 à celui de Paul VI en 1969, ont transformé en profondeur l’espace des églises et, par ricochet, la production d’objets liturgiques. Le déplacement de l’autel face au peuple, l’abandon progressif de certains ornements, la simplification des vases sacrés : autant de décisions qui ont des conséquences matérielles concrètes sur le mobilier, l’orfèvrerie et le textile. Le pape est aussi le seul à pouvoir proclamer une canonisation, acte qui ouvre immédiatement la voie à une iconographie nouvelle, avec ses attributs, ses couleurs et ses lieux de dévotion.

Gouverner : la Curie, les nominations et le droit
Le gouvernement s’appuie sur la Curie romaine, ensemble de dicastères réorganisé par la constitution apostolique Praedicate Evangelium, entrée en vigueur le 5 juin 2022. Le pape nomme les évêques, crée les cardinaux lors de consistoires, érige ou supprime des diocèses, approuve les statuts des congrégations religieuses et exerce l’autorité judiciaire suprême. Il légifère enfin par le Code de droit canonique, dont la version latine actuellement en vigueur date de 1983. Ce volet administratif, peu spectaculaire, occupe pourtant l’essentiel du temps d’un pontificat. Il détermine aussi, indirectement, la politique patrimoniale du Saint-Siège : conservation des collections, restauration des basiliques, gestion des Musées du Vatican et de la Fabrique de Saint-Pierre.
Un chef d’État à la tête de quarante-quatre hectares
Le pape est également souverain de l’État de la Cité du Vatican, créé par les accords du Latran signés le 11 février 1929 entre le Saint-Siège et l’Italie. Avec une superficie d’environ 44 hectares et une population de quelques centaines de résidents, il s’agit du plus petit État reconnu au monde. Cette souveraineté n’est pas une coquetterie protocolaire : elle garantit l’indépendance du ministère pontifical vis-à-vis des puissances temporelles, une préoccupation née de la longue histoire des États pontificaux et de leur disparition en 1870. Il convient de distinguer soigneusement deux entités : le Saint-Siège, sujet de droit international qui entretient des relations diplomatiques avec la plupart des États, et la Cité du Vatican, territoire matériel qui lui sert de support.
Pour l’amateur d’art, cette souveraineté a une conséquence directe : elle place sous une seule autorité l’un des ensembles patrimoniaux les plus denses de la planète. Les Musées du Vatican, la bibliothèque apostolique et ses manuscrits enluminés, les archives, la chapelle Sixtine, les Chambres de Raphaël, la nécropole vaticane : l’ensemble est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984, cas rare d’un État inscrit dans sa totalité. La gestion de ce patrimoine mobilise des laboratoires de restauration, des ateliers de mosaïque héritières d’un studio fondé à la fin du XVIe siècle, et une politique d’acquisition qui se poursuit aujourd’hui encore.
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »
Évangile selon saint Matthieu, 16, 18 — verset inscrit en lettres d’or, hautes de près de deux mètres, à la base de la coupole de Saint-Pierre de Rome.
Le pape commanditaire : quand une fonction produit des chefs-d’œuvre
C’est peut-être le versant le moins souvent évoqué du rôle pontifical, et pourtant le plus visible pour qui s’intéresse à l’art sacré. Pendant plusieurs siècles, les papes ont été parmi les plus puissants commanditaires d’Europe. Leur mécénat ne relève pas seulement du goût personnel : il s’inscrit dans une stratégie de représentation. Après le retour de la papauté d’Avignon, puis face à la Réforme protestante, l’image devient un instrument de démonstration. Le concile de Trente, dans sa session de décembre 1563, légitime explicitement l’usage des images sacrées tout en exigeant qu’elles soient contrôlées. Cette décision ouvre la voie à l’esthétique baroque romaine, dont Rome reste le musée à ciel ouvert.
| Pape | Pontificat | Chantier ou commande emblématique | Artistes associés |
|---|---|---|---|
| Jules II | 1503-1513 | Reconstruction de Saint-Pierre, voûte de la chapelle Sixtine, Chambres du Vatican | Bramante, Michel-Ange, Raphaël |
| Léon X | 1513-1521 | Cartons des tapisseries de la chapelle Sixtine | Raphaël |
| Paul III | 1534-1549 | Le Jugement dernier, fresques de la chapelle Pauline | Michel-Ange |
| Sixte V | 1585-1590 | Plan urbain de Rome, érection d’obélisques, achèvement de la coupole | Domenico Fontana, Giacomo della Porta |
| Urbain VIII | 1623-1644 | Baldaquin de bronze de Saint-Pierre | Le Bernin |
| Alexandre VII | 1655-1667 | Colonnade de la place Saint-Pierre, Cathedra Petri | Le Bernin |
| Paul VI | 1963-1978 | Collection d’art religieux moderne des Musées du Vatican | Œuvres de Matisse, Chagall, Rouault |
Ce tableau ne dit pas tout, mais il fait apparaître une logique : chaque pape inscrit son pontificat dans la pierre, la fresque ou le bronze. Les armoiries scandées le long du baldaquin d’Urbain VIII, les abeilles Barberini qui essaiment dans toute la basilique, les étoiles et les monts des Chigi chez Alexandre VII : la signature héraldique est omniprésente. Cette pratique a longtemps servi de repère de datation aux historiens de l’art, qui lisent un chantier romain comme on lit un colophon de manuscrit. Pour prolonger ce sujet, notre article sur Paul VI et la réconciliation entre l’Église et l’art moderne montre comment cette tradition de commande s’est reconfigurée au XXe siècle.

L’iconographie pontificale : lire les signes
Reconnaître un pape dans une œuvre suppose d’identifier quelques attributs récurrents. Le plus ancien et le plus stable reste la paire de clés, référence directe au texte de Matthieu. L’une est généralement d’or, l’autre d’argent, et la tradition les interprète respectivement comme le pouvoir céleste et le pouvoir terrestre. Vient ensuite la tiare, couronne à trois étages appelée triregnum, apparue sous sa forme aboutie au XIVe siècle. Paul VI a renoncé à la porter en 1964 et aucun pape ne l’a revêtue depuis, mais elle reste omniprésente dans les œuvres anciennes. Le pallium de laine blanche, orné de croix, signale quant à lui la charge pastorale.
- Les clés croisées : attribut fondateur, présent dès les sceaux médiévaux et sur toutes les armoiries pontificales.
- La tiare à trois couronnes : signe de souveraineté, abandonné dans l’usage mais conservé dans l’imagerie historique.
- Le pallium : bande de laine blanche portée sur la chasuble, marque de la charge de pasteur.
- L’anneau du pêcheur : sceau personnel du pontife, gravé à son nom, référence au métier de Pierre.
- La férule : bâton pastoral surmonté d’un crucifix, distinct de la crosse courbe des évêques.
- La mozette et la camauro : vêtements de velours ou de laine rouge, très présents dans les portraits du XVIIe siècle.
La peinture de portrait a produit dans ce domaine quelques jalons majeurs de l’histoire de l’art. Le portrait de Jules II par Raphaël, achevé vers 1512 et conservé à la National Gallery de Londres, rompt avec la frontalité hiératique en montrant un homme âgé, absorbé, saisi de trois quarts. Un siècle et demi plus tard, le portrait d’Innocent X par Diego Velázquez, peint à Rome en 1650 et conservé à la galerie Doria Pamphilj, pousse encore plus loin l’analyse psychologique. Ces deux œuvres montrent que la représentation du pape a servi de laboratoire au genre du portrait officiel européen.
Le saviez-vous ? À la mort d’un pape ou après sa renonciation, l’anneau du pêcheur et le sceau de plomb sont rituellement rendus inutilisables, traditionnellement par une entaille profonde pratiquée au burin en présence des cardinaux. Ce geste, très ancien, avait une fonction pratique : empêcher que l’on scelle des documents au nom d’un pontife défunt. Il a aussi une portée symbolique forte, puisqu’il rappelle que l’autorité est attachée à la fonction et non à la personne. Les anneaux ainsi mutilés, lorsqu’ils ont été conservés, constituent pour les historiens de l’orfèvrerie des témoins précieux des techniques de gravure de leur époque.
Comment accède-t-on à cette fonction ?
Le pape est élu par le collège des cardinaux âgés de moins de quatre-vingts ans, réunis en conclave dans la chapelle Sixtine. La procédure, codée par la constitution apostolique Universi Dominici gregis de 1996 et amendée depuis, exige une majorité des deux tiers. Le lieu n’est pas anodin : les cardinaux votent sous le Jugement dernier de Michel-Ange, dispositif visuel dont la charge symbolique est difficile à surestimer. La fumée qui s’échappe du conduit installé pour l’occasion, noire ou blanche, constitue l’un des rares rituels religieux dont le monde entier connaît le code. Nous détaillons cette mécanique dans notre article Comment élire un nouveau pape ?.
La fonction s’achève le plus souvent avec la mort du pontife, mais le droit prévoit aussi la renonciation. L’histoire en conserve plusieurs exemples, dont celui de Célestin V en 1294 et, plus près de nous, celui de Benoît XVI en février 2013. Cette possibilité, longtemps théorique dans l’esprit du public, a relancé une réflexion sur la nature même de la charge : est-elle un état ou un service ? Nous avons consacré un article complet à cette question délicate, Le pape peut-il démissionner ?, qui examine les textes canoniques et les précédents historiques.
Le pontificat aujourd’hui : Léon XIV
Le siège de Pierre est actuellement occupé par Léon XIV, élu le 8 mai 2025. Né Robert Francis Prevost à Chicago, longtemps missionnaire au Pérou puis préfet du dicastère pour les Évêques, il est le 267e pape selon le décompte officiel. Son pontificat s’est ouvert dans le prolongement du Jubilé de l’espérance, dont la clôture et la fermeture de la Porte sainte de Saint-Pierre ont eu lieu en janvier 2026. Il a publié sa lettre encyclique Magnifica Humanitas le 15 mai 2026 et a plusieurs fois exprimé sa volonté d’exercer la charge de manière collégiale, en s’appuyant davantage sur les instances synodales.
Cette actualité illustre bien la plasticité de la fonction. D’un pontificat à l’autre, les accents se déplacent : diplomatie, réforme de la Curie, questions sociales, dialogue interreligieux, rapport aux arts. Le choix du nom de règne constitue d’ailleurs le premier message adressé par un nouvel élu, puisqu’il le rattache à une lignée et à un programme implicite. Pour situer les pontificats récents les uns par rapport aux autres, vous pouvez consulter notre récapitulatif des noms des cinq derniers papes, qui replace chaque nom dans son contexte.

Patrimoine, conservation et bons réflexes
Le rôle du pape en matière de patrimoine ne s’arrête pas aux murs du Vatican. Les basiliques majeures romaines, les nonciatures, les biens des congrégations et une part importante du patrimoine cultuel européen dépendent, directement ou indirectement, de décisions prises à Rome ou dans les diocèses. En France, la situation est particulière : la loi de 1905 a placé les édifices cultuels antérieurs dans le domaine public des communes ou de l’État, tandis que l’Église en conserve l’usage exclusif pour le culte. Toute intervention sur un édifice classé ou inscrit au titre des Monuments historiques, ou situé dans un périmètre protégé, suppose donc des autorisations précises.
- Architecte des Bâtiments de France : son avis est requis pour les travaux en site patrimonial remarquable ou aux abords d’un monument protégé.
- DRAC : la direction régionale des affaires culturelles instruit les dossiers et assure le contrôle scientifique et technique sur les objets et édifices protégés.
- Restaurateur du patrimoine : pour une peinture, une statue, un vitrail ou une pièce d’orfèvrerie, l’intervention relève d’un professionnel qualifié, jamais du bricolage.
- Fondation du patrimoine : elle accompagne les collectes et peut cofinancer des chantiers, y compris sur des édifices non protégés.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié. Pour un projet concret portant sur un édifice ou un objet cultuel, le réflexe est de solliciter en amont le conservateur des antiquités et objets d’art du département, la DRAC compétente, et un restaurateur ou un architecte du patrimoine selon la nature du bien concerné.
Questions fréquentes sur le rôle du pape
Le pape est-il le chef de tous les chrétiens ?
Non. Sa primauté est reconnue par l’Église catholique, qui regroupe environ 1,4 milliard de baptisés. Les Églises orthodoxes lui reconnaissent une préséance d’honneur historique parmi les sièges anciens, mais non une juridiction directe ; les Églises issues de la Réforme ne lui reconnaissent pas d’autorité doctrinale. Le dialogue œcuménique porte précisément, depuis des décennies, sur la manière dont ce ministère d’unité pourrait être exercé autrement.
Le pape peut-il modifier un dogme ?
Selon la doctrine catholique, non : un dogme est tenu pour définitivement reçu. Le pape peut en revanche préciser une formulation, développer une interprétation ou modifier une discipline, c’est-à-dire une règle pratique. La distinction entre doctrine et discipline est essentielle pour comprendre ce qui relève réellement du pouvoir pontifical.
Pourquoi le pape s’habille-t-il en blanc ?
L’usage de la soutane blanche est attesté de manière stable à partir du XVIe siècle. Une tradition l’associe à Pie V, dominicain, qui aurait conservé l’habit blanc de son ordre après son élection en 1566. Le contraste entre le blanc du pontife et le rouge cardinalice a ensuite été largement exploité par les peintres, qui en ont fait un ressort de composition.
Qui décide des travaux dans la basilique Saint-Pierre ?
La Fabbrica di San Pietro, institution créée au début du XVIe siècle et toujours en activité, assure la conservation et l’entretien de la basilique. Elle emploie maçons, marbriers et mosaïstes, les sampietrini, dont les savoir-faire se transmettent depuis des générations. Les décisions majeures relèvent toutefois de l’autorité pontificale.
Combien y a-t-il eu de papes ?
Les listes officielles recensent 267 pontifes, en comptant Léon XIV. Ce chiffre varie légèrement selon les historiens, car le statut de certains personnages des premiers siècles et celui des antipapes des périodes de schisme font l’objet de discussions savantes.
Ce qu’il faut retenir
Le rôle du pape ne se laisse pas résumer en une phrase. Il articule un ministère local, celui de l’évêque de Rome, une responsabilité universelle d’enseignement, de sanctification et de gouvernement, une souveraineté temporelle réduite à sa plus simple expression territoriale mais essentielle sur le plan diplomatique, et une fonction de gardien d’un patrimoine artistique considérable. Pour l’amateur d’art sacré, cette dernière dimension est peut-être la plus parlante : de la voûte de la Sixtine au baldaquin du Bernin, de la Cathedra Petri aux collections d’art moderne, chaque pontificat a laissé une trace matérielle que l’on peut encore lire aujourd’hui, pour peu que l’on sache déchiffrer les clés, les tiares et les armoiries.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.
