Saint Richard de Chichester : histoire, châsse disparue et iconographie

Dans l’Angleterre du XIIIe siècle, peu de sanctuaires ont brillé autant que celui de saint Richard de Chichester. Derrière le maître-autel de la cathédrale du Sussex, une châsse d’argent doré incrustée de pierres attirait des foules de pèlerins, rivalisant presque avec le tombeau de Thomas Becket à Cantorbéry. Il n’en reste aujourd’hui plus rien : l’orfèvrerie a été fondue, les reliques dispersées, la mémoire visuelle du saint réduite à quelques images tardives. Étudier saint Richard, c’est donc mener une double enquête : celle d’une biographie médiévale solidement documentée, et celle d’un patrimoine artistique effacé que l’on ne connaît plus que par les inventaires, les fragments et les restitutions modernes. Cet article retrace cette histoire, décrypte l’iconographie du saint et vous emmène dans une cathédrale devenue, au XXe siècle, l’un des laboratoires les plus audacieux de l’art sacré britannique.

Nef gothique d’une cathédrale anglaise aux arcades massives, évoquant l’architecture des grands sanctuaires de pèlerinage médiévaux
Nef gothique anglaise : le type d’édifice où s’organisait la circulation des pèlerins vers la châsse. Photo : Michael D Beckwith / Pexels

Qui était saint Richard de Chichester ?

Richard de Wych, plus connu sous le nom de Richard de Chichester, naît vers 1197 à Wyche, un hameau situé à une douzaine de kilomètres de Worcester, dans les Midlands anglais. La tradition hagiographique insiste sur un épisode fondateur : orphelin de bonne heure, le jeune Richard aurait renoncé à ses études pour redresser le domaine familial ruiné, poussant lui-même la charrue dans les champs de son frère aîné. L’anecdote n’est pas anodine pour l’historien de l’art : elle fournira, des siècles plus tard, l’un des rares motifs narratifs permettant de le représenter autrement qu’en évêque générique. Une fois l’exploitation remise à flot, il refuse le mariage avantageux qu’on lui propose, cède ses droits à son frère et reprend le chemin des écoles. Ce renoncement volontaire à la terre pour les livres structure toute la lecture que le Moyen Âge tardif fera de sa figure.

Oxford, Paris, Bologne : la formation d’un juriste

Richard fréquente successivement les trois pôles universitaires majeurs de son temps. Il étudie les arts libéraux à Oxford, passe par Paris, puis se forme au droit canonique à Bologne, où il demeure plusieurs années. Ce parcours fait de lui un canoniste accompli, profil alors très recherché par les chapitres cathédraux comme par les cours épiscopales. De retour en Angleterre, il devient chancelier de l’université d’Oxford vers 1235, charge qui suppose autant une autorité juridique qu’une capacité de médiation. Il entre ensuite au service d’Edmond d’Abingdon, archevêque de Cantorbéry, dont il devient le chancelier et qu’il suit jusque dans son exil français, à l’abbaye de Pontigny en Bourgogne. Après la mort d’Edmond en 1240, Richard étudie la théologie chez les dominicains d’Orléans et y reçoit l’ordination sacerdotale. Cette étape continentale explique en partie la circulation ultérieure de son culte hors d’Angleterre.

Un épiscopat contesté (1245-1253)

Élu évêque de Chichester en 1244 par le chapitre, Richard se heurte immédiatement au roi Henri III, qui soutenait un autre candidat et refuse de lui remettre les biens temporels du diocèse. L’affaire remonte à Rome : le pape Innocent IV tranche en sa faveur et le consacre lui-même à Lyon en 1245. Pendant près de deux ans, l’évêque exerce pourtant sa charge sans palais ni revenus, logé chez un prêtre de Tarring et parcourant son diocèse à pied. Ce dénuement imposé nourrira plus tard une image de pasteur pauvre et accessible, très efficace dans la propagande visuelle du culte. Une fois rétabli dans ses droits, il conduit un épiscopat réformateur : statuts synodaux précis sur la tenue des clercs et l’administration des sacrements, lutte contre le népotisme, attention aux pauvres. Il meurt à Douvres le 3 avril 1253, alors qu’il prêchait la croisade à la demande du pape.

Du tombeau à la châsse : la fabrique d’un pèlerinage

Le corps de Richard est ramené à Chichester et inhumé dans la nef, près de l’autel dédié à Edmond d’Abingdon, son ancien maître. Très vite, des guérisons sont rapportées sur sa tombe. Le chapitre, conscient de l’enjeu, engage une procédure de canonisation fondée sur des enquêtes de miracles menées selon les procédures romaines alors en cours de formalisation. Le pape Urbain IV inscrit Richard au catalogue des saints en 1262, neuf ans seulement après sa mort : une rapidité remarquable qui témoigne de la solidité du dossier et de l’appui de l’épiscopat anglais. À partir de là, la cathédrale dispose d’un atout considérable. Un saint canonisé justifie un sanctuaire monumental, lequel appelle des travaux, des offrandes et une réorganisation complète de la circulation intérieure de l’édifice.

1276 : la translation et la châsse d’argent doré

Le 16 juin 1276, les reliques sont solennellement transférées derrière le maître-autel, en présence du roi Édouard Ier et de l’archevêque de Cantorbéry. Les sources décrivent une châsse d’argent doré incrustée de joyaux, surhaussée sur une base de pierre afin que les pèlerins puissent passer dessous ou s’agenouiller à hauteur des reliques. Ce dispositif, dit « châsse-autel élevée », est caractéristique des grands sanctuaires anglais du XIIIe siècle. Il imposait la création d’un déambulatoire praticable, d’une plateforme surveillée par un gardien, et souvent d’un couvercle mobile levé à heures fixes pour ménager l’effet de révélation. La date du 16 juin est restée la fête de la translation ; elle est aujourd’hui célébrée dans le Sussex comme journée identitaire du comté, dont Richard est le saint patron.

Chœur gothique anglais orné de stalles sculptées, espace où s’ouvrait le passage vers la châsse située derrière le maître-autel
Derrière le maître-autel, l’espace de la châsse commandait toute la circulation des pèlerins. Photo : Michael D Beckwith / Pexels

1538 : la destruction ordonnée

La Dissolution des monastères et la campagne menée par Thomas Cromwell contre les sanctuaires anglais n’épargnent pas Chichester. En décembre 1538, sur ordre royal, la châsse est démontée et rasée. Les documents d’inventaire mentionnent l’expédition vers la Tour de Londres de plusieurs coffres et d’un petit écrin contenant environ cent douze images en argent doré, ainsi que des reliques et des pierres précieuses. Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête : il ne s’agit pas d’une seule pièce d’orfèvrerie mais d’un écosystème d’ex-voto accumulés pendant deux siècles et demi, statuettes, membres d’argent offerts après guérison, plaques, bijoux. Fondu pour le métal, cet ensemble a disparu sans laisser d’image. C’est pourquoi l’iconographie de saint Richard reste si pauvre comparée à celle de saints continentaux de même rang : le cœur figuratif de son culte était précisément ce qui a été détruit.

Repères chronologiques

Date Événement Portée artistique
vers 1197 Naissance à Wyche, près de Worcester Origine rurale, source du motif de la charrue
vers 1235 Chancelier de l’université d’Oxford Justifie le livre comme attribut secondaire
1245 Consacré évêque à Lyon par Innocent IV Fixe la mitre et la crosse dans les images
3 avril 1253 Mort à Douvres Date de la fête liturgique principale
1262 Canonisation par Urbain IV Autorise le culte public et les images
16 juin 1276 Translation des reliques dans la châsse Création du sanctuaire d’orfèvrerie
décembre 1538 Destruction de la châsse sur ordre royal Perte quasi totale du corpus figuré
1930 Restitution d’un autel à l’emplacement de la châsse Retour du saint dans l’espace liturgique
1985 Dédicace de la tapisserie de la chapelle du sanctuaire Réécriture contemporaine de son iconographie

Lire l’iconographie de saint Richard

Identifier un évêque dans un vitrail ou sur un panneau peint suppose de repérer un attribut distinctif, car la mitre et la crosse sont communes à des dizaines de saints. Pour Richard, cet attribut est le calice renversé, posé à ses pieds ou tenu devant lui. Il renvoie à un récit rapporté par ses biographes : célébrant la messe, l’évêque aurait laissé tomber le calice sans que le contenu ne se répande. L’épisode est théologiquement dense puisqu’il touche au respect dû aux espèces eucharistiques, sujet brûlant au XIIIe siècle. Les artistes en ont tiré un signe immédiatement lisible. Un second motif, plus rare mais très parlant, montre le saint conduisant une charrue : il condense le récit de jeunesse et inscrit Richard dans une typologie de saints laborieux très appréciée des commanditaires ruraux.

Attribut Récit d’origine Lecture symbolique
Calice renversé ou posé à terre Le calice tombé pendant la messe sans rien répandre Protection des espèces eucharistiques, sainteté du célébrant
Mitre et crosse Épiscopat de Chichester, 1245-1253 Autorité pastorale et fonction d’enseignement
Charrue Jeunesse passée à relever le domaine familial Humilité, travail manuel, refus des honneurs
Livre fermé Formation à Oxford, Paris et Bologne Science canonique mise au service de la réforme
Figuier Arbre de son jardin, qu’il apprit à greffer Fécondité, transmission, greffe spirituelle
Bourse ou pain distribué Aumônes maintenues pendant les années de dénuement Charité épiscopale, proximité avec les pauvres
Vitraux d’une cathédrale anglaise représentant des scènes religieuses, support privilégié de l’image des saints évêques
Le vitrail reste, en Angleterre, le principal support survivant des figures de saints évêques. Photo : Mike Bird / Pexels

Trois précautions s’imposent devant une image supposée représenter Richard. D’abord, la confusion avec d’autres « saints Richard » est fréquente, notamment avec Richard le Pèlerin, père de saint Willibald, fêté le 7 février et généralement figuré en habit de voyageur, non en évêque. Ensuite, la plupart des représentations visibles en Angleterre datent du XIXe ou du XXe siècle : ce sont des reconstitutions néogothiques, précieuses comme documents de réception du culte mais sans valeur de témoignage médiéval. Enfin, les inscriptions peintes ou les phylactères restent le critère d’identification le plus sûr lorsqu’ils subsistent. En l’absence d’inscription, un évêque au calice tombé dans un contexte anglais du Sussex ou du Kent constitue une présomption raisonnable, mais une présomption seulement.

Chichester, laboratoire d’art sacré contemporain

Le paradoxe de Chichester tient en une phrase : privée de son trésor médiéval, la cathédrale est devenue au XXe siècle l’un des lieux les plus inventifs de la commande artistique religieuse en Grande-Bretagne. En 1930, un autel est réinstallé à l’emplacement exact de l’ancienne châsse, geste qui rétablit une continuité liturgique rompue depuis près de quatre siècles. Puis, sous l’impulsion du doyen Walter Hussey, l’édifice accueille une série d’œuvres majeures. John Piper dessine en 1966 la tapisserie du maître-autel, tissée à Aubusson, dont les bandes verticales colorées traduisent la Trinité et les symboles des évangélistes. Graham Sutherland y peint un Noli me tangere. Marc Chagall enfin signe, installé en 1978, un vitrail inspiré du psaume 150, où les rouges dominants célèbrent la louange par les instruments de musique.

La pièce qui nous intéresse le plus se trouve à l’emplacement même du sanctuaire perdu. En juin 1985 est dédicée la tapisserie conçue par l’artiste allemande Ursula Benker-Schirmer, souvent appelée tapisserie de la Réconciliation. Large de près de huit mètres, elle se compose de trois panneaux : celui du centre a été tissé en Allemagne, les deux latéraux au West Dean College, tout près de Chichester. Les formes y sont assemblées comme des éclats de cristal de roche, selon un parti délibérément fragmentaire. Le calice, emblème de Richard, occupe le centre, surmonté d’une croix ; la colombe de l’Esprit et un triangle trinitaire complètent l’axe vertical, tandis que les figuiers des panneaux latéraux rappellent l’arbre du jardin épiscopal. La collaboration anglo-allemande n’est pas anecdotique : elle transpose dans le tissage une thématique de réconciliation d’après-guerre.

« Ce que la fonte a effacé de l’orfèvrerie médiévale, la laine et le verre du XXe siècle l’ont reformulé : le sanctuaire de Chichester ne restitue pas la châsse, il en prolonge la fonction. »

Cette tapisserie a fait l’objet d’une campagne de conservation notable. Les textiles suspendus dans un édifice ouvert au public cumulent en effet les facteurs de dégradation : empoussièrement, variations hygrométriques, lumière, et surtout attaques de mites dont les larves consomment la laine. Le nettoyage a demandé quatre-vingt-huit heures de travail, hors consolidation des zones lacunaires. L’opération illustre une réalité que les visiteurs mesurent rarement : une œuvre contemporaine installée dans un lieu de culte entre immédiatement dans un cycle de conservation préventive, au même titre qu’un retable ancien.

Le saviez-vous ? La prière attribuée à saint Richard, qui demande de connaître le Christ plus clairement, de l’aimer plus tendrement et de le suivre de plus près, a connu une seconde vie inattendue : elle a inspiré les paroles de la chanson Day by Day de la comédie musicale Godspell, créée en 1971. Un texte du XIIIe siècle devenu, par ce détour, l’un des plus chantés du répertoire populaire anglo-saxon.

Le sanctuaire perdu : ce que l’archéologie et les archives permettent encore

Comment étudier un monument détruit ? Les historiens de l’art disposent de plusieurs familles de sources complémentaires, dont aucune ne suffit isolément. Les comptes de la fabrique enregistrent les offrandes déposées au sanctuaire, ce qui permet de reconstituer les courbes de fréquentation et d’identifier les pics liés aux fêtes de mars-avril et de juin. Les inventaires de saisie de 1538, quoique lapidaires, livrent des ordres de grandeur précieux sur le volume d’orfèvrerie. Les enquêtes de canonisation, enfin, décrivent parfois les gestes accomplis devant le tombeau : toucher la pierre, passer sous l’arcade, déposer un cierge de la taille du malade. Chacun de ces gestes suppose une disposition matérielle qu’on peut, avec prudence, restituer en plan.

  • Comptes de fabrique : montants des oblations, achats de cire, salaires des gardiens de châsse.
  • Inventaires de saisie : nature et nombre des pièces d’orfèvrerie, poids de métal fondu.
  • Procès de canonisation : témoignages décrivant l’accès aux reliques et les rituels de guérison.
  • Enseignes de pèlerinage : petites plaques de plomb-étain retrouvées en fouille, qui reproduisent parfois la silhouette du sanctuaire.
  • Comparaisons régionales : les châsses conservées ou restituées d’autres cathédrales anglaises fournissent des modèles typologiques.
  • Traces au sol : usure des dalles, scellements, reprises de maçonnerie derrière le maître-autel.

Cette méthode d’enquête croisée vaut pour bien d’autres figures. On la retrouve à l’œuvre pour des saints insulaires dont le tombeau a subi le même sort, comme dans le cas de sainte Audrey, dite Etheldrède d’Ely, dont le sanctuaire fut également démantelé au XVIe siècle. Elle s’applique aussi aux fondations aristocratiques contemporaines de Richard, à l’image de l’abbaye tenue par la bienheureuse Ella, ou Ela de Salisbury, dont le décor d’origine n’est connu que par bribes. Sur le continent, la même difficulté se pose pour les évêques réformateurs du haut Moyen Âge tel saint Léandre de Séville, ou pour des figures dont la légende a supporté l’essentiel de l’iconographie, comme saint Brice de Tours.

Tombeau d’évêque sculpté dans une cathédrale, orné de décors architecturés et de figures
Le tombeau monumental d’évêque : le modèle auquel se substituait la châsse d’orfèvrerie pour un saint canonisé. Photo : Magda Ehlers / Pexels

Représenter saint Richard aujourd’hui : commandes et enjeux patrimoniaux

Depuis le XIXe siècle, les représentations de Richard sont revenues progressivement dans la cathédrale et dans les églises du Sussex : vitraux néogothiques, statues de façade, bannières de procession, plus récemment sculptures et textiles contemporains. Ce mouvement pose une question que tout commanditaire d’art sacré rencontre : faut-il reconstituer une iconographie ancienne mal documentée, ou assumer une création nouvelle ? Chichester a clairement choisi la seconde voie. La tapisserie de 1985 ne copie aucun modèle médiéval ; elle retient les symboles atestés, le calice et le figuier, et les recompose dans un langage abstrait. C’est une position défendable sur le plan déontologique, car elle évite le faux historique tout en maintenant la lisibilité du saint pour le fidèle comme pour le visiteur.

En France, une démarche comparable, qu’il s’agisse d’installer une œuvre, de restaurer un vitrail ou de réaménager un chœur, s’inscrit dans un cadre réglementaire précis dès lors que l’édifice est protégé. Les réflexes à connaître sont simples mais impératifs. Pour un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, toute intervention sur l’immeuble ou sur les objets protégés requiert une autorisation de travaux instruite par la direction régionale des affaires culturelles. En abords de monument ou en site patrimonial remarquable, l’architecte des Bâtiments de France émet un avis qui conditionne le permis. Le financement peut mobiliser des aides de l’État, des collectivités, ou un soutien de la Fondation du patrimoine pour les édifices communaux non protégés.

  • Vérifier le statut de protection de l’édifice et de l’objet avant toute intervention.
  • Saisir la direction régionale des affaires culturelles en amont, idéalement dès l’esquisse du projet.
  • Consulter l’architecte des Bâtiments de France lorsque le projet touche les abords ou la silhouette extérieure.
  • Confier les œuvres protégées à un restaurateur habilité, avec constat d’état, protocole et documentation photographique.
  • Associer l’affectataire du lieu de culte, dont l’accord est nécessaire pour toute modification de l’aménagement liturgique.

Le repère de la rédaction : cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié. Pour un projet concret, l’expertise d’un conservateur des antiquités et objets d’art, d’un restaurateur spécialisé ou d’un architecte du patrimoine est indispensable, en lien avec les services de l’État compétents.

Un culte toujours vivant dans le Sussex

Saint Richard demeure le patron du Sussex, et la date du 16 juin, celle de la translation de 1276, sert aujourd’hui de journée identitaire au comté. Ce glissement du liturgique vers le civique mérite d’être souligné : il montre comment une figure religieuse médiévale peut se transformer en emblème territorial, avec ses bannières, ses processions et sa production d’images contemporaines. Selon la tradition anglicane comme catholique, la mémoire du 3 avril reste celle du dies natalis, jour de la mort et donc de la naissance au ciel. Les deux dates coexistent dans les calendriers, ce qui explique qu’on trouve des représentations liées tantôt au registre funerère, tantôt au registre triomphal de la translation, avec porteurs de reliques et cortège royal.

Pour le visiteur d’aujourd’hui, le parcours reste lisible. On entre par la nef romane à arcades massives, héritage de la reconstruction du XIIe siècle après incendie, on passe devant les célèbres reliefs sculptés représentant l’arrivée du Christ à Béthanie et la résurrection de Lazare, parmi les plus émouvants témoignages de la sculpture romane anglaise, puis on gagne le chœur et le rétrochœur. C’est là, derrière le maître-autel, que se tenait la châsse. L’espace est aujourd’hui occupé par l’autel de 1930 et la tapisserie de 1985. Rien n’y évoque l’or et les gemmes des inventaires, mais la géométrie du lieu, elle, n’a pas bougé : on marche exactement où marchaient les pèlerins du XIVe siècle.

Questions fréquentes sur saint Richard

Quand fête-t-on saint Richard ?

La fête principale est fixée au 3 avril, jour de sa mort à Douvres en 1253. Une seconde date, le 16 juin, commémore la translation de ses reliques dans la châsse en 1276 ; c’est elle qui est retenue dans le Sussex pour la journée du comté. Selon les calendriers diocésains et les traditions locales, l’une ou l’autre date peut être privilégiée.

Comment reconnaître saint Richard dans une œuvre d’art ?

Cherchez un évêque en mitre et chape accompagné d’un calice renversé ou posé à ses pieds. Ce détail, lié au récit du calice tombé pendant la messe, constitue son attribut le plus stable. La charrue et le figuier apparaissent plus rarement. En l’absence d’inscription, restez prudent : les évêques anglais partagent un vestiaire iconographique très homogène.

Reste-t-il quelque chose de la châsse médiévale ?

Non. L’orfèvrerie a été saisie et fondue après le démontage de décembre 1538, et les reliques ont disparu. Seuls subsistent l’emplacement, des mentions d’archives et des inventaires de saisie. L’autel de 1930 et la tapisserie de 1985 marquent aujourd’hui le lieu sans prétendre le reconstituer.

Pourquoi son iconographie est-elle si peu abondante ?

Parce que la Réforme anglaise a détruit l’essentiel des supports figurés liés aux sanctuaires : statuettes votives, châsses, retables, vitraux. Le culte de Richard, très concentré sur son sanctuaire, a donc perdu presque tout son corpus visuel médiéval, contrairement à des saints dont les images circulaient largement en manuscrits ou en gravures.

Quel lien entre saint Richard et la comédie musicale Godspell ?

La prière qui lui est attribuée, demandant de connaître, d’aimer et de suivre le Christ chaque jour davantage, a servi de matrice aux paroles de la chanson Day by Day, créée en 1971. C’est l’un des rares cas où un texte spirituel du XIIIe siècle connaisse une diffusion de masse par le spectacle vivant.

En résumé

Saint Richard de Chichester offre un cas d’école pour qui s’intéresse à l’art sacré : un saint dont la renommée médiévale reposait presque entièrement sur un objet, et dont la disparition de cet objet a durablement appauvri l’image. Ce qu’il reste, c’est un attribut tenace, le calice, une géographie intacte au cœur d’une cathédrale anglaise, et une série de commandes contemporaines qui, de Piper à Chagall et de Sutherland à Benker-Schirmer, ont choisi de répondre à la perte par la création plutôt que par la copie. Pour l’amateur, la leçon est claire : l’histoire d’un sanctuaire ne s’arrête pas à sa destruction, elle se poursuit dans la manière dont chaque époque décide de reformuler la mémoire qu’elle en garde.

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