L’Ancien Testament est la première et la plus longue partie de la Bible chrétienne : un ensemble de livres écrits pour l’essentiel en hébreu, avec quelques passages en araméen, qui racontent l’histoire d’Israël, transmettent sa Loi, ses prières et les paroles de ses prophètes. Pour l’amateur d’art sacré, ces pages ne sont pas seulement des textes : elles constituent le réservoir d’images le plus fécond de l’art occidental et oriental. La création du monde peinte à la voûte Sixtine, Moïse sculpté par Michel-Ange, le sacrifice d’Isaac gravé par Ghiberti, Judith de Caravage ou les rois de Juda alignés sur les façades des cathédrales gothiques : tous ces chefs-d’œuvre trouvent leur source dans l’Ancien Testament. Comprendre ce corpus, c’est donc disposer de la clé de lecture qui ouvre des milliers d’œuvres.
Reste une question que l’on nous pose souvent : qui a réellement écrit l’Ancien Testament ? La réponse est moins simple qu’il n’y paraît, et elle a beaucoup évolué depuis deux siècles. Entre les attributions traditionnelles — Moïse pour la Torah, David pour les psaumes, Salomon pour les livres de sagesse — et les modèles proposés aujourd’hui par l’exégèse historico-critique, l’écart est considérable. Nous vous proposons ici un parcours en trois temps : ce que contient l’Ancien Testament et comment il s’organise ; ce que la recherche dit de sa rédaction et de sa transmission ; enfin, la manière dont ce corpus a nourri l’iconographie chrétienne, du vitrail roman à la peinture baroque. Le tout avec la rigueur historique et la neutralité descriptive qui sont notre règle.

Qu’est-ce que l’Ancien Testament ? Définition et vocabulaire
L’expression « Ancien Testament » est une désignation chrétienne. Elle repose sur le mot latin testamentum, qui traduit le grec diathèkè, lui-même rendu de l’hébreu berith : l’alliance. Dans la lecture chrétienne, l’alliance conclue au Sinaï est dite « ancienne » par rapport à l’alliance « nouvelle » annoncée par le prophète Jérémie et rapportée aux Évangiles. Le vocabulaire est donc théologique avant d’être chronologique, et il n’est pas neutre : le judaïsme ne parle évidemment pas d’un Testament « ancien », puisqu’il ne reconnaît pas de Testament « nouveau ». On emploiera donc, selon le contexte, l’une ou l’autre dénomination, en sachant que chacune traduit un point de vue confessionnel précis.
Ancien Testament, Bible hébraïque, Tanakh : trois noms, trois regards
Les historiens préfèrent aujourd’hui l’expression neutre de « Bible hébraïque » pour désigner le corpus commun. Le judaïsme, lui, parle du Tanakh, acronyme formé des trois initiales de ses sections : Torah (la Loi), Nevi’im (les Prophètes) et Ketouvim (les Écrits). Cette organisation tripartite n’est pas un détail d’érudition : elle commande l’ordre des livres. Dans le Tanakh, le corpus s’achève sur les Chroniques et l’édit de Cyrus autorisant le retour d’exil ; dans l’Ancien Testament chrétien, il s’achève sur les prophètes, et notamment sur Malachie annonçant le retour d’Élie. Le même ensemble de textes, réordonné, produit donc deux horizons de lecture différents — et, dans l’art, deux traditions d’illustration distinctes, l’une centrée sur le rouleau et la calligraphie, l’autre sur l’image narrative.

Comment le corpus s’organise-t-il ?
La tradition chrétienne latine répartit les livres en quatre grands ensembles, qui correspondent assez bien à des genres littéraires : la Loi, les livres historiques, les livres sapientiaux et poétiques, les livres prophétiques. Cette répartition a une conséquence directe sur l’art : chaque ensemble a engendré des cycles iconographiques reconnaissables, que l’on retrouve d’un siècle à l’autre et d’un support à l’autre. Les portails sculptés, les verrières, les plafonds peints et les recueils gravés obéissent à des logiques de sélection assez constantes, privilégiant les épisodes qui « fonctionnent » visuellement : la Création, le Déluge, le sacrifice d’Isaac, le passage de la mer Rouge, David et Goliath, Judith, Suzanne, Jonas. Le tableau ci-dessous récapitule ces grands ensembles et leurs repères.
| Ensemble | Livres principaux | Repères de datation (mise par écrit) | Motifs iconographiques les plus représentés |
|---|---|---|---|
| La Loi (Torah, Pentateuque) | Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome | Traditions anciennes remaniées entre le VIIe et le Ve siècle av. J.-C. | Création, Adam et Ève, Déluge, sacrifice d’Isaac, buisson ardent, Tables de la Loi |
| Livres historiques | Josué, Juges, Samuel, Rois, Chroniques, Esdras, Néhémie, Judith, Esther, Maccabées | VIIe–IIe siècle av. J.-C. selon les livres | Murs de Jéricho, David et Goliath, jugement de Salomon, Judith et Holopherne |
| Livres sapientiaux et poétiques | Job, Psaumes, Proverbes, Qohélet, Cantique des cantiques, Sagesse, Siracide | Du VIe siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C. | Job sur son fumier, David harpiste, l’Époux et l’Épouse du Cantique |
| Livres prophétiques | Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel et les douze « petits prophètes » | VIIIe–IIe siècle av. J.-C., avec des relectures tardives | Vision d’Ézéchiel, Daniel dans la fosse aux lions, Jonas et le grand poisson |
Qui a écrit l’Ancien Testament ? De la tradition aux modèles actuels
La question de l’auteur est sans doute celle qui suscite le plus de malentendus. Il faut d’abord accepter un déplacement : l’Ancien Testament n’est pas un livre écrit par une personne, ni même par une génération. C’est une bibliothèque constituée sur près d’un millénaire, où des traditions orales, des archives royales, des recueils poétiques et des textes législatifs ont été rassemblés, réécrits, commentés puis harmonisés par des générations de scribes. L’anonymat y est la règle : la plupart des livres ne portent aucune signature, et les noms qui figurent en tête d’un livre désignent souvent son héros ou son inspirateur supposé plutôt que son rédacteur. Cette manière de faire n’a rien d’une fraude : elle correspond aux usages littéraires du Proche-Orient ancien, où placer un texte sous le patronage d’une grande figure lui conférait autorité et légitimité.
Les attributions traditionnelles
Selon la tradition juive puis chrétienne, Moïse aurait écrit les cinq livres de la Torah, David composé les psaumes, Salomon les Proverbes, Qohélet et le Cantique des cantiques. Ces attributions ont structuré l’imaginaire pendant des siècles, et l’art les a fidèlement enregistrées : c’est pourquoi les enlumineurs médiévaux représentent Moïse la plume à la main au seuil de la Genèse, ou David en roi harpiste ouvrant un psautier. Dans les stalles, les vitraux et les portails, ces figures d’auteurs valent signature visuelle. On les reconnaît à leurs attributs : les Tables pour Moïse, la harpe et la couronne pour David, le temple pour Salomon. Il faut donc lire ces images comme des énoncés théologiques et non comme des constats historiques.
L’hypothèse documentaire et sa remise en cause
À partir du XVIIIe siècle, des lecteurs attentifs relevèrent dans le Pentateuque des doublons, des contradictions et des variations de style : deux récits de création, deux versions du Déluge, des désignations différentes de Dieu d’un passage à l’autre. Au XIXe siècle, ces observations aboutirent à la célèbre hypothèse documentaire, souvent associée aux noms de Karl Heinrich Graf et de Julius Wellhausen. Elle postulait quatre sources distinctes, désignées par les lettres J (Jahviste), E (Élohiste), D (Deutéronomiste) et P (source sacerdotale, de l’allemand Priesterschrift), combinées par des rédacteurs successifs. Ce modèle a dominé l’exégèse universitaire jusque dans les années 1970.
Depuis, le consensus s’est défait. La source Jahviste, en particulier, n’est plus largement admise, et la recherche contemporaine privilégie deux autres familles d’explications. La « théorie des fragments » suppose la mise par écrit de traditions multiples et indépendantes, à des dates variables, ensuite assemblées. La « théorie des compléments » considère qu’un noyau initial a reçu au fil du temps des ajouts, des gloses et des relectures. Dans les deux cas, on abandonne l’idée de quatre documents continus au profit d’un processus de croissance littéraire. La datation elle-même reste discutée : elle s’appuie sur la philologie, la paléographie, la comparaison avec les littératures mésopotamienne et égyptienne, et sur l’archéologie, dont les résultats sont rarement univoques.
Deux grandes écoles de scribes
Si les sources précises font débat, les spécialistes s’accordent en revanche pour distinguer deux grands courants rédactionnels aux styles très reconnaissables. L’école deutéronomiste, active autour de la réforme du roi Josias puis pendant l’exil à Babylone, écrit une prose ample et exhortative, organisée autour de l’alliance, de l’unicité du sanctuaire et de la fidélité à la Loi ; on lui doit la trame des livres de Josué aux Rois. L’école sacerdotale, liée aux milieux du Temple après le retour d’exil, préfère les généalogies, les mesures, les prescriptions rituelles et une langue solennelle ; c’est elle qui ouvre la Genèse par le récit des sept jours. Cette opposition de tempéraments littéraires a des échos plastiques évidents : d’un côté le récit dramatique qui appelle la scène peinte, de l’autre l’ordre numérique et géométrique qui inspire les programmes architecturaux et les représentations du Temple.
Les portails, les verrières et les retables ont longtemps tenu lieu de Bible pour ceux qui ne savaient pas lire : l’image y tient le rôle du texte, et la place de chaque scène vaut démonstration.
Des rouleaux aux Bibles imprimées : la transmission du texte
Entre la rédaction et les Bibles que nous feuilletons aujourd’hui s’étend une longue chaîne de copistes. Jusqu’en 1947, les plus anciens manuscrits complets de la Bible hébraïque dataient du Xe siècle de notre ère. La découverte des manuscrits de la mer Morte, dans les grottes de Qumrân, a fait reculer ce seuil de plus de mille ans : on y a retrouvé des fragments de presque tous les livres, dont un rouleau d’Ésaïe quasi complet copié au IIe siècle av. J.-C. La comparaison a montré une stabilité remarquable du texte consonantique, tout en révélant l’existence de plusieurs traditions textuelles coexistantes. Ce constat a renouvelé l’étude des variantes et, indirectement, l’histoire du livre comme objet d’art.
Entre le VIe et le Xe siècle, les massorètes — des écoles de scribes actives notamment à Tibériade — fixent la vocalisation, l’accentuation et les notes marginales du texte hébreu. Leur travail est d’une minutie stupéfiante : ils comptent les lettres, signalent les formes rares, encadrent la copie de garde-fous destinés à empêcher toute dérive. C’est à eux que l’on doit le texte massorétique, base de presque toutes les traductions modernes de la Bible hébraïque. Parallèlement, deux versions anciennes jouent un rôle décisif pour le christianisme : la Septante, traduction grecque réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle av. J.-C., et la Vulgate latine de saint Jérôme, achevée au début du Ve siècle, qui restera la référence de l’Occident pendant plus d’un millénaire.
Ces étapes ont une traduction matérielle directe, et c’est ici que l’historien de l’art entre en scène. Le rouleau de parchemin, réservé à l’usage liturgique dans le judaïsme, se prête à un art de la calligraphie et de l’ornèment du support — mantelet brodé, couronnes et grenades d’argent, main de lecture ou yad. Le codex chrétien, lui, ouvre la page à l’image : initiales habitées, scènes en pleine page, tables des canons. Du Pentateuque d’Ashburnham aux Bibles carolingiennes de Tours, des Bibles romanes géantes aux Bibles à péricopes gothiques, l’Ancien Testament est le terrain d’expérimentation par excellence de l’enluminure occidentale.

Pourquoi les Bibles n’ont-elles pas le même nombre de livres ?
Une question revient souvent devant une Bible ancienne exposée en vitrine : pourquoi la table des matières ne correspond-elle pas à celle d’une Bible contemporaine ? La raison tient à l’histoire des canons, c’est-à-dire des listes de livres reconnus comme faisant autorité. Le judaïsme rabbinique a retenu vingt-quatre livres, qui correspondent aux trente-neuf livres de la numérotation chrétienne, certains ensembles étant comptés différemment. Les chrétiens de langue grecque, eux, ont reçu la Bible par la Septante, laquelle contenait des livres supplémentaires écrits ou conservés en grec. Ces livres sont dits deutérocanoniques par les catholiques et les orthodoxes, apocryphes par les protestants.
- Canon juif (Tanakh) : 24 livres, sans les deutérocanoniques.
- Canon catholique : 46 livres pour l’Ancien Testament, soit 73 avec le Nouveau Testament.
- Canon protestant : 39 livres pour l’Ancien Testament, soit 66 au total.
- Livres concernés par l’écart : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, 1 et 2 Maccabées, ainsi que des suppléments grecs à Esther et à Daniel.
- Églises orthodoxes : canon plus large encore, avec des variations selon les traditions nationales.
Ce débat n’est pas seulement érudit : il a laissé des traces visibles dans le patrimoine. Les cycles de Tobie et de Judith, très prisés dans l’Italie de la Renaissance et dans l’Europe catholique de la Réforme tridentine, sont presque absents des intérieurs réformés, qui ne retenaient pas ces livres. À l’inverse, la peinture hollandaise du XVIIe siècle s’est passionnée pour les récits du canon court : Bethsabée, Suzanne, le festin de Balthazar. Repérer quels épisodes sont représentés dans un édifice donne donc souvent une indication précieuse sur son appartenance confessionnelle et sur sa date.
L’Ancien Testament dans l’art sacré : un répertoire inépuisable
Si l’Ancien Testament occupe une telle place dans l’art chrétien, ce n’est pas seulement parce qu’il fournit de bonnes histoires. C’est parce que la théologie chrétienne lui a assigné une fonction précise : annoncer, par figures, ce que le Nouveau Testament accomplit. Ce principe de lecture, appelé typologie, commande des programmes iconographiques entiers. Il explique pourquoi l’on trouve Jonas sortant du poisson sur un sarcophage paléochrétien, Melchisédech offrant le pain et le vin sur une mosaïque de Ravenne, ou le sacrifice d’Isaac face à la Crucifixion dans un vitrail gothique. L’image ne raconte pas seulement : elle démontre, en plaçant deux scènes côte à côte pour que le regard fasse lui-même le rapprochement.
La typologie, moteur des programmes médiévaux
Deux familles de livres illustrés ont diffusé ce mode de lecture dans toute l’Europe. La Biblia pauperum, ou « Bible des pauvres », est un recueil où chaque page présente au centre une scène du Nouveau Testament, encadrée par deux vignettes de l’Ancien Testament qui la préfigurent, avec de brèves légendes. L’image y commande, le texte suit. La Bible moralisée, apparue dans l’entourage royal français au premier tiers du XIIIe siècle, procède à l’inverse : le texte y est central et l’image l’illustre, dans des manuscrits d’un luxe extrême destinés à la plus haute aristocratie. Leur influence sur les verrières de la Sainte-Chapelle de Paris a été démontrée par la recherche récente, notamment pour les cycles de Daniel et d’Ézéchiel.
Ces deux modèles expliquent la logique des grandes verrières historiales. À Chartres, à Bourges ou à Canterbury, les médaillons ne se lisent pas comme une bande dessinée continue mais comme un montage : une colonne pour la figure, une colonne pour son accomplissement. Le visiteur pressé y voit un désordre ; le visiteur averti y reconnaît un raisonnement. Le même principe gouverne les portails sculptés, où les rois et les prophètes des ébrasements forment une généalogie visuelle menant au Christ du trumeau, et les retables à volets flamands, où les grisailles extérieures préparent le déploiement coloré de l’intérieur. Savoir repérer ces couples d’images est la compétence la plus utile pour visiter une église ancienne.

Reconnaître les figures et leurs attributs
L’iconographie de l’Ancien Testament repose sur un système d’attributs assez stable, que Louis Réau avait méthodiquement répertorié dans son Iconographie de l’art chrétien. Un objet, un animal ou un geste suffit à identifier un personnage, même lorsque l’inscription a disparu. Attention toutefois à un piège célèbre : les cornes de Moïse, chez Michel-Ange comme dans de nombreuses œuvres médiévales, proviennent d’une ambiguïté de la Vulgate, où le verbe hébreu décrivant le visage « rayonnant » de Moïse a été rendu par une racine signifiant également « corne ». L’erreur de traduction est devenue une convention plastique durable, ce qui en dit long sur la manière dont les images se transmettent indépendamment des textes.
| Figure | Attributs habituels | Préfiguration typologique courante | Exemple d’œuvre |
|---|---|---|---|
| Moïse | Tables de la Loi, bâton, rayons ou cornes de lumière | Le législateur annonçant le Christ nouveau Moïse | Moïse de Michel-Ange, Saint-Pierre-aux-Liens, Rome |
| Abraham et Isaac | Couteau, autel, bélier pris dans un buisson | Le sacrifice du Fils | Panneaux du concours de 1401 pour le Baptistère de Florence |
| David | Harpe, couronne, fronde, tête de Goliath | Le roi-prophète, ancêtre du Messie | David de Donatello, Musée du Bargello |
| Jonas | Grand poisson, cucurbitacée, repos après la délivrance | Les trois jours au tombeau | Sarcophages paléochrétiens, catacombes romaines |
| Judith | Épée, tête d’Holopherne, servante | La victoire sur le mal, parfois associée à Marie | Judith décapitant Holopherne, Artemisia Gentileschi |
| Melchisédech | Pain et vin, vêtement royal et sacerdotal | L’offrande eucharistique | Mosaïques de Saint-Vital, Ravenne |
Au-delà du christianisme
Les traditions qui partagent ces récits les ont traités très différemment sur le plan visuel. Dans le judaïsme, la réserve à l’égard de la représentation figurée a orienté la création vers la calligraphie, la micrographie — ces motifs formés de lignes de texte minuscules — et l’orfèvrerie liturgique ; les fresques de la synagogue de Doura Europos, au IIIe siècle, montrent toutefois que cette réserve n’a jamais été absolue. Dans l’islam, plusieurs figures communes — Ibrahim, Musa, Dawud, Sulayman — apparaissent dans les manuscrits persans et ottomans, où la miniature adopte ses propres conventions. Ces comparaisons, que nous abordons ailleurs sur le site, rappellent qu’un même récit peut engendrer des langages plastiques entièrement distincts.
Le saviez-vous ? Le plus ancien texte biblique connu ne figure pas sur un parchemin mais sur deux minuscules rouleaux d’argent découverts à Ketef Hinnom, près de Jérusalem. Datés de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle av. J.-C., ces amulettes portent une version de la bénédiction sacerdotale du livre des Nombres. Elles rappellent que le texte sacré a d’abord circulé sous forme d’objets portés sur soi, à la frontière entre l’écriture, le bijou et la protection — une dimension matérielle que l’histoire de l’art redeviendrait bien inspirée de prendre au sérieux.
Lire l’Ancien Testament dans le patrimoine : repères pratiques
Face à un vitrail, à un chapiteau ou à un retable, quelques réflexes simples permettent d’avancer. Commencez par repérer le sens de lecture : de bas en haut pour une verrière médiévale, de gauche à droite pour une prédelle, du centre vers les bords pour un tympan. Cherchez ensuite les attributs plutôt que les visages, car les traits sont souvent conventionnels alors que les objets sont signifiants. Notez enfin les inscriptions, même fragmentaires : les phylactères portés par les prophètes donnent fréquemment la référence du verset représenté. Une lampe de poche et une paire de jumelles légères changent radicalement l’expérience de visite d’une église sombre, à condition bien sûr de respecter le règlement du lieu et les temps de culte.
Si votre intérêt vous conduit vers la conservation — une verrière en péril, un tableau d’église encrassé, un lutrin abîmé — la prudence s’impose. Une grande partie du mobilier religieux français est protégée au titre des Monuments historiques, par classement ou par inscription, et toute intervention sur un objet ou un édifice protégé est soumise à autorisation. Le réflexe est alors de se tourner vers les bons interlocuteurs avant d’agir.
- La DRAC de votre région, via sa conservation régionale des monuments historiques, pour les édifices et le mobilier protégés.
- L’architecte des Bâtiments de France (ABF), consulté pour les travaux en abords de monument historique et en site patrimonial remarquable.
- Le conservateur des antiquités et objets d’art du département, interlocuteur de proximité pour le mobilier des églises communales.
- La Fondation du patrimoine et les fondations régionales, pour le montage financier des chantiers de restauration.
- Un restaurateur du patrimoine qualifié ou un architecte du patrimoine, selon la nature de l’œuvre concernée.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié. Un nettoyage improvisé, un produit inadapté ou un simple déplacement d’objet peuvent causer des dommages irréversibles et engager la responsabilité de leur auteur.
Questions fréquentes sur l’Ancien Testament
Combien de livres compte l’Ancien Testament ?
Cela dépend du canon retenu. La Bible catholique en compte 46, la Bible protestante 39 et le Tanakh juif 24, ce dernier chiffre correspondant aux 39 livres chrétiens regroupés autrement. Les Églises orthodoxes retiennent un canon encore plus large, avec des variantes selon les traditions. Cette diversité n’est pas un désaccord sur le cœur du corpus, qui est commun, mais sur les livres dits deutérocanoniques.
Moïse a-t-il écrit la Torah ?
Selon la tradition juive et chrétienne, oui. Selon l’exégèse historico-critique, les cinq livres résultent d’un long processus de rédaction et de relecture, étalé sur plusieurs siècles et porté par des milieux de scribes distincts. Les deux affirmations ne relèvent pas du même registre : l’une énonce une autorité religieuse, l’autre une reconstitution historique. L’art, lui, a massivement adopté la première.
En quelle langue l’Ancien Testament a-t-il été écrit ?
Presque entièrement en hébreu biblique. Quelques passages de Daniel et d’Esdras sont en araméen, langue véhiculaire du Proche-Orient à l’époque perse. Certains livres deutérocanoniques, comme la Sagesse ou 2 Maccabées, ont été composés directement en grec, ou ne nous sont parvenus que dans cette langue.
Pourquoi tant d’œuvres d’art représentent-elles l’Ancien Testament ?
Parce que la lecture typologique en faisait la préparation du Nouveau Testament, et parce que ses récits offrent des situations visuellement fortes : combats, visions, jugements, catastrophes. Les commanditaires y trouvaient aussi des modèles politiques commodes, le roi David ou Salomon servant volontiers de miroir aux princes.
Où voir de beaux cycles de l’Ancien Testament en France ?
La cathédrale de Chartres et celle de Bourges pour les verrières, la Sainte-Chapelle de Paris pour l’ensemble le plus complet, l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe pour les fresques romanes de la Genèse, et le portail royal de Chartres pour la statuaire des rois et prophètes. Les cabinets d’arts graphiques des grands musées conservent par ailleurs des séries gravées remarquables.
En résumé
L’Ancien Testament n’est ni un livre unique ni l’œuvre d’un auteur identifiable : c’est une bibliothèque constituée sur près d’un millénaire, transmise avec un soin extraordinaire et reçue différemment selon les traditions. Cette complexité, loin de décourager le visiteur, éclaire ce qu’il voit : elle explique pourquoi telle scène fait face à telle autre dans un vitrail, pourquoi un livre apparaît ici et pas là, pourquoi Moïse porte des cornes. Pour prolonger la lecture, nous vous invitons à découvrir notre article sur l’histoire de l’arche de Noé et son iconographie, notre dossier sur la TOB et cinquante ans de traduction œcuménique de la Bible, notre enquête sur l’origine biblique du bouc émissaire et notre dossier sur la figure du Diable dans la Bible et sa symbolique.

Sasha est rédactrice pour Art Religieux. Passionnée par l’histoire des religions et le patrimoine culturel, elle analyse les textes fondateurs, les symboles et les traditions avec une approche rigoureuse et accessible. À travers des contenus documentés et neutres, elle contribue à éclairer les lecteurs sur les grandes croyances et leur influence sur les civilisations.
