Rares sont les figures religieuses françaises qui parviennent à occuper simultanément la chaire d’une synagogue, les rayons des librairies généralistes et les plateaux de télévision. Delphine Horvilleur, rabbin JEM, appartient à ce cercle restreint. Ordonnée en 2008 au sein du mouvement réformé américain, elle exerce depuis lors auprès des communautés libérales parisiennes et s’est imposée comme l’une des voix les plus écoutées du judaïsme francophone contemporain. Son parcours croise la médecine, le journalisme, l’étude talmudique et l’écriture, dans une trajectoire que rien ne laissait présager. Pour qui s’intéresse à l’art sacré et au patrimoine cultuel, sa figure présente un intérêt particulier : elle est indissociable de deux lieux de culte parisiens remarquables, la synagogue de la rue Copernic et celle de Beaugrenelle, et d’une revue, Tenou’a, qui a fait du dialogue entre textes juifs et création artistique contemporaine sa marque de fabrique.
Cet article propose un portrait documenté et descriptif : parcours biographique, insertion dans l’histoire du judaïsme libéral français, place de son œuvre écrite, et surtout ancrage dans les lieux, les objets et les formes visuelles qui constituent le patrimoine des communautés qu’elle sert. Nous adoptons ici une approche d’histoire culturelle et non confessionnelle : les croyances et les pratiques sont décrites comme objets d’étude, sans jugement de valeur ni intention de promotion. Le judaïsme libéral, dont Judaïsme En Mouvement est aujourd’hui la principale expression française, constitue de ce point de vue un observatoire précieux : il montre comment une tradition ancienne négocie ses formes rituelles, son architecture et son iconographie avec la modernité.
Qui est Delphine Horvilleur ? Les repères d’un parcours atypique
Delphine Horvilleur est née le 8 novembre 1974 à Nancy, dans une famille juive de l’Est de la France. Son itinéraire de formation ne suit aucun des chemins habituels du rabbinat. Elle entreprend d’abord des études de sciences médicales, puis bifurque vers le journalisme et intègre le CELSA, à Paris. Entre 2000 et 2003, elle travaille comme journaliste pour France 2, notamment au bureau de Jérusalem. Cette expérience de terrain, dans une ville où les pierres, les sanctuaires et les images sont eux-mêmes des enjeux politiques, marque durablement sa manière d’aborder les textes. Le passage du reportage à l’exégèse n’a rien d’une rupture : dans les deux cas, il s’agit de lire des récits, d’en interroger les silences et de restituer une complexité.
De l’étude au séminaire : l’ordination de 2008
C’est aux États-Unis qu’elle accomplit sa formation rabbinique, au Hebrew Union College de New York, séminaire historique du judaïsme réformé américain fondé au XIXe siècle. Elle y reçoit sa smikha, l’ordination rabbinique, en mai 2008. Ce détour transatlantique n’a rien d’anecdotique : à cette date, la France ne dispose d’aucun séminaire formant des femmes au rabbinat, et les candidates doivent se tourner vers Londres, où enseigne le Leo Baeck College, ou vers les institutions nord-américaines. Dès son retour, elle rejoint en décembre 2008 le Mouvement juif libéral de France (MJLF) et devient rabbin du centre de Beaugrenelle, dans le quinzième arrondissement de Paris. Elle avait auparavant fondé, en 2003, le Café biblique, un cercle d’étude ouvert conçu comme un espace de lecture partagée des textes.
Responsabilités institutionnelles et reconnaissance publique
Membre du Conseil des rabbins libéraux francophones, Delphine Horvilleur assure également la direction de la rédaction de Tenou’a, revue de pensée juive fondée de longue date et devenue, sous son impulsion éditoriale, un lieu de rencontre entre commentaire rabbinique, sciences humaines et arts visuels. Sa notoriété dépasse largement le cadre communautaire : par décret présidentiel du 27 avril 2012, elle est nommée au Conseil national du sida, devenant ainsi la première femme rabbin à siéger dans cette instance consultative française. Cette double appartenance — autorité religieuse d’un côté, participation au débat public laïque de l’autre — caractérise sa position singulière dans le paysage français, où la fonction rabbinique reste rarement médiatisée hors des cercles concernés.
Repères chronologiques
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| 8 novembre 1974 | Naissance à Nancy | Origine lorraine, région de forte implantation juive ancienne |
| 2000-2003 | Journaliste à France 2, bureau de Jérusalem | Expérience du reportage au Proche-Orient |
| 2003 | Fondation du Café biblique | Cercle d’étude ouvert et interactif |
| Mai 2008 | Ordination (smikha) au Hebrew Union College, New York | Formation dans le judaïsme réformé américain |
| Décembre 2008 | Entrée au MJLF, rabbin du centre de Beaugrenelle | Ancrage dans une synagogue parisienne |
| 27 avril 2012 | Nomination au Conseil national du sida | Première femme rabbin nommée dans cette instance |
| 23 septembre 2019 | Création de Judaïsme En Mouvement | Fusion du MJLF et de l’ULIF |
Judaïsme En Mouvement : un mouvement né d’une réunification
Pour comprendre ce que recouvre la mention « rabbin JEM », il faut remonter à la généalogie institutionnelle du judaïsme libéral français. L’Union libérale israélite de France (ULIF) est fondée en 1907 par le rabbin Louis-Germain Lévy ; elle installe la même année sa synagogue au 24 rue Copernic, dans le seizième arrondissement. Soixante-dix ans plus tard, le 2 juin 1977, une cinquantaine de familles s’en séparent et fondent le Mouvement juif libéral de France, qui construit en 1980 sa propre synagogue et son centre communautaire au 11 rue Gaston-de-Caillavet, dans le quinzième. Les deux communautés cohabiteront pendant plus de quarante ans avant de se rapprocher à nouveau.
Le 23 septembre 2019, environ sept cents membres de l’ULIF-Copernic et du MJLF votent à 89,9 % la création d’une structure commune : Judaïsme En Mouvement. Le nouvel ensemble se donne pour objectif de faire vivre, selon les termes de ses coprésidents, un judaïsme ouvert, égalitaire et moderne. La charte des rabbins du mouvement prévoit l’usage du français aux côtés de l’hébreu pendant les offices ainsi qu’une stricte égalité entre femmes et hommes dans la vie communautaire et religieuse. Delphine Horvilleur, rabbin du MJLF depuis 2008, devient de fait rabbin de JEM — d’où l’intitulé sous lequel on la désigne couramment aujourd’hui.
Deux synagogues, deux esthétiques

La réunion de 2019 a rassemblé sous une même bannière deux lieux de culte que tout distingue architecturalement. La synagogue de Copernic relève d’une esthétique du début du XXe siècle, marquée par la volonté d’inscrire le judaïsme français dans le paysage monumental de la capitale. La synagogue de Beaugrenelle, édifiée en 1980 dans un quartier alors entièrement remodelé par l’urbanisme de dalle, relève au contraire d’un parti architectural contemporain, sobre et fonctionnel. Cette différence n’est pas seulement stylistique : elle traduit deux moments de l’histoire des communautés, deux rapports à la visibilité et deux conceptions de l’espace liturgique.
Il faut rappeler que la synagogue de la rue Copernic porte aussi une mémoire douloureuse : elle fut la cible d’un attentat à l’explosif le 3 octobre 1980, qui fit quatre morts. Cet événement a durablement marqué la relation des communautés juives françaises à leurs lieux de culte, et a des conséquences concrètes jusque dans l’aménagement des accès et le traitement des façades. L’histoire de l’architecture cultuelle ne se lit jamais seulement en termes de styles : elle enregistre aussi les contraintes de sécurité, les campagnes de restauration et les arbitrages budgétaires des communautés propriétaires.
Le rabbinat au féminin : une histoire courte et discontinue
La fonction de femme rabbin, souvent perçue comme récente, possède une histoire déjà longue mais interrompue. Regina Jonas reçoit son ordination à Berlin le 27 décembre 1935 ; elle est généralement considérée comme la première femme rabbin de l’histoire. Déportée, elle meurt à Auschwitz en 1944, et sa mémoire ne sera exhumée que des décennies plus tard, après la réouverture des archives est-allemandes. Il faut attendre les années 1970 pour que le mouvement réformé américain reprenne le fil, puis 1990 pour que Pauline Bebe, formée au Leo Baeck College de Londres entre 1985 et 1990, devienne la première femme rabbin de France. Delphine Horvilleur appartient donc à la troisième génération de cette lignée.
- 1935 — Regina Jonas est ordonnée à Berlin ; son ministère s’exerce en partie dans le ghetto de Theresienstadt.
- 1972 — Le judaïsme réformé américain ordonne des femmes au Hebrew Union College, l’institution où étudiera plus tard Delphine Horvilleur.
- 1990 — Pauline Bebe est ordonnée à la West London Synagogue et devient la première femme rabbin française.
- 2008 — Ordination de Delphine Horvilleur à New York, suivie de son entrée au MJLF.
Cette question a des prolongements directs dans le champ visuel. L’iconographie juive traditionnelle représente rarement les officiants, et lorsqu’elle le fait — dans les haggadot enluminées du Moyen Âge, par exemple — elle met en scène des hommes. L’apparition de femmes revêtues du tallit devant l’arche sainte constitue donc, du point de vue de l’histoire des images, une nouveauté dont la photographie contemporaine et la presse se sont emparées. Les campagnes photographiques menées depuis les années 1990 dans les synagogues libérales européennes documentent ce basculement, et constituent déjà un corpus étudié par les historiens du fait religieux.
Une œuvre écrite : transmission, identité et consolation

Publiée principalement chez Grasset, l’œuvre écrite de Delphine Horvilleur constitue un ensemble cohérent, où la lecture serrée des sources rabbiniques sert de point d’appui à une réflexion sur des questions contemporaines. En tenue d’Ève : féminin, pudeur et judaïsme paraît en 2013 et interroge la manière dont la tradition a construit le regard porté sur le corps des femmes. Comment les rabbins font des enfants : sexe, transmission et identité dans le judaïsme suit en 2015. En 2019, Réflexions sur la question antisémite propose une analyse des mécanismes du rejet, dans un titre qui dialogue explicitement avec l’essai de Jean-Paul Sartre publié en 1946.
C’est toutefois Vivre avec nos morts : petit traité de consolation, paru en 2021, qui lui a valu son plus large lectorat. Le livre tresse trois fils : le récit d’existences interrompues, la manière dont les textes de la tradition donnent sens à la mort, et l’évocation d’une blessure intime. Il s’adresse à un public qui dépasse très largement les communautés juives, et a été lu dans des milieux laïques comme dans d’autres traditions religieuses. En 2022, Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité prolonge cette réflexion sur le terrain littéraire, en revenant sur l’affaire Émile Ajar et sur les usages contemporains de la notion d’identité.
« Ce n’est pas à toi qu’il revient d’achever l’ouvrage, mais tu n’es pas libre de t’y soustraire. »
Pirké Avot, 2, 16 — parole attribuée à Rabbi Tarfon, emblématique de l’éthique de la transmission dans la tradition rabbinique.
Tenou’a : quand une revue juive s’ouvre à l’art contemporain
La direction de la rédaction de Tenou’a constitue sans doute le versant le plus directement lié aux arts de l’activité de Delphine Horvilleur. La revue associe à chaque dossier thématique des contributions d’artistes, de photographes et d’illustrateurs, selon un principe éditorial qui refuse la simple décoration : l’image y fonctionne comme un commentaire à part entière du texte, au même titre qu’une glose. Cette démarche s’inscrit dans une histoire longue, celle du rapport ambivalent du judaïsme à la représentation figurée. Le deuxième commandement du Décalogue proscrit la fabrication d’images taillées, ce qui a orienté l’art juif vers l’ornement, la calligraphie, le travail du métal et du textile davantage que vers la statuaire.
Cette lecture mérite pourtant d’être nuancée. Les fouilles de Doura-Europos, en Syrie, ont mis au jour dans les années 1930 les peintures murales d’une synagogue du IIIe siècle couvertes de scènes bibliques figurées, bouleversant l’idée d’un aniconïsme absolu. De même, les manuscrits hébreux enluminés produits en Espagne, en Allemagne et en Italie entre le XIIIe et le XVe siècle multiplient les figures humaines, parfois à tête d’oiseau pour contourner l’interdit. L’histoire de l’art religieux juif est donc faite de régimes visuels successifs, plus souples que ne le laisse croire une lecture littérale des textes.
Ce que le rite libéral change dans l’espace de la synagogue

Les choix liturgiques du judaïsme libéral ont des conséquences architecturales tangibles. La suppression de la séparation entre hommes et femmes rend inutile la galerie surélevée, ou ezrat nachim, qui structurait le volume intérieur des synagogues traditionnelles. L’espace devient unitaire, souvent orienté selon un plan centré ou en éventail favorisant la visibilité depuis toutes les places. L’estrade de lecture, la bima, se rapproche fréquemment de l’arche sainte au lieu d’occuper le centre de la nef. Ces déplacements de mobilier, apparemment techniques, dessinent en réalité une autre expérience du rituel et modifient la hiérarchie visuelle de l’édifice.
Objets et symboles : un vocabulaire à connaître
| Objet ou élément | Nom hébreu | Fonction | Traitement artistique courant |
|---|---|---|---|
| Arche sainte | Aron ha-kodesh | Armoire abritant les rouleaux de la Torah | Menuiserie sculptée, marqueterie, portes de bronze, rideau brodé (parokhet) |
| Rouleau de la Loi | Sefer Torah | Parchemin manuscrit lu à l’office | Manteau de velours brodé, couronnes et grenades d’argent (rimonim) |
| Main de lecture | Yad | Suivre le texte sans toucher le parchemin | Orfèvrerie, argent ciselé, parfois ivoire ou bois précieux |
| Lampe perpétuelle | Ner tamid | Brûle en permanence devant l’arche | Lustrerie, verre coloré, laiton, créations contemporaines |
| Chandelier à sept branches | Menora | Symbole hérité du Temple de Jérusalem | Bronze, argent, pierre sculptée, motif de vitrail |
| Châle de prière | Tallit | Revêtu pour l’office du matin | Laine ou soie, bandes tissées, col brodé (atara) |
Le mobilier de la synagogue moderne fait aujourd’hui l’objet de commandes à des artistes contemporains, dans une logique comparable à celle qui a conduit les commanditaires catholiques à solliciter des créateurs pour les vitraux et le mobilier liturgique après 1945. Marc Chagall, dont les vitraux conçus pour la synagogue du centre médical Hadassah, à Jérusalem, ont été présentés à Paris avant leur installation en 1962, illustre bien cette porosité entre commande cultuelle juive et scène artistique internationale. Les douze verrières, consacrées aux douze tribus d’Israël, résolvent l’interdit de la figure humaine par un bestiaire et un répertoire floral d’une grande liberté chromatique.
Une voix dans le débat public français
La singularité de Delphine Horvilleur tient aussi à sa présence régulière dans les médias généralistes, où elle intervient sur des questions qui débordent le cadre strictement religieux : place des femmes, mécanismes de l’antisémitisme, deuil, laicité, transmission. Cette exposition suscite des lectures contrastées. Elle est perçue par une partie du public comme une passeuse capable de rendre accessibles des textes réputés difficiles ; d’autres voix, au sein même des institutions juives, contestent la représentativité d’une parole issue du courant libéral, minoritaire en France par rapport au courant consistorial. Ce débat interne, récurrent dans l’histoire du judaïsme français depuis le XIXe siècle, n’a rien d’exceptionnel et se retrouve, sous d’autres formes, dans la plupart des traditions religieuses européennes.
Du point de vue qui nous occupe, celui de l’art et du patrimoine, cette visibilité produit un effet concret : elle contribue à faire entrer les lieux de culte juifs dans la conversation culturelle générale. Les Journées européennes du patrimoine, les expositions consacrées aux manuscrits hébreux ou à l’orfèvrerie liturgique, les visites organisées dans les synagogues parisiennes touchent aujourd’hui un public bien plus large que les seuls fidèles. Vous pouvez d’ailleurs prolonger cette lecture par nos articles consacrés aux rabbins de Judaïsme En Mouvement et à l’histoire de Salomon et du Temple de Jérusalem, matrice symbolique de toute l’architecture synagogale ultérieure.
Le saviez-vous ? Le nom de la revue dirigée par Delphine Horvilleur, Tenou’a, signifie en hébreu « mouvement ». Le mot désigne aussi, en grammaire hébraïque, les signes de vocalisation qui font « bouger » les consonnes et rendent le texte prononcable. Un texte hébreu sans tenou’ot reste ouvert à plusieurs lectures : c’est précisément ce jeu d’indétermination que la tradition rabbinique exploite depuis des siècles pour multiplier les interprétations d’un même verset. Le choix de ce titre condense ainsi tout un programme herméneutique.
Patrimoine cultuel : ce qu’il faut savoir avant toute intervention
Plusieurs synagogues françaises bénéficient d’une protection au titre des Monuments historiques, par classement ou par inscription. Dès lors qu’un édifice est protégé, ou simplement situé dans les abords d’un monument protégé, tout projet de travaux — ravalement, remplacement de vitraux, réaménagement intérieur, installation de dispositifs de sécurité — relève d’une autorisation spécifique et de l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France. La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) instruit les dossiers et accompagne les maîtres d’ouvrage. Des dispositifs de financement existent, notamment via la Fondation du patrimoine pour les édifices non protégés mais présentant un intérêt architectural avéré.
- Avant tout projet : vérifier le statut de protection de l’édifice auprès de la DRAC compétente.
- Objets mobiliers : les rouleaux, l’orfèvrerie et les textiles peuvent être protégés indépendamment de l’immeuble ; leur restauration relève de restaurateurs spécialisés.
- Conservation préventive : hygrométrie, éclairage et manipulation des parchemins obligent à des protocoles précis.
- Documentation : photographier et inventorier avant intervention reste la règle élémentaire de toute opération patrimoniale.
Ces éléments sont donnés à titre informatif. Ils ne remplacent en aucun cas l’avis d’un professionnel qualifié — conservateur, restaurateur d’art agréé, architecte du patrimoine ou service instructeur — dont la consultation est indispensable dès qu’un projet concret est envisagé sur un édifice ou un objet cultuel.
Questions fréquentes
Que signifie exactement « rabbin JEM » ?
L’acronyme désigne Judaïsme En Mouvement, organisation créée le 23 septembre 2019 par la fusion du Mouvement juif libéral de France et de l’Union libérale israélite de France. Un rabbin JEM exerce donc son ministère dans le cadre du courant libéral français, distinct du Consistoire central israélite de France qui relève du courant orthodoxe. La charte des rabbins de JEM prévoit notamment l’égalité stricte entre femmes et hommes et l’usage du français aux côtés de l’hébreu durant les offices.
Une femme peut-elle être rabbin dans tous les courants du judaïsme ?
Non. L’ordination des femmes est pratiquée par les courants libéral, réformé, reconstructionniste et massorti. Les courants orthodoxes, majoritaires dans l’organisation cultuelle française, ne l’admettent pas, même si certains ont développé des fonctions d’enseignement et de conseil ouvertes aux femmes sous d’autres titres. Cette diversité de positions reflète des lectures divergentes des sources halakhiques et non une simple différence de sensibilité.
Où exerce Delphine Horvilleur ?
Elle est rabbin du centre de Beaugrenelle, dans le quinzième arrondissement de Paris, depuis 2008, ce lieu étant aujourd’hui intégré à Judaïsme En Mouvement. Elle dirige par ailleurs la rédaction de la revue Tenou’a.
Par quel livre commencer pour découvrir son travail ?
Vivre avec nos morts (2021) est le plus accessible et le plus largement diffusé. Les lecteurs intéressés par les questions de genre préféreront En tenue d’Ève (2013) ; ceux que retiennent les mécanismes du rejet se tourneront vers Réflexions sur la question antisémite (2019).
Le judaïsme interdit-il vraiment les images ?
La formulation est trop absolue. Le deuxième commandement vise les images de culte destinées à être adorées. Dans les faits, les synagogues antiques de Doura-Europos ou de Beth Alpha, les manuscrits enluminés médiévaux et les vitraux contemporains attestent d’une tradition figurative réelle, variable selon les époques et les aires géographiques.
Retenir l’essentiel
Delphine Horvilleur incarne une configuration inédite dans le paysage religieux français : celle d’une autorité rabbinique féminine, formée aux États-Unis, installée dans une communauté libérale parisienne et lue bien au-delà de son périmètre confessionnel. Son parcours éclaire, presque par ricochet, l’histoire matérielle du judaïsme français : la synagogue de 1907 rue Copernic et celle de 1980 à Beaugrenelle, réunies en 2019 sous une même bannière, racontent à elles seules un siècle de négociation entre héritage et modernité. Pour l’amateur d’art sacré, il y a là matière à observation : l’architecture, le mobilier liturgique et l’orfèvrerie enregistrent, avec une précision que les textes n’ont pas toujours, les déplacements d’une tradition vivante.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.

