La prière de consultation, appelée en arabe salat al-istikhara, occupe une place singulière dans la vie religieuse musulmane. Elle n’est ni une obligation ni un rite spectaculaire : deux unités de prière surérogatoires, suivies d’une invocation précise, la doua de l’istikhara. Pourtant, cette pratique discrète a laissé des traces considérables dans la culture matérielle de l’islam, des recueils d’invocations enluminés du Maghreb aux panneaux calligraphiés des mosquées ottomanes. Sur un site consacré à l’art sacré, l’istikhara mérite donc un double regard : celui du rite, décrit avec exactitude et distance, et celui des formes artistiques qu’il a nourries. Vous découvrirez ici le fondement textuel de cette prière, son déroulé, le sens de son invocation, les malentendus qui l’entourent, et surtout la façon dont l’écriture, l’enluminure et l’architecture ont donné corps à ce geste de consultation.
Qu’est-ce que la salat al-istikhara ? Définition et fondement scripturaire
Le mot istikhara dérive de la racine arabe kh-y-r, qui exprime l’idée du bien, du meilleur, du choix favorable. La forme verbale employée signifie littéralement « demander ce qui est le meilleur ». Il ne s’agit donc pas, selon la tradition, de connaître l’avenir, mais de solliciter une orientation avant une décision que le croyant doit lui-même assumer. Les manuels de droit musulman classent cette prière parmi les actes surérogatoires, c’est-à-dire recommandés mais non obligatoires, au même titre que la prière de la nuit ou celle de l’entrée à la mosquée. Son champ d’application est large : mariage, déplacement, engagement professionnel, contrat, choix d’études. La tradition précise en revanche qu’elle ne porte que sur des affaires licites et incertaines : on ne consulte pas sur ce qui est déjà prescrit ou interdit, ni sur un devoir évident.
Le hadith de Jâbir ibn Abd Allâh
La source de référence est un hadith rapporté par le compagnon Jâbir ibn Abd Allâh, transmis dans le recueil Sahih al-Bukhari compilé au IXe siècle. Le texte y indique que le Prophète enseignait l’istikhara à ses compagnons « pour toutes les affaires », avec le même soin qu’il mettait à leur enseigner une sourate du Coran. Cette formule, souvent citée, explique la place durable de la prière dans la piété quotidienne : elle est présentée comme un outil ordinaire, non comme une pratique réservée à une élite spirituelle. Les commentateurs médiévaux, d’al-Nawawi à Ibn Hajar al-Asqalani, ont abondamment glosé ce passage, discutant du moment opportun, du nombre de répétitions possibles et de la place de la consultation humaine, la shura, qui doit accompagner la démarche plutôt que lui céder la place.
Une prière surérogatoire, et non un oracle
Il importe de distinguer clairement l’istikhara des pratiques divinatoires, que les sources normatives de l’islam rejettent explicitement. Les traités classiques opposent volontiers l’istikhara à l’istiqsam, le tirage au sort par flèches pratiqué avant l’islam en Arabie, et aux consultations d’augures. La différence est de nature : l’istikhara n’attend pas une réponse codée mais une facilitation ou un empêchement dans le cours des choses, ainsi qu’un apaisement intérieur. Cette nuance a des conséquences artistiques directes. Parce que la prière n’appelle aucun instrument, aucun objet oraculaire, aucune image, l’art qu’elle a suscité est presque exclusivement un art du texte et de l’espace : la lettre, la page, la niche, le tapis. C’est une clef de lecture précieuse pour comprendre l’esthétique islamique de la prière en général.

Le déroulé du rite, étape par étape
La description qui suit reprend le schéma commun aux principales écoles juridiques sunnites ; les détails secondaires peuvent varier d’une tradition à l’autre. L’ensemble tient en une dizaine de minutes et ne requiert ni lieu particulier ni assistance. Le croyant accomplit d’abord les ablutions rituelles, choisit un moment où la prière n’est pas déconseillée, puis prie deux rak’a en dehors des cinq prières obligatoires. Une fois le salut final prononcé, il récite l’invocation propre à l’istikhara en formulant intérieurement, ou à voix basse, l’affaire sur laquelle il consulte. Beaucoup d’auteurs recommandent le dernier tiers de la nuit, moment associé dans la piété musulmane à une plus grande disponibilité intérieure, mais aucune source ne fait de cet horaire une condition de validité.
| Étape | Contenu | Statut selon la tradition |
|---|---|---|
| 1. Purification | Ablutions rituelles complètes (wudu) | Condition de validité |
| 2. Intention | Formuler l’affaire précise et licite sur laquelle on consulte (niyya) | Condition de validité |
| 3. Deux rak’a | Prière surérogatoire de deux unités, hors prières obligatoires | Recommandée, constitutive du rite |
| 4. La doua | Invocation de l’istikhara récitée après le salut | Cœur du rite |
| 5. Délibération | Consultation de proches compétents (shura) puis décision assumée | Vivement recommandée |
| 6. Répétition éventuelle | Renouvellement tant que l’indécision demeure | Admise, non obligatoire |
Sur le plan liturgique, cette structure en deux temps — un corps de prière standardisé, puis une invocation personnalisée — est caractéristique de nombreuses dévotions musulmanes. Elle explique pourquoi les livres de piété ont si souvent isolé la doua du reste : c’est la partie variable, celle que l’on mémorise, que l’on copie, que l’on offre. Les recueils manuscrits présentent fréquemment l’invocation sur une page entière, encadrée d’un filet doré, comme une pièce autonome. La mise en page devient alors un instrument de mémorisation autant qu’un objet de beauté, et c’est précisément à cette jointure que l’historien de l’art sacré trouve matière à travailler.
La doua de l’istikhara : texte, sens et architecture littéraire
L’invocation elle-même suit une progression rigoureuse que l’on peut résumer en trois mouvements. Le premier est un aveu d’asymétrie : celui qui prie reconnaît que la science et la puissance appartiennent à Dieu, et qu’il en est lui-même dépourvu. Le deuxième est une double hypothèse symétrique : si l’affaire envisagée est bonne pour la religion, la subsistance et l’issue de l’existence, qu’elle soit rendue possible et bénie ; si elle est mauvaise selon les mêmes critères, qu’elle soit écartée. Le troisième mouvement, souvent le plus commenté, demande non seulement le meilleur mais la satisfaction à l’égard de ce meilleur, quel qu’il soit. Cette clausule finale est décisive : elle déplace l’enjeu du résultat vers l’acceptation.
« Mon Dieu, je Te demande de choisir pour moi par Ta science, et je Te demande la force par Ta puissance — car Tu sais et je ne sais pas, Tu peux et je ne peux pas. » Traduction française de l’ouverture de la doua de l’istikhara, d’après le hadith de Jâbir ibn Abd Allâh.
Cette architecture en balancement, très marquée par le paralélisme rythmique de l’arabe classique, a directement influencé la manière dont les copistes l’ont mise en forme. Les manuscrits jouent souvent de la symétrie des deux hypothèses en les distinguant par l’encre : le corps du texte en noir, les articulations en rouge ou en or. Ce procédé, appelé rubrication, remplit une fonction à la fois esthétique et pratique, puisqu’il guide l’œil du récitant. On retrouve ici un principe général de l’art du livre islamique : la décoration n’est jamais purement ornementale, elle organise la lecture. Les points à retenir de cette invocation peuvent se résumer ainsi :
- elle s’adresse à Dieu seul, sans intermédiaire ni objet rituel ;
- elle nomme trois horizons d’évaluation : la religion, la subsistance, l’issue de l’existence ;
- elle formule symétriquement l’hypothèse favorable et l’hypothèse défavorable ;
- elle s’achève par une demande d’apaisement plutôt que par une demande de réponse ;
- elle laisse au croyant l’entière responsabilité de sa décision.
Les malentendus fréquents : rêves, signes et répétitions
La croyance la plus répandue veut qu’un rêve suive l’istikhara et livre la réponse, un rêve vert signalant l’accord et un rêve sombre le refus. Aucune source normative classique n’établit ce code chromatique, qui relève de traditions populaires locales et tardives. Les juristes rappellent au contraire que le rêve n’est pas un critère de décision et que l’absence de rêve ne signifie rien. De la même manière, la question du nombre de répétitions a fait couler beaucoup d’encre : certains évoquent sept fois, d’autres trois, sans que ces chiffres reposent sur un texte contraignant. La position la plus courante consiste à dire que l’on peut renouveler la prière tant que l’indécision persiste, sans compter. Ces débats intéressent l’historien de l’art parce qu’ils ont produit une littérature de vulgarisation abondante, souvent illustrée, notamment dans les lithographies du XIXe siècle.
Le saviez-vous ? Les recueils de dévotion comme les Dalâ’il al-Khayrât comptent parmi les tout premiers livres islamiques à avoir été imprimés par lithographie, technique qui permettait de reproduire fidèlement le tracé calligraphié là où les caractères mobiles échouaient à rendre les ligatures de l’arabe. C’est en partie pour des raisons de fidélité graphique — et non de refus de l’imprimé — que le manuscrit a conservé si longtemps son prestige dans le monde musulman.
L’istikhara dans la culture matérielle et artistique de l’islam
Une prière sans image ne signifie pas une prière sans art. L’istikhara appartient à cette vaste famille de dévotions personnelles qui ont trouvé leur expression plastique dans trois domaines précis : le livre, la lettre et l’espace. Les ateliers de copistes ont produit pendant des siècles des recueils d’invocations où la doua de consultation figure aux côtés des litanies quotidiennes ; les calligraphes en ont tiré des panneaux destinés à l’accrochage ; les architectes, enfin, ont conçu les cadres où ces prières se disent. Examiner ces trois versants permet de sortir d’une approche purement doctrinale et de rendre à l’istikhara son épaisseur historique et esthétique, celle d’une pratique qui a laissé des objets, des pages et des espaces derrière elle.
Les recueils d’invocations enluminés
Le cas le plus documente est celui des Dalâ’il al-Khayrât, compilé au XVe siècle par le savant marocain Muhammad al-Jazûlî, mort en 1465. Ce recueil de formules de bénédiction sur le Prophète s’ouvre par les noms divins puis par une longue liste de noms prophétiques, et il a connu une diffusion extraordinaire du Maroc à la Chine occidentale, en passant par l’Anatolie ottomane et l’Asie du Sud-Est. Copié le plus souvent en écriture naskh, il comporte des frontispices enluminés, des pages finales ornées et surtout, dans les exemplaires les plus soignés, une double page représentant les sanctuaires de La Mecque et de Médine. Ces vues, schématiques et non perspectives, constituent l’une des rares familles d’images figuratives tolérées dans un livre de piété. Les exemplaires ottomans du XVIIIe siècle, comme ceux copiés par al-Sayyid Uthman, comptent parmi les plus somptueux et passent régulièrement en vente publique aujourd’hui.

Ces livres n’étaient pas des objets de bibliothèque. Leur format réduit, souvent inférieur à quinze centimètres, leur reliure souple à rabat et l’usure caractéristique de leurs marges indiquent un usage quotidien et transportable. C’est une donnée importante pour comprendre l’esthétique de ces manuscrits : l’or n’y est pas un luxe d’apparat mais un repère fonctionnel, appliqué aux titres de sections, aux rosettes de séparation et aux encadrements. Le lecteur retrouvait ainsi instantanément l’invocation cherchée. Si le sujet du livre islamique vous intéresse, notre article sur la calligraphie arabe, son histoire et sa symbolique détaille les grands styles d’écriture et leurs usages liturgiques.
La calligraphie comme mise en forme de la prière
Dans l’aire islamique, l’écriture a très tôt assumé le rôle que l’image tient ailleurs. Une invocation calligraphiée n’est pas seulement un texte lisible : c’est une composition, avec ses pleins et ses déliés, ses proportions réglées par un système de points losangés hérité des réformes d’Ibn Muqla au Xe siècle, puis affiné par Ibn al-Bawwab et par Yaqut al-Musta’simi au XIIIe. Les grands maîtres ottomans, de Sheikh Hamdullah à Hafiz Osman, ont porté ces canons à un degré de raffinement rarement égalé. Le tableau ci-dessous récapitule les styles que l’on rencontre le plus souvent lorsqu’une invocation comme celle de l’istikhara est mise en forme, avec leurs supports de prédilection.
| Style d’écriture | Période d’apogée | Support privilégié | Effet recherché |
|---|---|---|---|
| Coufique | VIIIe-XIe siècle | Pierre, stéatite, parchemin | Monumentalité, lisibilité à distance |
| Naskh | XIe siècle à nos jours | Papier, livre de dévotion | Lecture courante, clarté |
| Thuluth | XIIIe-XIXe siècle | Panneaux, frises murales | Solennité, souffle graphique |
| Nastaliq | XVe-XVIIIe siècle | Album persan, page isolée | Élégance, fluidité oblique |
| Diwani | XVIe-XIXe siècle | Documents de chancellerie | Densité, entrelacement |
L’espace de la prière : mihrab, tapis et lumière
L’istikhara se pratique le plus souvent chez soi, mais l’imaginaire visuel qui l’accompagne emprunte largement au vocabulaire de la mosquée. Le mihrab, cette niche creusée dans le mur de qibla qui indique la direction de La Mecque, en est l’élément le plus chargé de sens. Sa forme en arc surmontant une conque a été reprise, réduite et transposée sur les tapis de prière, dont la composition dite à niche reproduit la silhouette du mihrab et oriente le fidèle. On observe la même migration de motifs sur les carreaux de céramique d’Iznik, sur les stèles funéraires et jusque sur les couvertures de certains recueils d’invocations. Cette circulation d’un support à l’autre est l’une des caractéristiques les plus fascinantes de l’art islamique, et elle rappelle qu’un motif n’y est jamais purement décoratif : il transporte avec lui une orientation, une fonction, une mémoire.

La lumière, enfin, joue un rôle comparable à celui du vitrail dans les églises gothiques, mais selon une logique inverse : au lieu de colorer et de raconter, elle est le plus souvent tamisée, fragmentée par des claustras de plâtre ajouré, les qamariyya, qui projettent sur le sol des trames géométriques mobiles. Dans les grandes mosquées ottomanes, Süleymaniye ou Selimiye, l’étagement des fenêtres construit une clarté diffuse, sans point focal, qui épouse l’idée d’un espace sans hiérarchie visuelle. Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez consulter notre dossier consacré à l’art et l’architecture islamiques en France, qui montre comment ces principes se sont acclimatés dans un contexte européen.
Repères chronologiques : la prière personnelle et ses supports
Situer l’istikhara dans une chronologie longue aide à comprendre pourquoi elle a rencontré l’art du livre plutôt que celui de l’image. Les grandes étapes ci-dessous ne prétendent pas à l’exhaustivité : elles jalonnent le passage d’une transmission orale à une culture manuscrite raffinée, puis à la diffusion imprimée. Chaque étape correspond à un déplacement du support, et donc à une transformation des formes visuelles associées à la dévotion personnelle. On notera en particulier le rôle charnière du XVe siècle, où la compilation des recueils de prières coincide avec l’âge d’or de l’enluminure maghrébine et ottomane.
| Période | Événement | Conséquence pour les formes artistiques |
|---|---|---|
| VIIe siècle | Époque de la prédication prophétique et des compagnons | Transmission orale, pas de support écrit dédié |
| IXe siècle | Compilation des grands recueils de hadiths, dont celui d’al-Bukhari | Fixation écrite du texte de l’istikhara |
| Xe-XIe siècle | Réformes calligraphiques d’Ibn Muqla puis d’Ibn al-Bawwab | Codification des proportions de l’écriture |
| XVe siècle | Rédaction des Dalâ’il al-Khayrât par al-Jazûlî (mort en 1465) | Naissance du livre de prières enluminé comme genre |
| XVIIe-XVIIIe siècle | Apogée de la production ottomane et maghrébine | Double page des lieux saints, reliures à rabat |
| XIXe siècle | Diffusion de la lithographie au Maghreb, en Inde et en Iran | Reproduction fidèle du tracé calligraphié |
| XXe-XXIe siècle | Numérisation des fonds et expositions monographiques | Accès élargi, nouveaux enjeux de conservation |
Conserver, exposer, restaurer : les bons réflexes
Les recueils d’invocations sont parmi les objets les plus fragiles du patrimoine islamique, précisément parce qu’ils ont été beaucoup manipulés. Encres ferrogalliques qui perforent le papier, dorures qui se soulèvent, reliures décousues, taches d’humidité : les pathologies sont bien identifiées par les conservateurs. En pratique, quelques principes simples limitent la dégradation d’un ouvrage ancien conservé dans une famille ou une association cultuelle. Il faut éviter la lumière directe, maintenir une humidité relative stable autour de 50 %, proscrire les pochettes plastiques non neutres et les adhésifs, et ne jamais tenter soi-même un nettoyage ou un recollage. Toute intervention relève d’un restaurateur du patrimoine spécialisé dans les arts graphiques.
- documenter l’objet par des photographies avant tout déplacement ;
- manipuler avec des mains propres et sèches, sans gants de coton pour le papier ;
- stocker à plat, dans une boîte de conservation en carton neutre ;
- signaler la pièce à un conservateur de bibliothèque ou de musée avant toute vente ou prêt ;
- vérifier le statut juridique de l’objet en cas de sortie du territoire.
Lorsque ces objets se trouvent dans un édifice cultuel protégé au titre des monuments historiques, ou situé en site patrimonial remarquable, les règles changent d’échelle. Les travaux sur l’édifice comme les interventions sur le mobilier classé sont soumis à autorisation et à l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France ; la direction régionale des affaires culturelles, la DRAC, instruit les dossiers et oriente vers les professionnels habilités. Des dispositifs de financement existent, notamment via la Fondation du patrimoine pour certains édifices non classés. Le présent article est purement informatif et ne remplace en aucun cas l’avis d’un professionnel qualifié : conservateur, restaurateur d’œuvres d’art ou architecte du patrimoine selon la nature du bien concerné.
Questions fréquentes sur la salat al-istikhara
Faut-il être en état de pureté rituelle ?
Oui. Comme toute prière, l’istikhara suppose les ablutions préalables. C’est la condition la moins discutée du rite, puisqu’elle découle du statut même de la salat. En revanche, aucun vêtement, aucun parfum et aucun objet particulier n’est requis, ce qui distingue nettement cette dévotion des rituels à accessoires que l’on rencontre dans d’autres traditions religieuses.
Peut-on la faire à n’importe quelle heure ?
Presque. La tradition déconseille certains moments, notamment au lever et au coucher du soleil, où les prières surérogatoires sont évitées. En dehors de ces créneaux, l’heure est libre. Le dernier tiers de la nuit est fréquemment recommandé par les auteurs de spiritualité, mais il s’agit d’une préférence, non d’une obligation.
Comment savoir si la réponse est venue ?
Selon la lecture majoritaire, la réponse ne prend pas la forme d’un signe codé mais d’une facilitation ou d’un empêchement dans le déroulement concret des choses, accompagnée d’une inclination intérieure plus nette. Les juristes insistent : il faut continuer à se renseigner, à consulter des personnes compétentes et à peser rationnellement les options. L’istikhara accompagne la délibération, elle ne la remplace pas.
Existe-t-il une iconographie propre à l’istikhara ?
Non, au sens où il n’existe pas de scène type représentant cette prière, comme il existe une Annonciation ou une Nativité dans l’art chrétien. L’art associé à l’istikhara est un art du texte : mise en page de l’invocation, calligraphie sur panneau, encadrement enluminé. C’est une différence structurelle entre les traditions, et non un manque.
Où voir de tels manuscrits en France ?
La Bibliothèque nationale de France conserve un fonds arabe considérable, dont de nombreux recueils de dévotion, et le département des Arts de l’Islam du musée du Louvre présente régulièrement des pages calligraphiées et enluminées. L’Institut du monde arabe organise par ailleurs des expositions temporaires consacrées à l’écriture et au livre. Les catalogues en ligne permettent aujourd’hui de consulter des numérisations en très haute définition.
Ce qu’il faut retenir
La prière de consultation ou salat al-istikhara se présente comme un geste sobre : deux unités de prière, une invocation, une décision à assumer. Rien qui appelle le spectaculaire, et c’est précisément ce dépouillement qui a orienté sa postérité artistique vers la lettre, la page et l’espace. Comprendre l’istikhara, c’est donc aussi comprendre pourquoi l’art islamique a développé une esthétique du texte d’une telle richesse, où l’ornement guide la récitation et où la géométrie de la lumière accompagne le recueillement. Pour prolonger cette lecture, notre article sur le nombre de rak’a de chaque prière précise le cadre liturgique général, tandis que celui consacré au tachahoud en arabe et en français détaille une autre formule centrale de la prière musulmane.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.

