Le mot revient sans cesse dans les livres d’histoire de l’art, souvent en note de bas de page, comme s’il allait de soi : « après le concile de Trente », « conformément à Nicée II », « depuis Vatican II ». Pourtant, si l’on vous demandait de but en blanc qu’est-ce qu’un concile, la réponse ne viendrait peut-être pas si facilement. Une réunion de cardinaux ? Une élection ? Un synode ? Ce flou est dommage, car le concile est probablement l’institution chrétienne qui a le plus directement façonné ce que nous voyons aujourd’hui dans les églises : la présence ou l’absence d’images, la place de l’autel, le sujet des retables, la manière dont un saint est représenté, jusqu’à la couleur des murs. Comprendre le mécanisme conciliaire, c’est se donner une clé de lecture puissante pour l’art sacré occidental et oriental. Nous vous proposons donc de reprendre les choses depuis le début : la définition, les grandes étapes, et surtout les trois conciles qui ont chacun redistribué les cartes de la création artistique.
Un concile, qu’est-ce que c’est exactement ?
Un concile est une assemblée délibérative d’évêques, convoquée pour statuer collectivement sur des questions de doctrine, de discipline ou de gouvernement de l’Église. Le terme vient du latin concilium, « assemblée », « réunion convoquée » ; le grec ecclésiastique lui préfère synodos, littéralement « le chemin parcouru ensemble », d’où le mot français « synode ». Les deux vocables ont longtemps été interchangeables, et ils le restent en partie dans les Églises orthodoxes. Le principe est ancien : dès le récit des Actes des Apôtres, la tradition chrétienne place à Jérusalem, vers l’an 50, une réunion des apôtres et des anciens destinée à trancher la question de l’admission des non-juifs. Que l’on considère cet épisode comme historique ou comme récit fondateur, il installe durablement l’idée qu’une difficulté sérieuse se règle en assemblée, par la délibération et non par la seule autorité d’un individu.
La force du concile tient à cette logique collégiale. Les évêques réunis discutent, s’affrontent parfois violemment, puis votent des textes de deux natures distinctes qu’il est utile de ne pas confondre. Les canons sont des règles disciplinaires, souvent assorties de sanctions ; ils organisent la vie concrète des communautés. Les définitions ou constitutions dogmatiques, elles, énoncent ce que l’Église tient pour vrai en matière de foi. C’est cette seconde catégorie qui produit les effets les plus profonds sur l’art, parce qu’elle fixe ce qu’il est licite de représenter, et parfois comment. Pour aller plus loin sur cette notion de vérité définie et de son autorité, notre article consacré à la question « Qu’est-ce qu’un dogme ? » détaille les mécanismes en jeu.
Œcuménique, plénier, provincial : tous les conciles ne se valent pas
Toutes les assemblées épiscopales n’ont pas la même portée, et la nuance compte. Un concile œcuménique (du grec oikoumenê, « la terre habitée ») réunit en principe l’épiscopat du monde entier et engage l’Église universelle ; l’Église catholique en reconnaît vingt et un, de Nicée en 325 à Vatican II en 1965. Les Églises orthodoxes n’en retiennent que les sept premiers, ceux du premier millénaire, tandis que certaines Églises orientales s’arrêtent plus tôt encore : cette divergence de comptage est en elle-même un résumé de l’histoire des schismes. En dessous se situent les conciles pléniers ou nationaux, qui rassemblent les évêques d’un pays ou d’une vaste région, et les conciles provinciaux, limités à une province ecclésiastique autour de son archevêque métropolitain. Ces derniers, beaucoup plus nombreux et beaucoup moins connus, ont eu un impact considérable sur l’art local : ce sont eux qui, dans le détail, ont imposé la clôture d’un chœur, la suppression d’un jubé ou la mise en conformité d’un tableau d’autel.
Il faut enfin distinguer le concile du conclave, avec lequel il est régulièrement confondu. Le conclave est l’assemblée des cardinaux enfermés pour élire un pape ; il ne légifère pas, il élit. Le concile, lui, ne choisit pas de personne : il produit du texte. Sa convocation relève, dans l’Église catholique, du pape, qui le préside directement ou par légats et qui doit en ratifier les décisions pour leur donner force de loi. Cette articulation entre l’assemblée et le pontife a d’ailleurs elle-même fait l’objet de débats conciliaires enflammés, notamment au XVe siècle avec le courant conciliariste, qui affirmait la supériorité du concile sur le pape. La question a été tranchée en sens inverse, mais elle éclaire un point souvent négligé : un concile est aussi, toujours, un événement politique.
Vingt et un conciles œcuméniques : les repères à retenir
Voici les principales assemblées universelles, avec ce qu’elles ont produit et, quand cela s’applique, la trace qu’elles ont laissée dans la création artistique. La liste n’est pas exhaustive dans le détail, mais elle donne l’ossature chronologique indispensable pour situer une œuvre.
| Concile | Date | Enjeu principal | Conséquence pour l’art sacré |
|---|---|---|---|
| Nicée I | 325 | Divinité du Christ, symbole de Nicée | Fixation d’une figure du Christ consubstantiel au Père |
| Constantinople I | 381 | Divinité de l’Esprit, achèvement du Credo | Iconographie trinitaire, colombe et main divine |
| Éphèse | 431 | Marie proclamée Theotokos, Mère de Dieu | Essor massif de l’image mariale, Vierge à l’Enfant |
| Chalcédoine | 451 | Deux natures du Christ en une personne | Un Christ pleinement homme, donc représentable |
| Nicée II | 787 | Légitimité de la vénération des images | Fondement théologique de l’icône, sortie de l’iconoclasme |
| Latran IV | 1215 | Transsubstantiation, confession annuelle | Ostensoirs, tabernacles, iconographie eucharistique |
| Trente | 1545-1563 | Réponse à la Réforme protestante | Codification de l’image sainte, art de la Contre-Réforme |
| Vatican I | 1869-1870 | Infaillibilité pontificale | Portraits papaux, renouveau néogothique et néoroman |
| Vatican II | 1962-1965 | Réforme liturgique et rapport au monde | Autel face au peuple, dépouillement, art contemporain |
Un détail mérite d’être signalé : la répartition chronologique est extrêmement inégale. Les huit premiers conciles se tiennent tous en Orient, entre le IVe et le IXe siècle, dans le monde grec et sous l’autorité impériale byzantine. Les treize suivants sont occidentaux et latins, convoqués par la papauté. Ce basculement géographique dit à lui seul le déplacement du centre de gravité du christianisme, et il explique pourquoi les traditions figuratives byzantine et latine ont divergé aussi nettement à partir du XIe siècle.
Nicée II (787) : le concile qui a sauvé l’image
Si un seul concile devait figurer au panthéon des historiens de l’art, ce serait celui-là. Au VIIIe siècle, l’Empire byzantin s’est déchiré pendant plus d’un siècle autour d’une question apparemment simple : peut-on représenter le divin ? En 726, l’empereur Léon III engage une politique hostile aux images, et la crise iconoclaste qui s’ensuit ne se contente pas d’être un débat d’idées. Elle se traduit par des destructions massives : mosaïques martelées, panneaux brûlés, décors remplacés par de simples croix ou par des motifs végétaux. Le patrimoine figuré antérieur au VIIIe siècle a été à ce point laminé que les icônes conservées au monastère Sainte-Catherine du Sinaï, épargné parce que situé hors de portée du pouvoir impérial, constituent aujourd’hui un témoignage presque unique.
Le deuxième concile de Nicée, septième concile œcuménique, se réunit en 787 dans la ville d’Iznik, en Bithynie, à l’initiative de l’impératrice Irène. Sa septième et dernière session, le 13 octobre 787, promulgue le horos, la définition doctrinale qui rétablit la légitimité des images. L’argumentation est remarquablement charpentée et repose sur deux piliers. Le premier est christologique : puisque le Verbe s’est fait chair, puisque Dieu a pris un visage humain circonscrit dans l’espace, refuser de représenter ce visage revient à nier l’Incarnation elle-même. Le second est terminologique, et c’est lui qui a permis le compromis : le concile distingue la latreia, l’adoration due à Dieu seul, de la timêtikê proskynêsis, la vénération relative que l’on peut adresser aux icônes comme on la rend déjà à la Croix, au livre des Évangiles ou aux reliques, par l’encens et les cierges. L’honneur rendu à l’image, précise le texte, remonte au modèle qu’elle représente.
L’honneur rendu à l’image passe à celui qui y est représenté : celui qui vénère l’icône vénère la personne qui s’y trouve inscrite.
Les effets de cette décision se lisent immédiatement dans l’art byzantin d’après 843, date du rétablissement définitif du culte des images célébré chaque année sous le nom de « Triomphe de l’Orthodoxie ». Un programme iconographique se stabilise : le Christ Pantocrator occupe la coupole, la Vierge en majesté l’abside, les fêtes liturgiques se déploient sur les voûtes selon un ordre codifié. L’icône cesse d’être un objet de dévotion privée toléré pour devenir un élément constitutif de l’édifice et de la liturgie. Cette normalisation explique la remarquable stabilité formelle de l’art orthodoxe pendant plus d’un millénaire, là où l’Occident allait connaître des ruptures stylistiques successives. Pour approfondir le premier des conciles de cette ville, nous vous renvoyons à notre article sur le concile de Nicée, qui en éclaire le contexte impérial.

Le concile de Trente (1545-1563) : quand l’art devient une arme
Huit siècles plus tard, l’Europe occidentale traverse une crise comparable. La Réforme protestante conteste le culte des saints, l’usage des reliques et la présence d’images dans les lieux de culte ; dans les Pays-Bas, en Suisse et en Angleterre, des vagues iconoclastes vident les églises de leur statuaire et badigeonnent les peintures murales. Face à cette contestation, l’Église catholique convoque un concile à Trente, ville alors impériale située à la charnière des mondes germanique et italien. Il se tient en trois périodes échelonnées sur dix-huit ans, de 1545 à 1563, interrompues par les guerres et les épidémies.
La question des images n’arrive qu’à la toute fin, lors de la vingt-cinquième session, les 3 et 4 décembre 1563, sous le pontificat de Pie IV. Le décret « De l’invocation, de la vénération et des reliques des saints, et des saintes images » est adopté dans l’urgence, à la demande insistante des évêques français. Son contenu est double. D’un côté, il réaffirme sans ambiguïté la légitimité des images et leur fonction pédagogique : elles instruisent les fidèles, entretiennent la mémoire des mystères et suscitent la dévotion. De l’autre, il impose un contrôle. Toute nouveauté iconographique inhabituelle doit être approuvée par l’évêque, la nudité et la « beauté provocante » sont proscrites, les représentations superstitieuses ou historiquement douteuses doivent disparaître. Le concile confie ainsi à l’ordinaire du lieu une véritable magistrature esthétique.
Les conséquences concrètes sont immenses et parfois brutales. C’est dans ce sillage que les « braies » sont peintes sur les nus du Jugement dernier de Michel-Ange à la chapelle Sixtine. C’est aussi dans ce sillage que naissent les grands traités normatifs, à commencer par les Instructions sur la construction et le mobilier des églises publiées en 1577 par l’archevêque de Milan, dont l’action réformatrice constitue le prolongement le plus systématique du concile ; notre portrait de saint Charles Borromée revient en détail sur cette entreprise. Mais Trente ne produit pas seulement de la censure : il libère une énergie visuelle inédite. Le besoin de convaincre, d’émouvoir et de rallier engendre le baroque, avec ses martyres théâtralisés, ses extases, ses trompe-l’œil de coupoles ouvertes sur le ciel et ses autels-machines. L’art devient un instrument de reconquête.

| Critère | Avant le concile de Trente | Après le concile de Trente |
|---|---|---|
| Contrôle des sujets | Commanditaire et artiste largement libres | Approbation épiscopale requise pour toute nouveauté |
| Nudité | Fréquente, héritée du répertoire antique | Bannie ou recouverte dans les lieux de culte |
| Sources | Légendes dorées, apocryphes, traditions locales | Retour exigé aux Écritures et aux sources sûres |
| Registre émotionnel | Contemplation, hiératisme, distance | Pathos, mouvement, adresse directe au fidèle |
| Espace de l’église | Jubé séparant chœur et nef | Suppression fréquente du jubé, autel rendu visible |
| Thèmes privilégiés | Cycles narratifs, donateurs en évidence | Eucharistie, martyres, extases, Immaculée Conception |
Vatican II (1962-1965) : le grand dépouillement
Le vingt et unième concile œcuménique s’ouvre le 11 octobre 1962 sous Jean XXIII et s’achève le 8 décembre 1965 sous Paul VI. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne se réunit pas pour condamner une hérésie : il entend actualiser le rapport de l’Église au monde contemporain. Le premier texte promulgué, le 4 décembre 1963, est précisément celui qui concerne le plus directement l’art : la constitution Sacrosanctum concilium sur la sainte liturgie. Son chapitre VII, articles 122 à 130, traite de l’art sacré et du mobilier liturgique.
La tonalité y est frappante par sa modération. Le texte affirme que l’Église n’a jamais tenu un style pour sien propre et qu’elle admet les formes de toutes les époques, y compris celles de notre temps. Il demande que l’on veille à la « noble beauté » plutôt qu’à la seule somptuosité, invite les évêques à constituer des commissions diocésaines d’art sacré, prescrit une formation artistique dans les séminaires et recommande de modérer le nombre des statues afin qu’elles n’entretiennent pas une dévotion désordonnée. Rien, dans ces lignes, n’ordonne le dépouillement radical que l’on a parfois observé ensuite. Les transformations les plus visibles, l’autel avancé face à l’assemblée, la suppression de la table de communion, la simplification du décor, résultent surtout des instructions d’application postérieures et d’interprétations locales très variables.
Le bilan patrimonial de ces réaménagements reste discuté. Certains ont été conduits avec intelligence, en confiant à des artistes majeurs le soin de créer un mobilier nouveau ; d’autres ont entraîné la disparition d’ensembles cohérents du XIXe siècle, alors peu estimés, et que l’on redécouvre aujourd’hui. Comprendre l’organisation qui a rendu ces décisions possibles suppose de connaître la structure ecclésiale, que nous détaillons dans notre article sur la hiérarchie de l’Église catholique.
Le saviez-vous ?
Le concile de Trente a fait naître un métier. Pour appliquer le décret de 1563, les évêques se sont trouvés démunis : comment juger si un tableau est conforme ? Sont alors apparus des théologiens spécialisés dans l’examen des images, chargés de contrôler les esquisses avant exécution et de rédiger des programmes iconographiques détaillés à l’intention des peintres. Le peintre et théoricien espagnol Francisco Pacheco, beau-père et maître de Vélasquez, occupa officiellement cette fonction de censeur des images sacrées pour l’Inquisition de Séville à partir de 1618. Son traité Arte de la pintura, publié en 1649, fixe par exemple les règles de représentation de l’Immaculée Conception : jeune femme de douze ou treize ans, vêtue de blanc et de bleu, couronnée d’étoiles, la lune sous les pieds. Ces prescriptions se retrouvent presque à l’identique chez Murillo ou Zurbarán. Autrement dit, une bonne partie de l’iconographie espagnole du Siècle d’or découle directement d’un décret conciliaire vieux de cinquante ans.
Reconnaître la marque d’un concile dans une œuvre
Face à une peinture, une statue ou un aménagement d’église, quelques indices permettent souvent de deviner le contexte conciliaire dans lequel l’œuvre s’inscrit. Ces repères ne remplacent évidemment pas une expertise, mais ils aiguisent le regard.
- Une Vierge trônant frontalement, l’Enfant bénissant sur ses genoux : formule mariale d’origine byzantine dont l’autorisation doctrinale remonte à Éphèse (431) et dont la légitimité figurée est garantie par Nicée II (787).
- Un ostensoir rayonnant au centre d’un retable, ou une exposition du Saint-Sacrement mise en scène : signature de la théologie eucharistique affirmée à Latran IV (1215) puis réaffirmée avec force contre les protestants à Trente.
- Un martyre spectaculaire, corps en torsion, lumière violente, regard tourné vers le ciel : rhétorique visuelle typiquement post-tridentine, conçue pour émouvoir plus que pour instruire.
- Un chœur dégagé, sans jubé, offrant une vue directe sur le maître-autel depuis la nef : trace probable d’un chantier de mise en conformité mené entre la fin du XVIe et le XVIIIe siècle.
- Un autel de pierre isolé, avancé dans la croisée, entouré de sièges tournés vers lui : réaménagement post-conciliaire des années 1965-1980, souvent superposé à un dispositif antérieur encore lisible.
- Des murs blanchis laissant deviner des fantômes de peintures murales : indice fréquent d’un badigeon iconoclaste protestant, ou d’une campagne d’assainissement du XIXe siècle.

Conciles, patrimoine et conservation : les bons réflexes
Les décisions conciliaires ne sont pas seulement de l’histoire ancienne : elles continuent d’agir sur des édifices bien vivants, dont beaucoup sont protégés au titre des monuments historiques. En France, environ 45 000 édifices religieux sont propriété des communes depuis la loi de séparation de 1905, et plusieurs milliers d’entre eux bénéficient d’un classement ou d’une inscription. Toute intervention sur un tel édifice, y compris un réaménagement liturgique motivé par des considérations pastorales, relève d’un cadre réglementaire précis.
Concrètement, un projet touchant un immeuble classé ou inscrit, ou situé dans les abords d’un monument historique, requiert l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), qui intervient au sein de l’unité départementale de l’architecture et du patrimoine. Les travaux sur un édifice classé sont soumis à autorisation de l’État et suivis par la conservation régionale des monuments historiques de la DRAC. Le mobilier lui-même peut être protégé indépendamment du bâtiment : un retable, une statue ou un ensemble de vitraux classés au titre objet ne peuvent être déplacés, restaurés ni aliénés sans autorisation. Côté financement, la Fondation du patrimoine constitue un partenaire fréquent des communes rurales, notamment par le biais de souscriptions publiques et du loto du patrimoine, aux côtés des aides de l’État, des régions et des départements.
Un mot de prudence s’impose. Cet article est informatif et ne saurait tenir lieu d’avis professionnel. Devant une œuvre ou un édifice en difficulté, l’interlocuteur pertinent est un spécialiste qualifié : conservateur des antiquités et objets d’art du département, restaurateur du patrimoine habilité, architecte du patrimoine ou service de la DRAC selon la nature du problème. Une intervention bien intentionnée mais non encadrée peut causer des dommages irréversibles, et les exemples de restaurations malheureuses ne manquent pas.
Questions fréquentes sur les conciles
Combien y a-t-il eu de conciles œcuméniques ?
L’Église catholique en reconnaît vingt et un, de Nicée I en 325 à Vatican II clos en 1965. Les Églises orthodoxes n’en admettent que sept, tous antérieurs au schisme de 1054. Les Églises orientales dites préchalcédoniennes s’arrêtent à Éphèse (431), et l’Église assyrienne de l’Orient aux deux premiers seulement. Ce désaccord de comptage n’est pas anecdotique : il matérialise les grandes divisions du christianisme et explique pourquoi les traditions iconographiques de ces Églises ont suivi des chemins distincts.
Qui peut convoquer un concile ?
Dans l’Église catholique actuelle, la convocation, la présidence, le transfert, la suspension et la dissolution d’un concile œcuménique relèvent du pape, qui doit également en approuver les décrets. Historiquement, les choses furent plus complexes : les huit premiers conciles ont été convoqués par les empereurs romains d’Orient, de Constantin à Basile Ier, l’autorité impériale assurant la logistique et l’exécution des décisions. Le passage à une convocation strictement pontificale accompagne l’affirmation de la papauté médiévale.
Un concile peut-il contredire un concile antérieur ?
Sur le plan disciplinaire, oui, sans difficulté : les règles se modifient au gré des circonstances. Sur le plan dogmatique, la position officielle est qu’un concile ne peut que préciser, approfondir ou reformuler ce qui a déjà été défini, jamais l’infirmer. C’est la notion de développement homogène de la doctrine. Dans les faits, l’histoire montre des inflexions notables, en particulier entre le ton de Vatican I et celui de Vatican II sur le rapport aux autres confessions et à la liberté religieuse, ce qui a nourri des débats théologiques toujours actifs.
Quelle différence entre un concile et un synode ?
Étymologiquement aucune, les deux mots désignant une assemblée. Dans l’usage catholique contemporain, « concile » est réservé aux assemblées d’évêques dotées d’un pouvoir délibératif, tandis que « synode » désigne le plus souvent le Synode des évêques institué en 1965, organe consultatif qui se réunit périodiquement auprès du pape, ou encore les synodes diocésains. Dans le monde orthodoxe, en revanche, « synode » reste le terme normal pour l’organe de gouvernement collégial d’une Église autocéphale.
Les conciles ont-ils encore un effet sur l’art aujourd’hui ?
Indirectement, oui. Les commissions diocésaines d’art sacré prescrites par Sacrosanctum concilium continuent d’examiner les projets de construction, de réaménagement et de commande artistique. Les principes posés en 1963, noble beauté plutôt que somptuosité, ouverture aux formes contemporaines, adaptation à l’action liturgique, restent le cadre de référence des créations actuelles, qu’il s’agisse des vitraux confiés à des artistes contemporains dans des édifices anciens ou de la conception d’églises neuves.
Ce qu’il faut retenir
Le concile n’est donc pas un simple épisode institutionnel : c’est le mécanisme par lequel le christianisme se donne des règles collectives, et ces règles se sont matérialisées dans la pierre, le bois, la couleur et le verre. Nicée II a rendu l’image légitime en l’arrimant au mystère de l’Incarnation, sauvant une tradition figurative qui aurait pu disparaître. Trente a repris cette image en main, l’a encadrée, puis l’a relancée avec une force émotionnelle inédite qui a donné le baroque. Vatican II a déplacé le centre de gravité de l’ornement vers l’assemblée, avec des résultats inégaux mais une intention cohérente. À chaque fois, une assemblée d’hommes délibérant pendant des semaines ou des années a modifié durablement ce que des millions de personnes allaient voir en poussant la porte d’une église. La prochaine fois que vous vous arrêterez devant un retable ou sous une coupole peinte, vous saurez qu’un texte, quelque part, y est probablement pour quelque chose.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.

